Arckanum – Fenris Kindir – 2013

Chez Hear Me Lucifer, quand on parle de Black Metal, on met les majuscules, quand on parle des forces qui secouent le cosmos et nos crânes essorés par d’incessants flux et reflux de décibels, on fait une chronique. C’est pourquoi, nous allons vous parler du dernier venu d’Arckanum, c’est-à-dire le Fenris Kindir… 

Meow.

A vous aussi ça vous rappelle quelques chose ?

Black Metal de Suède.

Disponible chez Season Of Mist depuis le 10 mai 2013.

Pour parler franchement, avant d’écouter cette galette, Arckanum n’était autre pour moi qu’un sympathique Pokémon, pas un one-man-band très porté sur la coupe de bois en forêt et sur les gros chiens bouffeurs de bras ; J’ai eu vite fait de rattraper cette carence dans ma culture tellement cet album, et ce groupe (qui n’en est pas vraiment un) bottent des derches par paquets de quinze. Et oui, le Pokémon, c’est Arcanin, pas Arckanum.

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Petit retour sur le phénomène

Pour la faire rapidement, Arckanum, c’est avant tout l’oeuvre d’un type, Shamaatae, ou Johan S. Lager sur ses feuilles d’impôts. Après avoir louvoyé avec le death au sein de Grotesque et d’Absorption en tant que batteur (préposé à la rythmique, pas batteur Seb© à double fouets), Shamaatae fonde Arckanum en 1992. Bien rapidement, Arckanum devient un projet solo à la Taake, Burzum ou encore Skrillex (rayez l’intrus).

Blast à 160 bpm ? Pas de problème !

Blast à 160 bpm ? Pas de problème !

Les démos s’enchaînent, les EP, les albums, les splits (notamment avec Svartsyn, Contamino, et il fut même question d’un split avec les talentueux Craft) suivent. Puis, Shamatae fait une courte pause pour se tourner vers l’écriture d’ouvrages sous le nom de Vexior. Ses bouquins traitent du ehaos-gnosticisme et sont le prolongement de ce que le bonhomme présente musicalement au travers de ces albums…

Tel Richard Clayderman indissociable de sa coiffure, son costard et ses bougies, Shamatae se meut dans un univers spirituel dense et mythologique raconté, reflété dans ses albums où la figure de Pan serait récurrente. Oui, j’emploie le conditionnel car je n’ai pas analysé les textes de ses chansons, tous rédigés en ancien suédois voire en ancien islandais. Ainsi, Fenris Kindir est un album en hommage à Fenris, fils de Loki.

Fenris est, selon le mythe, un genre de géant et de loup à la fois (voilà qui justifie la jaquette plutôt immonde de l’album),qui marchera avec ses compagnons vers le Ragnarök afin de coller une bonne raclée à Odin et ses petits potes. Ainsi, l’album se veut comme la mise en musique de l’événement.

Shamatae en habits de boulot.

Shamaatae en habits de boulot.

Ce que la bête a dans le ventre

Concrètement, Fenris Kindir est un excellent album (et blam ! La formule qui ne sert à rien), profond, dense, varié mais surtout guerrier. Digne frère du Helvitismyrkr on y retrouve le chant aboyé et les guitares catchy, les plans de batterie tirés au cordeau, la rage et le solennel dans les riffs mais quelque chose d’extrêmement plus organique, de tellurique même, qui faisait presque défaut à son prédécesseur… Ainsi, dés les premières secondes de l’album, magmatiques et obscures, semblent émerger d’une bouillie sonore, le vent, la mer, la foudre, une respiration immense et des voix lointaines… puis la guitare.

Le son est incisif, méchant, il écorche. Overdub de larsen par-dessus le riff déstructuré  les vagues sonores continuent à s’écraser, impitoyables tandis que la double pédale fait irruption, sert d’écrin à la voix (ou à la multitude superposée) qui ne tarde à résonner. Celle-ci est âpre, agressive, aboyée mais distincte ; l’effet est saisissant, on est à mi-chemin entre l’homme et la bête. La deuxième piste se termine sur le son de grands tambours guerriers résonnant comme au travers d’immenses grottes.

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Shamaatae au boulot.

Dólgrinn retentit, le feeling y est définitivement rageur, presque punk mais digne, de quoi secouer la tignasse et déclamer les paroles, antiennes guerrières. Le tremolo picking y est affolé, la batterie sonne comme une tempête, les cymbales noyant le tout dans un déluge effréné… Soudain, Hamrami et ses violons ; on croirait entendre l’appel des loups dans la tourmente. Si l’auditeur (ou le lecteur) s’attendait à de la grosse baston, il tombe de haut pour ensuite retourner dans les affres d’une rudesse sans répit, ou presque, entrecoupée seulement par ces ponts nébuleux (« magmatique » reste le mot) poussant inexorablement la marche de Fenris toujours un peu plus loin.

Vargøld, ses tambours et ses voix effroyables nous plongent dans une terreur toute atavique avant de déboucher sur Angrboða. Angrboða la rageuse – avec ses riffs que n’aurait pas reniés Carpathian Forest au plus haut de sa forme – et ses choeurs dérangeants, passés à la moulinette puis hurlés, avant de se faire soudain plus lyriques… Puis, après d’ultimes assauts, moult charges héroïques, vient Sólbøls Sigr. Ultime piste où les cordes se font obsédantes, lancinantes et tragiques, véritablement funestes avant de se taire brutalement.

Fin de l’album, fin de l’histoire.

Dos de l'album Fenris Kindir.

Dos de l’album Fenris Kindir.

Après le feu

S’il y a des reproches à faire à cet opus, en plus de l’immonde jaquette, et j’utilise le « si » preuve de mon estime à son égard, ceux-ci seraient à propos de la surabondance des plages plus « ambient » de l’album. Certes, celles-ci nous permettent de nous immerger dans l’univers riche de Fenris et du Ragnarök, mais, la structure « on poutre/on fait des overdubs weird/on poutre/… » a sûrement tendance à casser la dynamique de l’album jusqu’à en éclipser le final.

Cet album est guerrier, violent, dense mais tout en retenue. Ainsi Spell, par exemple, avec son potentiel monstrueux, n’explose vraiment qu’à moitié. Après, la chose trouve peut être sa justification dans les paroles, mais, même si on sait qu’on n’écoute pas un album de crust, un peu plus de brutalité facile ne serait pas superflue.

En bref, Fenris Kindir est intelligemment gaulé (haaa, les petits breaks et les violons!), agréable, une vraie promenade au pays du vent, du feu, des géants et des haches. Ça reste du Black. Et, le Black, c’est quoi ? La plus haute forme de Musique que notre planète ait réussi à porter : de la rage, du vent glacé, des histoires qui te remuent les tripes. L’expression exacerbée des sentiments et d’une vision particulière du monde ; la quintessence de l’art… Merci Shamaatae tu m’as fait passer un bon moment.

eMet Aguirre

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