Noriega – Desolo – 2009

Admiral Angry + Black Sheep Wall = Noriega. Vous avez déjà laissé traîner une oreille au chevet de ces deux mastodontes sludge/hardcore/doom ? Alors la perspective d’un groupe réunissant des musiciens des deux formations, c’est forcément excitant.

noriega-desolo

Doom/sludge/hardcore, Californie

Disponible chez Black Wave Productions

Black Sheep Wall et Admiral Angry partagent plusieurs points communs. Les deux groupes sont originaires de Californie et se connaissent bien. Ils partagent des membres communs, pratiquent tous deux une musique lourde et torturée et ont sorti leurs premiers disques ensemble chez cet excellent label qu’est Shelsmusic.

Si l’un était plus proche d’un deathcore épicé de sludge, l’autre pratiquait un doom haineux, extrémiste et radical… A nul autre pareil, ils savaient s’affranchir des (trop) nombreuses influences dégainées par la masse autour de ces styles musicaux. Au milieu, quelque part entre Admiral Angry et Black Sheep Wall, un personnage. Daniel Krauss, guitariste et compositeur principal du premier ainsi que graphiste du second. Il a 22 ans lorsqu’il succombe de sa mucoviscidose en février 2009.

Alors oui. La vie continue. Si Admiral Angry ne s’en est pas remis et que ses membres se sont séparés, Black Sheep Wall a sorti un deuxième disque chez Season Of Mist en 2011 et jouit d’une reconnaissance bien méritée. Mais avant cela, l’année de la mort de Daniel Krauss, cinq membres des deux formations donnaient naissance à Noriega. La conséquence se nomme Desolo et ce disque est aussi surprenant et touchant que les premières sorties du groupe.

Sans doute aussi parce qu’il est le disque le plus proche de la disparition de Daniel Krauss.

La pochette de I Am God Songs, le colossal premier album de BSW. Illustration par Daniel Krauss.

La pochette de I Am God Songs, le colossal premier album de BSW. Illustration par Daniel Krauss.

Imprévisible

La basse, fretless, rampe sur une rythmique de batterie boîteuse. Démarrent alors les hurlements plaintifs puis haineux du bestial Trae Malone. Une hésitation, puis ce riff. Dévastateur. Joué de nombreux tons sous l’accordage standard. You Are God Songs ouvre Desolo sur ce type d’embuscade sonore excitante qui laisse présager un album dense, riche et imprévisible. Et c’est exactement ce qu’il est.

Noriega navigue entre plusieurs eaux. Les parties rouleau-compresseur, c’est sa spécialité. Convoquant à la fois Meshuggah, Intronaut et les passages les plus vilains de Cult Of Luna (Bernard, Ballacaust…), le quintet sait aussi groover comme Coalesce ou Refused ( comme sur Detriment) lorsqu’il veut changer la donne. A la basse, le jeu de Brandon Gillibaucher est un délice. Parmi cet océan de violence touffue, ses quelques rais de lumière sont hautement bienvenus.

Le son des guitares, saturé et abyssal, est toutefois porté par le jeu de batterie tout en feeling de Jackson Thompson. Quel bonheur d’être confronté à ce chorus rythmique au début de Life By Myself, jazz menaçant où les attaques de guitares mathcore reprennent vite leurs droits. Une grande qualité de ce batteur : savoir jouer tant de notes à la fois avec groove et feeling et… savoir se mettre en retrait lorsque l’arrangement le réclame. La longue fin désespérée de Ballacaust n’est qu’un mur des lamentations sonique où affleurent l’attrait supposé des cinq gentlemen pour Khanate.

Noriega : young, handsome and pretty fvcked up.

Noriega : young, handsome and pretty fvcked up.

Duo de chant

Et ce n’est pas Alan Dubin, justement, qui me contredirait. Les deux chanteurs, très complémentaires, sont à l’aise chacun dans son registre. Quand ce n’est pas Trae Malone qui pousse ses puissants beuglements hardcore, Chris Lindblad hurle de sa voix criarde et imparfaite, aigüe et douloureuse, mais à la détresse humaine palpable. Pour moi, c’est un fantasme qui se réalise : provoquer la rencontre entre le chanteur d’Admiral Angry et celui de Black Sheep Wall. J’en reprends deux fois.

Aussi, Desolo est un disque de copains. Cela s’entend. Les musiciens partagent le meilleur de leur groupe respectif. Cet album est un plaisir à redécouvrir grâce à Black Wave Productions qui ressort ce disque sorti initialement en 2009… outre-Atlantique. Une bande de musiciens de talent, un hommage à un copain disparu, une injustice réparée…

Qu’est-ce qu’il vous faut de plus pour vous convaincre que Desolo de Noriega est un putain de bon disque ?

Hommage.

Cheers, Daniel.

Theo Chapuis

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