Carcass – Surgical Steel

Surgical Steel est le premier album de Carcass en l’espace de… 17 ans. Puisque Hear Me Lucifer est Le webzine réactionnaire et régressif le plus hype du metöl (un genre de Vice de droite de la musique extrême, m’a-t-on dit un jour…), on ne pouvait pas passer à côté.

Il y a même une pince à épiler en bas à gauche...

Il y a même une pince à épiler en bas à gauche…

Si Clint avait préféré la BC Rich au Colt six coups, il aurait très bien pu tenir ces quelques mots : “Le death metal se divise en deux catégories. Il y a ceux qui ont le pistolet chargé et ceux qui creusent”.

Ben ouais, il a raison Blondin. Il y a cette pléthore de groupes, tout blastbeats dehors, riffs shreddés ininterrompus, look treillis-rangers-gueule-de-facho-à-cheveux-longs et paroles scatophiles de merde… Comme pour se légitimer face au voisin. Faire plus fort. Plus méchant. Plus provoc’. Plus violent.

Et finalement, emmerder tout le monde.

Et il y a les groupes qui surprennent. Qui bastonnent, mais pas dans le vide. Qui frappent à l’estomac, d’un revers de lame justement placé. Qui posent quelque chose de nouveau, qui établissent de nouvelles règles, qui jalonnent le genre. Au début des années 90, les Britanniques de Carcass ont été de ceux-là.

carcass

À cette époque, je regardais encore « Ça cartoone ».

To make a long story short

Après une longue absence, les ex-vegans de Liverpool cèdent aux sirènes de la reformation. Nous sommes en 2008, j’ai mon bac en poche depuis un an passé dans le flou professionnel le plus opaque, une vie entière de désespoir qui m’attend, bref, pourquoi se priver de Carcass au Hellfest ? De toute façon, je ne serai jamais médecin (ni même végétarien, d’ailleurs).

Sans être la poutrerie ultime, Carcass offre alors pendat cinq ans des sets distingués qui font la part belle aux nombreuses périodes musicales du groupe. Du grind sauvage des débuts, on navigue jusqu’au death mélodique racé de Heartwork ou Necroticism, voire aux incartades catchy de Swansong. Le concert terminé, l’arrière-goût amer de la reformation à but lucratif traîne tout de même, âpre et tenace, sur la langue des festivaliers du monde entier. Mais bon. Carcass joue « This Mortal Coil » en premier dans sa setlist. What else ?

Retour au bloc opératoire

Aujourd’hui, cinq ans après le premier (gros) chèque qu’ils se sont vus offrir pour donner leur metal 90s en pâture aux vieux de la vieille, Carcass sort enfin Surgical Steel, son premier disque depuis Swansong en 1996. Soit 17 ans sans avoir écrit la moindre note. C’est dire si l’attente était longue.

Vraie-fausse fuite d’une première chanson avec l’imposante « Captive Bolt Pistol », trailer bandant comme tout, boxset léché… Avant même la première écoute, Nuclear Blast assurait une communication aussi aiguisée que le scalpel d’un chirurgien gynécologue. Le label allemand veut le rappeler au monde entier : Jeff Walker et sa bande sont de retour dans le bloc opératoire.

Première nouvelle : Carcass rompt avec la politique de la pochette de mauvais goût. Eh oui. Pour toi, le fan hardcore, c’est difficile à admettre, mais il faudra bien le dire un jour : le visuel du classique Heartwork – réalisée par Herr Giger himself – est d’une laideur accomplie.

"Life Support 1993", HR Giger. Dis-moi, Hans Rudolf. Que s'est-il passé au juste ?

« Life Support 1993 », HR Giger. Dis-moi, Hans Rudolf. Que s’est-il passé au juste ?

2013, Carcass ressort son kit de chirurgie fine. Scalpels, scies, ciseaux et marteaux… le tout immaculé et plus tranchant qu’un riff de Slayer au crépuscule. Lorsqu’on a pas de goût, on met l’originalité au placard et on ressort les vieilles recettes. Un peu de torture physique n’a jamais tué personne, pas vrai ? Mais surtout, la symbolique d’une telle imagerie est sans équivoque : après une attente terriblement longue pour les fans, il s’agit de ne pas rater le retour. Et Carcass le sait.

The doctor is here

Le retour oui, mais alors en pleine forme, hein. Et oui : à l’image de la pochette, Carcass a bossé. Et comme les setlists de leurs concerts de reformation ont pu le laisser entendre, Surgical Steel se veut un mélange homogène des différentes époques du groupe. Grind, death, thrash, heavy…

Aux guitares, Bill Steer égrene attaques frontales sur D-beats et shreds furieux sur paire de pédales affolées (« Thrasher’s Abattoir »). Puis s’attarde sur la finesse d’un lead harmonisé à la tierce mineure (« Cadaver Pouch Conveyor System »), balance un palm mute rampant ou encore un solo à la mélodie tranchante (« A Congealed Clot Of Blood »), contrastant fièrement avec les vocaux râpeux de Jeff Walker. Au cas où vous vous poseriez la question, le headbang n’est pas en option dans le traitement.

Et non, Michael Amott ne manque à personne.

