2013, avant la gueule de bois

2013, avant la gueule de bois

Les fêtes de fin d’années, occasions de massacrer joyeusement des dindes et d’en farcir d’autres lors de bacchanales effrénées, sont le moment privilégié où les rédactions des magazines les plus prestigieux reviennent sur ce qui a marqué leur année. Ce qui donne généralement des tops imbuvables dont tout le monde se fout. La très prolixe rédaction de Hear Me Lucifer, le meilleur webzine de ce coté-ci du multivers, s’est réunie et a, encore une fois, fais un super papier. Faites chauffer le Pulitzer.

Les fêtes de fin d'année chez HML...

Les fêtes de fin d’année chez HML…

On va se la jouer à l’ancienneté: c’est Fenrir, le jeune loup de HML (qui convoite secrètement le poste de secrétaire personnel(le) du rédac’chef) qui ouvre la danse:

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2013 par Fenrir

C’est bientôt la fin de 2013. Quelques heures, tout au plus. Ma montre est gelée par le froid et la chaleur de mon entrecuisse n’est pas suffisante pour réchauffer les rouages. Les bureaux d’HML squattent l’arrière d’une station essence sur l’A62 menacée de saisie. Tout ce qu’il me reste, c’est une bière éventée laissée par Emet avec un post-it jaune fluo accroché dessus. « Ma biche, n’oublie pas de faire ton top de l’année 2013. Je te laisse avec ton cadeau de Noël. Ne reviens pas à l’appart’ avant d’avoir fini. Ou que moi j’ai fini. If you see what I mean. Love, Emet xoxo. »

Ça fait beaucoup pour un post-it mais Emet a toujours eu une écriture fine et serrée. En attendant, je suis tout de même coincé ici avec un sandwich thon crudités récupéré parmi les invendus et une bière coupée à l’huile de vidange pour donner l’illusion d’une trappiste belge. Je ne crois pas que les moines brasseurs récupéraient leurs ingrédients sur un parking, mais ça fera l’affaire pour un semblant de madeleine + thé, le goûter des champions.

Lou Reed : L’hommage qui tiendrait de l’irrespect le plus total si on passait à côté.

Lou Reed est mort, vive Lou Reed! Alors oui, l’une de ses uniques excursions métalliques est Lulu et ça se passe tout simplement de commentaires. On parlera toujours d’écorché vif, de poète noir et délicat, de musicien touche à tout mais vaut mieux l’écouter que parler de lui. L’écouter dans Trainspotting ou Lost Highway, ou simplement ses disques. En ce moment, j’aime bien écouter l’album New York, doux et amer,

Et non, Transformer n’est pas l’album de chevet de Michael Bay.

Ouais, désolé.

Arcade Fire : Je recule de trois caribous et je joue au hockey avec un pancake.

C’était quand même la sortie parfaite pour la fin d’automne avant que l’hiver ne vienne tout recouvrir. Je me demandais ou allait aller Arcade Fire après The Suburbs, album qui accompagnait mes premiers moments à la fac et qui a toujours réussi à me rendre mélancolique après toutes ces heures passées à tourner. En plus, il y a du beau monde sur ce disque. Leur copain Bowie of course mais aussi James Murphy des LCD Soundsystem et surtout Colin Stetson pour les cuivres, un saxophoniste dont on ne parle pas assez malgré son jeu très original, incluant percussions et rugissements sortis de son saxophone basse. Toujours un peu eighties, quelques percussions glanées lors de fêtes à Haïti et toujours aussi fédérateur avec ses choeurs et ses thèmes étirés. Reflektor, c’est l’heure du loup.

Joe Strummer, sors de ce corps.

Joe Strummer, sors de ce corps.

The Ocean : I can hear the ocean roar

The Ocean était davantage un collectif qu’un groupe formé par le guitariste allemand Robin Staps. Certes le line up de The Ocean s’est stabilisé mais leur désir d’expérimentation est resté intact. Pelagial est lui aussi un concept album divisé en deux parties: la seconde est la version instrumentale de la première. Plus qu’être complémentaires, les deux parties existent indépendamment l’une de l’autres et en viennent même à véhiculer des sentiments différents suivant les versions. Alternant entre héritage Hardcore et passages plus post-metal avec parfois quelques maladresses, The Ocean maitrise bien mieux ses influences et nous entraine lentement mais sûrement vers les profondeurs abyssales sans chercher à nous noyer. Pelagial fait voyager, rêver, s’abandonner. Et le digipack est vraiment classe.

