Shining (Nor.) – One One One

Octobre 2013

Disponible chez Indie Recording

Dernièrement, je suis tombé sur une rediffusion de Terminator 2. Aaah, les lunettes de Schwarzy, les muscles de Linda Hamilton , la coupe au bol du jeune John Connor… Et le T-1000, ce robot de métal liquide au regard froid et à la détermination sans faille, capable de générer des armes blanches qui ferait passer Uma Thurman pour une majorette. Et devant ce déluge d’effet spéciaux si cher à James Cameron, je me surpris à penser à la musique des norvégiens de Shining. The Madness and the Damage Done sur un montage des séquences de pugilat entre nos deux cyborgs préférés, avouez que ça claquerait. Shining, c’est un peu le Terminator de la scène métal actuelle: le rouleau compresseur T-800 couplé avec la précision chirurgicale du T-1000.

Shining, l'hydre à deux têtes.

Shining, l’hydre à deux têtes.

Secrets d’histoires

« Bonjour, c’est Stéphane Bern. Tout au long de cette partie que j’ai eu l’immense plaisir d’écrire pour Hear Me Lucifer, nous allons plonger au cœur des secrets des monarques de Norvège, véritable vivier de princes et d’ambassadeurs de la plus raffinée des musiques, détenteurs de richesses que bien d’autres royaumes admirent et convoitent sans oser l’exprimer [Respire]. Nous allons nous intéresser à la très intéressante ascension de Shining que je risquerai même à comparer aux grandes épopées nordiques qui firent la grandeur du peuple scandinave ou encore au fabuleux destin de Grace Kelly qui devint reine de Monaco.

"Attention les loulous, ça va mosher sévère!"

« Attention les loulous, ça va mosher sévère! »

Au départ, le groupe est un quartet de charmants jazzmen. En 1999, Where The Ragged People Go est enregistré. Ce premier album est plutôt conventionnel pour une formation de ce genre malgré l’incorporation d’éléments du free-jazz et la qualité d’interprétation des musiciens. S’ensuit deux ans plus tard Sweet Shanghai Devil qui les emmène vers les terres du free.

Ne voyez pas dans In The Kingdom of Kitsch You Will Be A Monster une insulte à la royauté mais une petite boutade d’adolescents qui se découvrent rebelles, se cherchant peut-être encore sur la route abrupte de la maturité. A l’image de la voix perdant son timbre candide et au corps se couvrant de pilosité abondante, Shining entame sa mutation et nous emmène faire un tour dans les couloirs de l’Overlook en arborant le rictus de Nicholson. Un peu moins jazz encore, plus metöl et avec une dose de folie qui ferait passer le Prince Harry pour un disciple de Michel Boujenah. S’ensuit l’album Grindstone, plus schizophrénique encore que le précédent.

Grindstone, penchant diabolique de US3 ? Jazz et métal pour le premier, Hip Hop et Jazz pour le second.

Grindstone, penchant diabolique de US3 ? Jazz et métal pour le premier, Hip Hop et Jazz pour le second.

La consécration arrive en 2010 avec l’album Blackjazz. Jusqu’à présent, Shining se dévoilait petit à petit et s’était hissé au sommet grâce à Grindstone et contemplait l’en-bas avec assurance. Mais tel le Pape descendant vers ses fidèles pour un bain de foule, les norvégiens décidèrent de dévaler le versant opposé pour s’aventurer vers des paysages industriels. Leurs influences jazz se firent plus discrètes au profit d’Indus et de quelques éléments adoptés du Black, semblant enfin assumer leurs influences extrêmes. Le son devient plus compressé, les rythmiques sont martelées à l’enclume et Munkeby commence à scander « The Madness and The Damage Done ».

« Maintenant, ça va chier. »

« Maintenant, ça va chier. »

Parce que oui, on pourrait très bien interpréter ce titre qui ouvre Blackjazz comme un cri manifeste, un hurlement de renaissance. L’album donne lieu à un CD live, le Live Blackjazz, qui impose Shining comme une des expériences de concert à vivre dans sa vie. Un peu comme le sacre de Clovis. Ah quelle douce époque, faites d’épopées, de tragédies et de victoires sanglantes… Car Munkeby et ses acolytes sont désormais au commande d’un bon gros Panzer des familles, véritable machine implacable de riffs, d’improvisations hallucinées, et de métriques qui auraient ravi un Bartok. Le Live Blackjazz comporte une reprise absolument transcendante du 21st Century Schizoid Man de King Crimson. Une des meilleurs versions à ce jour tout simplement. Nul doute que le Roi Cramoisi a enfin trouvé son dauphin.