Jeff-Walker-Confirms-New-Carcass-Album

Amis nostalgiques, rassurez-vous : la voix du bassiste-chanteur est fidèle à tout ce qu’on est en droit d’attendre du hurleur en chef de Carcass. Le timbre inégalable de l’ex-dreadeux Jeff Walker caresse toujours les oreilles comme une scie à métaux pénètre dans votre épiderme – il faut forcer un peu au début, mais après l’os ça passe tout seul.

Surgical Steel ne fait pourtant pas exception à la majorité des productions Carcass : quid de la basse ? Il y en a bien une, cachée loin au fond du mix, littéralement dévorée par les deux guitares. Saturées au-delà de toute description, celles-ci soufflent le chaud et le froid, du death mélodique aux riffs limite powerviolence, avec un son toujours typiquement grind… et donc anxiogène pour les fréquences de la basse.

À la batterie, Daniel Wilding. Le remplaçant de Ken Owen n’a pas à rougir : son aptitude à restituer le style du batteur historique du groupe (dans le coma pendant 10 moins en 1999, il a déserté son poste depuis longtemps), chanson après chanson, en fait le batteur légitime de Carcass.

Froid et méthodique, son jeu fait parfois montre d’une technique irréprochable et d’un groove inattendu (« The Master Butcher’s Apron »), distillant les tintements de la cloche de la cymbale ride comme les pulsations cardiaques sur un encéphalogramme. Vous vouliez des surprises ? Il n’y en a pas.

Ken Owen jouait régulièrement une chanson ou deux en festivals, incapable de tenir tout un set du fait de sa faible condition physique. Always in our hearts, pal.

Ken Owen jouait régulièrement une chanson ou deux en festivals, incapable de tenir tout un set du fait de sa faible condition physique. Always in our hearts, pal.

Back To The Grind

Pas de surprise, mais un retour réussi. Il s’agit de l’écrire : quelques riffs de Surgical Steel sont parfaitement indispensables. Parmi eux, « Cadaver Pouch Conveyor System » en entier, le blast de « The Master Butcher’s Apron » (qui fait écho à celui de « This Mortal Coil » justement), la partie solo terriblement old-school de « The Granulating Dark Satanic Mills », le hit « Captive Bolt Pistol » ou encore cette chanson à tiroirs agréablement heavy qu’est la finale « Mount Of Execution ».

Aussi, tout n’est pas parfait dans ce disque de la renaissance. Si les toubibs de la perfide Albion reviennent, droit dans leurs Crocs médicaux – la blouse repassée et le masque en papier bien posé sur le nez -, le quatuor a bel et bien décidé de jouer la carte du retour aux sources. Carcass joue son heavy metal à lui, loin des modes, loin des expérimentations aussi, loin de qui que ce soit.

Le seul véritable problème étant que la prise de risque avoisine le degré zéro.

Même sans cela, Surgical Steel est un petit bijou ponctué d’excellents riffs. Cassures rythmiques efficaces, suites d’accords bandantes, vocaux jouissifs, leads de guitares harmonisées sublimement kitsch… Les ingrédients sont tous là pour un album de Carcass qui aurait pu sortir… entre la hargne mélodique du brillant Heartwork et le WTF-rock de Swansong le mal-aimé.

Eh, oh, c’est les parrains du death suédois alors tu touches pas

Reste donc l’épineuse question suivante : Surgical Steel est-il à réserver aux fans hardcore de Carcass ou peut-il sans souci s’élever à la hauteur de la sortie d’un groupe à l’actualité brillante ? Rappelons que tout un pan de la scène de Göteborg en doit une belle aux grindeux de Bristol. Par ailleurs, le groupe n’a pas radicalement changé sa façon de riffer. Au contraire. Les mélodies se suivent, les shreds s’envolent, les vocaux grognent…

Et surtout, le death metal groove.

Ce qui fait de Carcass un groupe à nul autre pareil. Ainsi, son acier chirurgical n’a pas la froideur de la réalité sociale de Misery Index ou de Murder Construct. Ni tout à fait l’attitude grotesque du brutal death couillon-mais-qu’est-ce-que-c’est-bon de Devourment ou encore Gorgasm. Et puis non, décidément, Carcass est bien loin des étrangetés avant-gardistes d’Ulcerate, Portal ou Gorguts.

Ce qui distingue Carcass, c’est qu’il ne joue dans la même cour que personne. Surgical Steel, c’est comme si les mecs d’Exhumed jouaient des reprises d’Iron Maiden en piochant dans leur propre répertoire. Un vrai bonheur pour les vieux cons, mais aussi un véritable rappel à l’ordre : il est tout à fait possible d’être et d’avoir été. (Prenez-en de la graine au passage, Loudblast).

Blastbeats, grognements, groove, haine, mélodies et beaucoup de fun… metal, quoi. Et quand le blastbeat du pont de « Unfit For Human Consumption » s’abat sur l’auditeur, c’est pour mieux lui rappeler que l’acier chirurgical, c’est tranchant. Oh là là ! Tranchant-tranchant-tranchant. Et Carcass manie les objets tranchants sans anesthésie.

Keep on rotting in the free world, guys.

Theo.

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