Sunn O))) & Ulver – Terrestrials

Drone Orchestré – Norvège, USA

Southern Lord – 2014

Lorsque Southern Lord a évoqué la naissance prochaine d’un skeud issu d’une collaboration entre Sunn O))) et Ulver, plus d’une personnes a du lever la tête pour tenter de voir le soleil, pour vérifier qu’il n’avait pas viré au noir. Un Sunn O))), ça ne se décrit pas, ça se contemple, et le volume à fond. Et, si on cherche encore à transcrire le Souffle, la sainte galette peut se prêter au commentaire, et, pour les plus hardis (ou les plus insensés) à l’exégèse. Quant à un album d’Ulver, ça s’accepte, les mains jointes, le regard vers le sol. Point.

Et là, tu l'as vu le Soleil)))?

Et là, tu l’as vu le Soleil)))?

Alors, une rencontre entre les deux bêtes, le Léviathan sonique et l’Hydre aux milles têtes merveilleuses, cela nous promettait (dé)monts et merveilles.

Le Soleil et la Terre

Sunn et Ulver ne sont pas des groupes qui font l’unanimité (en témoigne les dissensions au sein-même de notre glorieuse rédaction), on les taxe de musiciens d’ascenseurs pour les uns, de bruitistes branchouilles sûrement sourds pour les autres. Terrestrials est exactement le genre de galette qui laisserait de marbre moult gens, qu’ils soient aficionados de Metal ou pas. Terrestrials n’est pas un album qui s’écoute comme si on se passait le dernier Behemoth par exemple. Et, n’essayez pas non plus d’écouter la bête en mp3 dégueulasse fraîchement téléchargé, sur votre baladeur, avec votre casque Marshall à 100 balles, ça ne changera rien. Non, Terrestrials n’est pas le dernier Behemoth. Et tant mieux.

Copyright Emet inc. 2012

Copyright Emet inc. 2012

Ceux qui ont vu Sunn O))) en concert (ou Stephen O’Malley en solo) savent que l’expérience studio ne rend pas forcément pleinement hommage à leur musique. Le Drone tel que pratiqué par la formation solaire est une musique sculpturale, physique. Pour continuer dans cette veine ouvertement subjective, sur scène, ce bourdon tellurique a quelque chose d’obsédant et d’incroyable. Une terreur venue d’avant le tehôm qui s’abat sur les Gomorrhéens. Un truc qui rampe sur la face cachée de la Lune vient te susurrer dans l’oreille des paroles, des litanies, qui résonnent jusqu’entre les murs de Ryleh. Quant à Ulver, n’ayant jamais eu le privilège de les voir sur scène, je ne pourrais pas vous faire l’éloge de leurs prestations. Néanmoins, il est à noter que les loups de Norvégie officient désormais dans un tel registre, dans une telle optique artistique que, chacun de leur show (chacune de leur Messe) est un événement à part, un miracle d’orchestration et de re-création. Une rencontre entre les deux formations laissait donc imaginer les plus belles envolées…

"...Little darling, it's been a long cold lonely winter Little darling, it feels like years since it's been here..."

« …Little darling, it’s been a long cold lonely winter
Little darling, it feels like years since it’s been here… »

Du corps de Tiamat

Le site de Southern Lord se chargera fort bien de vous instruire à propos de la naissance de l’album et vous décrira la chose piste par piste. Pour ma part, Terrestrials est un album qui a une âme, quelque chose qui luit au loin. Tout commence par des balbutiements, des nappes qui se font à peine audibles et qui portent juste de quoi reconnaître les premiers cuivres qui retentissent. Des premiers rayons du soleil se reflètent, des flammes dans une nuit sans commencement. Les doux murmures s’enflent, portent en eux cette nouvelle luminosité, intense et obscure, loin d’un monolithisme unidimensionnel et monochromique (où le noir est couleur) du dernier Sunn O))). L’œuvre recèle dés ses balbutiements la trace, l’identité de la chose. Nous avons le raffinement unique d’Ulver, encore perdu dans l’ombre du Soleil, devenu vibrant à son zénith, et le rampant sans âge de Sunn. Ce zénith esquissé préalablement s’impose par les percussions à la 8ème minutes ; le tragique est ici tout imposé, il sera magnifique et sans fond, le temps que la nuit tombe.

Ulver: de la barbe, et beaucoup de matos.

Ulver: de la barbe, et beaucoup de matos.

Western Horns est la piste la plus « pessimiste » de l’album. Tout son long, nous croirions entendre hurler ou psalmodier, mais peut être ne sont-ce que les cordes… Des notes sourdes égrenées comme une poésie, se muent ici en folie. On nous conte ici le destin d’un peuple en pleine insolation par une nuit noire de quarante années. S’en suivra Eternal Return, le point d’orgue et plus longue piste de l’album, ce qui lui donne toute sa cohérence et sa profondeur. Nous y croisons de façon délibérée le pneuma et le rituel, le drone, et l’orchestration. La brutalité divine se mue en pitié mélancolique d’un raffinement cosmique. Enfin, au détour d’une variation dans la gamme, le silence du désert, est prêt à recevoir le Mot. La mélodie se fait rituelle et Kristoffer Rygg humanise l’instant en s’en faisant le conteur ; la voie se perd dans les airs, propulsée par le piano. Les violons redeviennent rampants puis célestes tandis que les accords répètent des airs perdu dans les mémoires.

Enfin, tout se termine, tout se finit comme tout a commencé ; laissant une impression d’irréalité, de fugacité derrière soit. Mais une impression marquante.

2014, je t'aime déjà.

2014, je t’aime déjà.

Le retour éternel

L’album sert de caisse de résonance aux productions d’Ulver et de Sunn. On y retrouve des éléments, des enchaînements, des sons, qui seront familiers de celles et ceux qui se seront délectés du Shadows Of The Sun et du Monoliths And Dimensions. Entre l‘Ulver tellurique et le Sunn O))) mélancolique, l’album est une promenade spirituelle révélant une étrange cohérence entre les deux formations. Celles-ci s’y répondent et s’y mêlent offrant à l’une et à l’autre un écrin pour leurs propres subtilités.

Une jaquette qui en impose

Une jaquette qui en impose

Étant un vieil emmerdeur, je regrette que l’album soit si court (35 minutes), j’aurais adoré voir l’expérimentation poussée plus loin, avec l’accent mis sur les orchestrations made in Ulver sur des pièces complètement barrées comme ce que Sunn a put nous faire avec des morceaux flamboyants et baroques comme Big Church. Et, tant qu’à rêver un peu, voir des duos Kristoffer Rygg/Attila ça aurait été détonnant.

Emet Aguirre

Mais Encore…

A propos des dissensions, voir ça ou ça

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