Herr Morbid, Forgotten Tomb : « Nous sommes négatifs. Pas dépressifs »

Pour ceux qui suivent pas derrière, Forgotten Tomb est un peu au Black Metal dépressif ce que Cult Of Luna est au postcore. Pas les inventeurs du style, ni même le symbole du genre le plus connu… Mais une valeur sûre comme on n’en fait plus. Dirigée par des choix artistiques radicaux que personne ne prend à leur place.

Herr Morbid, membre séminal de Forgotten Tomb (Crédit : Léonor Ananké)

Herr Morbid, membre séminal de Forgotten Tomb (Crédit : Leonor Ananké)

Alors on s’est dit qu’en allant discuter avec eux, on comprendrait mieux cette histoire de Black Metal dépressif… Ce qu’on ne savait pas encore, c’est que les gars de Forgotten Tomb sont loin d’être des pandas tristes ennuyeux. Non non non. On a même plutôt bien rigolé en discutant haine de la race humaine.

HML : Comment se passe la tournée ?

Herr Morbid : C’est quoi, la douzième date ? Oui… Ecoute, on n’a jamais fait une tournée d’une telle ampleur. Le public est au rendez-vous, tout se passe plutôt bien. J’imagine que le meilleur est encore à venir. Demain c’est Londres, on n’a jamais joué là-bas non plus alors ça devrait être intéressant. On n’avait jamais joué à Paris avant… Par contre on est tous un peu malades. On a un la grippe à cause de la vie en tournée, tu vois.

Asher : Il y a l’alcool qu’on boit, les fêtes après les concerts alors qu’on est en sueur… C’est pas facile. Mais c’est super.

HML : Ce soir, vous partagez la scène avec le groupe Nocturnal Depression et j’ai bien l’impression que vos deux groupes sont proches. Je vous ai vu jouer deux fois avant et ils étaient là à chaque fois.

Herr Morbid : Oui, on les connait bien. Depuis de nombreuses années maintenant. On les aime beaucoup en tant que personnes et, bien sûr, leur musique est relative à la nôtre. Bon, ils sont probablement plus dans ce qu’on nomme le Depressive Suicidal Black Metal [DSBM, ou Black Metal dépressif, démerdez-vous, ndr]. Bien sûr, nous aussi avons commencé dans cette veine, mais je pense que nous avons beaucoup évolué avec les années. Enfin bref… Nocturnal Depression et Forgotten Tomb font partie du même environnement musical. Nous avons beaucoup de fans en commun.

HML : Si vous vous entendez si bien, avez-vous déjà envisagé de travailler ensemble sur, par exemple, un split album ?

Asher : On fait pas ce genre de choses, d’habitude. On en a fait qu’un, c’était le split album de reprises de GG Allin avec Whiskey Ritual, mon autre groupe. Non, on préfère vraiment écrire des albums entiers. En plus nos chansons sont plutôt longues, alors on préfère sortir des LPs plutôt qu’un split de temps en temps avec juste deux titres dessus …

Les Grenoblois de Nocturnal Depression : du BM dépressif plus-sincère-tu-fais-une-OD-de-Xanax. (Crédit : DR Nocturnal Depression)

Les Grenoblois de Nocturnal Depression : du BM dépressif plus-sincère-tu-fais-une-OD-de-Xanax. (Crédit : DR Nocturnal Depression)

HML : Quand le groupe a commencé, il n’y avait que toi, Herr Morbid…

Herr Morbid : Oui c’est ça. J’ai commencé le groupe en 1999. J’ai enregistré Songs To Leave tout seul avec une boîte à rythmes. Pour Springtime Depression, c’est un ancien batteur de Shining qui a tenu la batterie, je m’ocupais du reste. Avec l’envie de jouer ma musique live, j’ai monté un line-up. Il s’est stabilisé plus ou moins en 2003.

HML : Est-ce que c’est parce que tu as évolué du one-man band au groupe complet que la musique de Forgotten Tomb a évolué ?

Herr Morbid : J’ai lu pas mal de commentaires et de critiques sur Internet. Les gens se demandaient comme Forgotten Tomb pouvait jouer live… Car la musique est lente, que selon eux on doit écouter ça seul, dans une pièce sombre… C’est peut-être vrai pour ces gens-là. Mais en ce qui me concerne, j’y trouve une source d’énergie supplémentaire. De jouer live, d’abord, mais de jouer à plusieurs également.