Lord Dying : Je l’ai écouté pour la première fois parce que j’aimais bien la pochette.

Comme quoi, une belle pochette, ça fait la diff’. Lord Dying a sorti son premier album cette année. Summoning the Faithless est un album bien sûr marqué du sceau sludge mais brasse d’autres influences comme le thrash ou des passages plus death cependant sans les tempos envolés. Lord Dying nous livre toute une fournée de titres bien mid-tempos. Surfant sur une mode un peu revival, les p’tits gars d’Oregon composent quand même de bons titres et les riffs inspirés ne manquent pas. On aimerait juste un peu plus de risques. Mais ils figurent tout de même dans cet article car Lord Dying est loin d’être dépourvu de potentiel.

C'est vrai qu'elle a de la gueule cette pochette!

C’est vrai qu’elle a de la gueule cette pochette!

The Dillinger Escape Plan : La Chevauchée Fantastique.

One of Us Is the Killer confirme la place unique que The Dillinger Escape Plan conserve au sein de la très grande famille du métal extrême. C’est rageur, précis à en faire douter un métronome, et ça martèle sec. Et en même temps, c’est sacrément accrocheur et si barré qu’on les suit n’importe où. Assurément l’un des grands crus de 2013, celui-ci restera, pour sûr.

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2013 par Emet

2013, l’année où les immondes vapoteurs ont pris possession du monde, l’année où Lost Prophet rata son come-back, l’année où Varg devint enfin un mème, l’année dont on dira que la fin du monde aurait dut avoir lieu en 2012. Ou pas.

Quitte a râler dés le début, musicalement, du coté des nouveauté, je me suis plus marré en 2012. 2013 a plus été l’année des (re)découvertes de vieilleries diverses et entassées. Néanmoins, quelques skeuds m’ont particulièrement raclé le falzar…

1 – DARK-motherfuckin-THRONE, The Underground Resistance

Si je ne devais retenir qu’un seul album cette année, ça serait celui-ci. D’ailleurs, c’est pour ça que les autres longs-jeux dont je parlerai ne seront pas numérotés. Jamais un album de Heavy n’a été aussi TRVE ; je souhaite vraiment à Darkthrone de toujours sortir des beautés de ce genre, on pourra dire que le groupe était vraiment l’un des plus grands de l’univers (!!!), et, qu’ainsi, de bout en bout, il fut parfait. Du même sang, reste à surveiller Gift of Gods, on pourrait être joyeusement surpris.

Le morceau qui m’a accompagné une bonne partie de l’année, des vallées allemandes aux huttes Vendéennes, en passant par les bas-fonds bordelais, mais aussi au cœur des moshs poussiéreux bretons…

GHOST, Infesstissumam

Peut être moins fédérateurs, moins de hits potentiels que chez son grand frère Opus Eponymous, Infestissumam n’en reste pas moins super cool ; j’ai adoré ces espèces d’expérimentations bizarres, toujours du meilleur goût, dont l’album est parsemé. De plus, jouer les prolongations avec les petites reprises balancées de temps à autres sur la toile, ben, c’est toujours cool.

Et, on va être clair, Monstrance Clock sous la lune Clissonnaise, c’était magique.

Peste Noire, Peste Noire

Moins champêtre et moins risqué que l’Ordure à l’Etat Pur, Peste Noire reste un album inclassable et foutrement jouasse. Réécoutez Démonarque ou La Blonde même, on est loin du black-à-papa (et tant mieux), ça peut virer grotesque, mais, au moins, on ne peut pas s’ennuyer. Nos régions ont du talent ! (d’ailleurs, honte à moi, j’ai écouté Autarcie toute l’année avant de me rendre compte qu’ils venaient juste de sortir un truc)

Shining (Suédoisie), 8 ½, Feberdrömmar I Vaket Tillstand

Rien de nouveau sous le soleil, juste un « presque » best-of rigolo avec des guests à gogo à la saveur douce-amère. La sélection des morceaux est plus que judicieuse et assombrira parfaitement vos soirées d’hiver. Je ne vais pas rajouter une couche sur le rap growlé des plaines, donc, on pourra parler de Maniac qui bastonne sévère, Gaahl qui fait encore des trucs bizarres…

D’ailleurs, en parlant de compilations améliorées, le dernier Taake vaut lui aussi son pesant de cahuettes, ne serait-ce pour la reprise de Die when you die… Hoest, mon amour.