Et c’est ainsi qu’en déambulant dans les sombres ramifications de l’édifice musical de Shining, nous en arrivons au septième effort discographique: One One One. »

Merci Stéphane, tu peux rentrer chez toi maintenant.

Blackjazz Rebels ?

Après la sortie de Live Blackjazz, il était temps de retourner en studio. Avec One One One, le groupe cherche à se démarquer des deux albums précédents. Blackjazz était un album riche en expérimentations et doté d’une structure très réfléchie. On retrouvait des chansons en deux parties, disséminées de par et d’autre de l’album et des morceaux à tiroirs qui emmenaient son auditeur dans un véritable labyrinthe sonore. Le live qui suivit explorait sur scène le côté jazz de Shining en insérant de nombreux passages improvisés et en remaniant certains morceaux issus d’albums précédents pour une véritable unité esthétique, ce qui amène Shining et la presse à parler d’une trilogie. La formule semble s’être stabilisée mais One One One se démarque par une volonté de ne pas ré-enregistrer le même album.

C’est bien sûr une constante pour le groupe comme Stéphane a su nous le démontrer. One One One témoigne d’une vraie unité artistique au niveau de la production et du son du groupe. Toujours aussi froid et précis, compressé et enragé. « Nan mais mec, c’est un truc de ouf Shining, c’est dingue tout ce qu’ils peuvent te faire au sein d’une même chanson! Et puis ça bastonne! Et bien! Parce qu’un bon groupe de métal, ça envoie le bois. Et un mauvais, bah… il envoie le bois aussi. Mais eux, ils sont géniaux! »

Cowabunga, le cri des ninjas!

Cowabunga, le cri des ninjas!

One One One conserve bien sûr ses moments de folie où les cinq compères s’en donnent à coeur joie. Mention spéciale au batteur Thorstein Lofthus (dont le patronyme pourrait lui même donner son nom à un groupe de death) qui offre un jeu intense et varié. Le jeu sur les accents sur My Dying Drive apporte un groove propre aux morceaux. D’ailleurs, tout le disque groove comme c’est pas permis grâce à lui. Lofthus martèle et est tout autant le métronome du groupe que celui de notre nuque. I Won’t Forget et The One Inside sont deux titres excellents pour débuter le disque. Morceaux courts, taillés pour les concerts, ça doit mosher sévère dans la fosse.

 

Malgré la concision des morceaux et de la durée de l’album, Shining parvient à nous suprendre sur des titres comme How Your Story ends et The Hurting Game avec un agencement des différents riffs et ambiances qui témoigne d’une grande maitrise. Plus mature que Blackjazz qui se déployait plutôt sur la longueur ? Comme si l’économie était un critère de maîtrise. Certes, ça One One One l’est, maîtrisé. Munkeby ne se cache pas qu’ils ont cherché à écrire des chansons qui peuvent exister par elles-mêmes et être écoutées et jouées indépendamment les unes des autres. One One One, ça serait un peu l’album des hits. Pourquoi pas. Mais à l’écoute de l’album, on y décèle des baisses de rythmes comme avec Blackjazz Rebels (pourtant audacieux vu le succès et la qualité de Blackjazz) ou on se surprend à penser que le groupe se répète malgré la qualité des compositions en fin d’album. Dommage, car le style développé à partir de Blackjazz est suffisamment riche pour ne pas tomber dans cet écueil.

Bon alors, ça déchire ou pas ?

"On aimerait bien changer de style alors on fait essayer de passer dans l'émission de Patrick Sebastien."

« On aimerait bien changer de style alors on fait essayer de passer dans l’émission de Patrick Sebastien. »

Bien sûr que l’album déchire. Le saxophone est toujours aussi bien intégré aux compositions et Munkeby affine même son chant. Les riffs sont efficaces et incisifs, la batterie cogne. On regrettera quand même que le saxophone, la basse et les claviers soient un peu laissés en retrait pour laisser plus de place aux guitares. One One One nous montre un Shining certes plus accrocheur et homogène mais également plus calibré. L’album sonne au final très conventionnel dans la discographie des norvégiens mais reste un album d’Indus (influence majoritaire) bien exécuté. Nul doute qu’en concerts, Munkeby et ses pairs sauront lui insuffler une dimension supplémentaire. Ce nouvel effort contient sans doute moins de prise de risque mais s’inscrit indéniablement dans la trilogie Blackjazz en explorant une autre facette du groupe. One One One est donc d’une certaine manière indispensable pour comprendre l’évolution du groupe et constitue une bonne entrée pour aborder la musique de Shining. Après des années de chemins détournés, le groupe semble s’être stabilisé… Jusqu’à la prochaine mutation.

Surprise! On est très très méchants en fait!

Surprise! On est très très méchants en fait!

Fenrir the cat

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