Bitch Witch, Bitch Witch

Sorti le 27 décembre 2012, ça serait dégueulasse de ne pas le mettre dans ce petit top. Concrètement, voilà une découverte toute récente, un truc qui fais du bien. Blackened-crust-(émo?)-core à la San Miguel. Sérieusement, c’est de la balle, ça vaut le déplacement. Si vous aimez les trucs un peu dégueux, burnés mais écris à grands coups de tempax, c’est pour vous.

Bitch Witch, alors, tu veux toujours pas traverser les Pyrénées?

Bitch Witch, alors, tu veux toujours pas traverser les Pyrénées?

Mais aussi… J’aurai pu parler de Neige éternelle, parce que les québécois, ils sont vraiment terribles, ou de Glaciation, même si je m’y prends un peu à la bourre, ou du dernier Sacrilegious Impalement qui groove pas mal… sans oublier tout les EP achetés et prochainement chroniqués.

Désormais, on a plus qu’à attendre et subir 2014 et son lot de nouveautés, notamment la fameuse collaboration Sunn O)))/Ulver qui promet…

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2013, par Théo

C’était quoi 2013 ? Metallica a joué en Antarctique. Randy Blythe de Lamb Of God a failli prendre 5 ans de prison. Jeff Hanneman et Lou Reed sont morts. Le retour de Carcass a foutu tout le monde sur le cul. Celui de Black Sabbath, un peu moins. Sous la lune noire, il s’en sont passées, des choses. Histoire de ne rien oublier, retour sur nos disques de l’année.

Altar Of PlaguesTeethed Glory And Injury

En plus d’être sans doute la plus belle pochette de l’année, Teethed Glory And Injury est sans conteste l’une des meilleures choses qui soient arrivées au black metal cette année. Alors que la querelle – stupide – entre les Anciens et les Modernes fait rage dans le BM, Altar Of Plagues impose un pavé ni complètement black, ni tout à fait autre chose.

Toujours est-il que si on s’est ennuyés comme des pandas morts à l’écoute de certaines sorties attendues cette année (Seth, Watain…) le disque des Irlandais maudits ne nous a pas déçus. Une chanson comme God Alone renvoie le BM à ses contours les plus noise, le reste de l’album fourbit peu à peu la haine inhérente à un chant du cygne annoncé. Altar Of Plagues n’est plus et qu’à cela ne tienne : leur dernier disque est incontestablement leur meilleur. Bravo l’Irlande.

À écouter : Burnt Year. Imaginez. Blastbeat Black Metal et rythmique tribale tapée aux claves. Vous aussi, vous auriez envie de hurler tel un damné pour participer.

Cult Of Luna Vertikal

Vous avez remarqué ? En 2013, plus personne ne parle de postcore. Neurosis est au bout du rouleau, Isis a jeté l’éponge voilà longtemps déjà… bref. Le style ne passionne plus. Seul le Culte de la Lune semble avoir assez de matière, assez de densité, assez de profondeur et assez de talent pour nous avoir fait dire le mot “postcore” au moins une fois ou deux dans l’année.

Vertikal est lourd, froid et racé tel un building dans le ciel suédois. Il évoque un New York construit en style bauhaus. C’est l’album urbain de 2013 par excellence, qui trace la skyline de la métropole à coups de leads de synthé distordus. Le visuel de Vertikal, bluffant, est en accord parfait avec l’éloge à la monotonie que Johannes Persson et sa troupe tissent en chansons.

À écouter : I : The Weapon. Cult Of Luna version 2013 au sommet de son art. Batterie, synthés, guitares et vocals… tout est d’une rigidité scandinave parfaitement rigoureuse.

Arcade Fire – Reflektor

Être des metalheads rongés par l’alcool et Satan ne nous empêche pas d’avoir des goûts musicaux à peu près aussi larges que ceux de Michel Drucker. D’ailleurs, nous avons écouté le meilleur album pop de l’année 2013. Ils’appelle Reflektor et c’est aux Canadiens d’Arcade Fire qu’on le doit. Double-album intense et passionnant, il invite l’auditeur à la rêverie éthérée autant qu’à la fête débridée.

Rock, dub, punk, electronica, pop… cette réécriture du mythe d’Orphée et d’Eurydice pioche dans de nombreux genres pour offrir un ensemble choral, riche et varié loin, bien loin des premiers essais un peu mous qui ont pourtant fait la renommée du groupe. Arcade Fire remise les accords larmoyants au placard, entraîne James Murphy de LCD Soundsystem [NdEmet: Tiens, ça me rappelle quelque chose ça…] au passage et renvoie la plupart des groupes de pop post-2010 à leurs gammes. Faites le test en live.

À écouter : Joan Of Arc. Si le tube Reflektor ne vous suffit pas, plongez-vous dans les rythmes savants et la construction à tiroirs de cet autre single en puissance. Au menu : altérité des voix entre Régine Chassaigne et Win Butler, refrain imparable et propos épique. Nom nom nom.

Vhöls/t

“C’est qui Vhöl” ? En gros, mélangez les gammes lydiennes de Melechesh, la rythmique rugissante d’Absu, une pointe de thrash à deux guitares à la Vektor et un zeste de Metal Noir. Voilà Vhöl. Désormais, vous êtes fin prêt à vous perdre tout entier dans les dédales spatio-sumériens colossaux suggérés par une écoute entière du premier – et éponyme – disque de Vhöl. Un véritable voyage sur une autre planète que tout fan de SF et de D-beat se doit d’entreprendre.

Au fait, qui l’a vu venir, celui-là ? Personne. Vhöl, c’est un peu la réunion surprise d’anciens musiciens de ces groupes maudits : Agalloch, Ludicra (RIP)… Une conscience Black Metal qui affleure telle une lame de fond, un goût pour le choral (sous le fard thrash, quelques touches power metal), la musique qui va vite et les vaisseaux spatiaux. Space is deep…

À écouter : Insane With Faith. Parce que le riff du couplet est probablement le meilleur riff thrash de l’année. Mention spéciale au son de la basse et à l’alternance blastbeat/D-beat qui fera la joie des batteurs de salle d’attente.

Windhand Soma

Mon cher confrère Emet a beau poser un cierge tous les soirs sous son poster de Bob Marley, toujours rien en provenance de Nottigham et des tout-puissants Electric Wizard, et ce depuis Black Masses en 2010. L’année 2013 aura donc vu une fois de plus la rédaction de HML se chercher de nouveaux maîtres en matière de riffs qui rampent sous le poids du THC.

Les heureux élus de cette année en matière de doom, Windhand, ne nous étaient pas tout à fait inconnus. Après avoir eu le bon goût de partager un split avec Cough l’an passé, ils confirment leur savoir–faire avec un disque long, ambitieux… et pourtant passionnant. Bien plus, en tout cas, que la dernière galette d’Uncle Acid. Abandonnez-vous, Satan l’ordonne.

À écouter : Boleskine. Un unique riff pour trente minutes de doom le plus stone : conclusion d’un disque en forme de triomphe, de quoi convertir au les plus résistants au cvlte.

Tu le sens le riff?

NdEmet: Pour les avoir vus on stage avec les immense Pilgrim, je ne peux que plussoyer. Et, j’en profite pour préciser que je n’ai pas de poster Bob Marley dans ma cave chambre.

Nick Cave & The Bad SeedsPush The Sky Away

Nick Cave a prouvé en 2013 qu’on pouvait être le meilleur, et ce à 56 ans. Sans pression, la paire Cave/Ellis donne une suite au plus électrique – quoique plutôt décevant – Dig !!! Lazarus Dig !!!. Nous étions prévenus avec le split de Grinderman (opéré après 2, un des meilleurs albums de l’année 2010), le crooner se cherche un back to basics avec les Bad Seeds.

Et c’est indubitablement réussi. Push The Sky Away ne vous fera pas danser. Pourtant, il est plus rock que quiconque à coups de chansons au lyrisme noir où affleurent les violons sous les accords de piano (« We Real Cool« ). Il est plus punk que quiconque avec cette production épaisse et sincère, à couper au couteau, où les accords flippés de Warren Ellis et la voix écorchée de Nick Cave bruissent si proche de vos oreilles que c’en est gênant.

Ce n’est pas un groupe qu’on acclame ici en propulsant Push The Sky Away parmi nos albums de l’année 2013. Mais une carrière, un parcours, des valeurs. Une façon d’enregistrer des disques, de jouer de la guitare, de chanter la vieillesse, l’amour, la mort – et parfois tout ça à la fois. Nick Cave est bien plus qu’un chanteur. C’est le dernier véritable poète du rock. Du statut de chanteur culte pour post-adolescents vaguement gothiques, tout ce qu’on souhaite au chanteur australien est un renom qui résonne aussi fort que ceux de Johnny Cash, Ian Curtis et Lou Reed. Ainsi soit-il.

À écouter : Higgs Boson Blues en live, soit de l’art brut capté dans un plan séquence splendide de près de 10 minutes.

Jenny Beth, épouse-moi.

Jenny Beth, épouse-moi.

SavagesSilence Yourself

Devant le grandiose, on se tait. C’est l’ordre que les filles de Savages vous intiment quant à l’écoute de leur disque, justement nommé Silence Yourself. Post-punk par élimination, garage par passion, indie par devoir, le quatuor british offre une musique profondément rock… et de loin le meilleur de ce genre cette année. De quoi renvoyer à leurs classiques pas mal de présomptueux (Comment dites-vous ? The Strokes ? Jamais entendu parler…).

Silence Yourself est un album organique, palpable et sensible, fait de larsens chatoyants, de chuchotements soufflés au creux de l’oreille… mais aussi de tabassage de batterie en règle, d’une basse ronronnante et hypnotique, d’une guitare acérée… Les Savages font dans la nuance, superposant les couches les unes après les autres. Si la maturité de leurs compositions est remarquable, la maîtrise de jeu du quatuor l’est plus encore.

Entre la première piste Shut Up, le riff redoutable de She Will, le tube en puissance Husbands… l’auditeur est malmené d’une émotion à l’autre, seulement guidé par le souffle haletant de la chanteuse Jenny Beth (la Française Camille Berthomier à la ville, cocorico), véritable réincarnation féminine de Ian Curtis. Silence Yourselsf est féminin(-iste ?), sauvage, incontrolable et passionnant. Silence Yourself est la révélation rock de l’année et aucun homme n’en est responsable. Silence Yourself est à réserver à tous ceux qui aiment se retrouver passifs au pieu d’un moment à l’autre. Soit à peu près tout le monde.

À écouter : She Will. Parce que ce riff de guitare me hante encore au moins deux ou trois fois par semaine, et ce plus de six mois après la sortie du disque.

Oh, Earl.

Oh, Earl.

Earl Sweatshirt – Doris

Je n’y connais rien en rap. Rien à part Cypress Hill et RZA, le Bordelais timbré VII, les clips de Seth Gueko avec ses potes Al Kapote et 25G. Je n’y connais rien et il est pourtant difficile pour moi d’ôter Doris de mes albums favoris de l’année 2013.

Tant pis pour l’avis de spécialiste rap : lisez plutôt Fact Mag, Olivier Cachin ou mon excellent collègue chez Konbini Tomas Statius si c’est ce que vous cherchez. Ici c’est HML. Et si ce disque se retrouve ici, c’est parce que Satan est planqué à chaque recoin des punchlines de Thebe Neruda Kgositsile, plus connu depuis qu’il fait partie du collectif de hip hop Odd Future sous le nom de Earl Sweatshirt.

Que ce soit dans cette consistance brumeuse qui nimbe le disque ; ou bien dans ces instrus inspirées ; ou encore dans cet univers de weirdos du rap game que Earl Sweatshirt et Tyler The Creator se sont taillés. En 2013, le meilleur du hip hop venait du collectif Odd Future. De quoi oublier ce stupide Kanye West tout en soignant votre street cred’.

À écouter : “Chum”. « Sixteen, I’m hollow, intolerant, skipped shots/I storm that whole bottle, I’ll show you a role model/I’m drunk pissy pissing on somebody front lawn/Trying to figure out how and when the fuck I missed moderate ». Voilà pourquoi.

Alors la Suisse ? C'est pour quand la réplique ?

Alors la Suisse ? C’est pour quand la réplique ?

Fell Voices – Regnum Saturni

Darkspace n’a rien sorti cette année et l’actualité de la brumeuse formation helvétique est aussi opaque que les murs de guitare diaphanes élevés par ces terroristes du black metal.

Pas de Darkspace. C’était donc le créneau idéal pour s’enfoncer dans l’écoute de Regnum Saturni, le troisième et dernier disque de Fell Voices. Drones lents et sourds, accords de cave, production ultra lo-fi et blizzard de guitares über-saturées : Regnum Saturni ouvre le chemin vers une dimension sombre et inhumaine – au sens premier du terme. Il en faut une sacrée paire pour arriver à la fin de ce disque fait de nuances aussi subtiles que les battements d’ailes d’une chauve-souris dans l’immensité du cosmos.

Du bruit et du metal noir. Voilà tout ce que je commande à ce connard de Père Noël. Et ce trois cent soixante cinq jours par an.

À écouter : Tout Regnum Saturni, du soir au matin, très fort dans le casque, le regard plongé dans l’horreur de l’espace infini qui s’offre à vous. Et sans ronchonner.

Gorguts-Colored-Sands

Gorguts – Coloured Sands

J’ai hésité, sérieux. Les poutres en matière de death metal ont déferlé de toutes parts cette année. Et pan, Exhumed. Et bim, Ulcerate. Une petite, mais vicelarde, tak, le retour de Carcass. Une plus vilaine, moins subtile, paf, Grave Miasma… Pourtant, aucun direct à l’estomac en forme de death metal ne mérite autant sa place ici que le sublime Colored Sands de Gorguts.

Compliqué et trituré de toutes parts, le disque de l’autre grand retour du death metal en 2013 (coucou Bill Steer) écrase la concurrence. Riffs torturés, sens de la composition aiguisé, jeu de batterie sans merci… le vétéran Luc Lemay a su s’entourer : on retrouve Colin Marston (Krallice…) à la basse et John Longstreth (Origin…) aux futs.

Le résultat est tour à tour plus sombre que la cave de Josef Fritzl (“An Ocean Of Wisdom”), plus ambitieux que le death metal moyen de 2013 (“Enemies Of Compassion”) mais parfois simplement plus raffiné… voire plus divin ? (“The Battle Of Chamdo”). Coloured Sands se déguste matin, midi et soir.

À écouter : “An Ocean of Wisdom”, parce que c’est tout u excellent titre. Mais aussi un peu parce que ça faisait hyper longtemps que je n’avais pas calé le nom d’un criminel sexuel dans un papier pour parler musique. Rah. Ça détend.

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Year Of No Light – Tocsin

Cocorico, les copains. Eh non, cette année il n’y avait pas que le cancre Famine pour représenter la royaume de France. N’en déplaise à mes chers collègues – et esclaves sexuels les soirs de sabbat – de HML. Et non, non et 666 fois non ! Mon petit Ludovic, ce n’est pas parce qu’on parle plus fort et plus grossièrement que tout le monde qu’on est forcément le meilleur.

Prends plutôt exemple sur tes camarades de Year Of No Light : pas un mot et ils sortent le meilleur disque de metal français cette année. Lenteur, Lourdeur et magnificence sont les maîtres mots de ce disque qui m’a réconcilié avec le metal instrumental (nous nous brouillons souvent). Une preuve du talent de Year Of No Light ? Leur capacité, lors de nombreux plans absolument doom, à réinventer sans cesse le genre grâce à un état d’esprit et une démarche quasi inédits dans la scène.

Avec le changement, cette notion qui fait peur à tant de groupe, comme seul dénominateur commun à la progression de leur discographie, Year Of No Light trouve le temps de poser un disque puissant et céleste (Celeste ?). Alors mon petit Ludovic, on pose ses tracts du FN deux minutes, on inspire un grand coup et on écoute. Non mais.

À écouter : « Géhenne », « Du latin gehenna de l’hébreu gē-Hinnōm (« vallée de Hinnom »), vallée au sud de Jérusalem, où des Juifs idolâtres offraient des enfants en sacrifice au dieu Moloch. » Ça vous suffit ?

Je m’excuse auprès de In Solitude, de Eels et de Merrimack. Leurs albums sont un poil moins bons mais très valables au demeurant. Si vous avez deux minutes et un logiciel de torrent suffisant je ne saurai que trop vous conseiller de… OH NON ! VOILA L’HADOPI ! JE DÉGAGE À CUBA.

À 2014 les mecs. 2013 c’était chouette.

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