Asher : Ca a probablement influencé le processus de composition d’être un groupe au complet. Quand tu fais de la musique seule, tu l’imagines comme de la musique à écouter pieusement… Mais quand tu as la chance d’avoir un groupe au complet, tu peux penser tous les éléments différemment : la batterie, la basse, les arrangements, etc. Donc le groove est différent, oui.

Asher, batteur de Forgotten Tomb depuis quasiment toujours. (Crédit : Leonor Ananké).

Asher, batteur de Forgotten Tomb depuis quasiment toujours. (Crédit : Leonor Ananké).

Herr Morbid : J’écris toujours 90% des compositions. Mais au fur et à mesure des années, j’ai compris que j’avais besoin de leur opinion à eux aussi. Parce qu’on est un groupe. Et qu’on se rend bien mieux compte de si nos chansons fonctionnent ou pas en les jouant ensemble, live ou dans une salle de répétition.

HML : Donc c’est une bonne chose d’avoir fait ce cheminement ? du one-man band au groupe complet ?

Herr Morbid : Oui, absolument. C’est génial d’avoir un groupe avec lequel jouer. Tu sais, en fait Forgotten Tomb était un one-man band simplement parce que je ne trouvais personne avec qui jouer dans ma ville d’origine.

HML : Autre chose maintenant. Vous êtes un groupe historiquement très ancré dans une mouvance ultra-conservatrice : celle du fameux Black Metal dépressif. Mais toutes vos reprises (et vous en avez fait quelques-unes) sont du grunge, du punk, du rock… mais pas de reprises de metal. Est-ce que ce sont vos influences les plus importantes ? Au-delà du Black Metal ?

Herr Morbid : Pour moi ça n’aurait pas grand sens de reprendre du Black Metal.

Asher : Ce serait comme Iron Maiden qui reprendrait du Helloween… Ca n’a pas de sens.

Herr Morbid : Bon, oui, et nous écoutons aussi des tas de choses différentes. Donc on préfère reprendre des groupes que le reste des groupes de Black Metal ne reprendrait pas. On peut jouer beaucoup de genres différents. Nous ne sommes pas comme la plupart des musiciens de Black Metal : nous sommes simplement des musiciens de metal.

Nous aimons beaucoup le hard rock et je pense que ça fait de nous un groupe bien plus groovy que la plupart des groupes de BM. Donc c’est pour ça qu’on peut reprendre du punk ou même du Nirvana [comme ci-dessous, ndr]. Ce n’est peut-être pas exactement le même genre musical que le nôtre, mais les concepts de ces groupes et de ces chansons nous conviennent.

HML : Je pense que la musique que vous jouez aujourd’hui a beaucoup évolué. Vous reconnaissez-vous uniquement dans cette scène d’un Black Metal dépressif et solitaire ?

Asher : Eh bien pas vraiment. Tout d’abord, on n’a jamais vraiment mis notre musique dans une case.

Herr Morbid : Non, en effet. Tu sais, j’ai pu me tromper, plus jeune… Essayer de rentrer dans une certaine mouvance, ce qu’on appelle aujourd’hui le Depressive Suicidal Black Metal. Mais ça ne me convenait pas. Et quand on y pense avec le recul, ce nom de genre est plutôt grotesque, en fait.

[Commence un bon moment où les membres de FT se moquent gentiment du cliché du musicien de DSBM, seul devant sa guitare et sa boîte à rythmes, composant de cruelles chansons sur sa petite amie qui l’a plaqué. L’ambiance est très détendue, ndr]

Algol, le grand et maniéré bassiste de Forgotten Tomb, avec Herr Morbid. (Crédit : Leonor Ananké).

Algol, le grand et maniéré bassiste de Forgotten Tomb, avec Herr Morbid. (Crédit : Leonor Ananké).

Herr Morbid : … donc voilà, ce que je veux dire c’est que je ne veux plus être assimilé à ce genre de truc [ah bon ?, ndr]. J’étais extrêmement sérieux lorsque j’ai commencé à écrire mes propres sujets. D’autre part, j’ai beau être une personne très négative, je n’ai pas envie de le montrer de manière ostentatoire. Evidemment, si je passe du bon temps, je ne vais pas faire semblant de passer pour le pauvre type triste. Je le garderai pour moi.

Algol : Il y a plusieurs années, après un concert, j’ai vu quelques types parler de Herr Morbid en le montrant du doigt. Ils étaient surpris parce qu’ils l’avaient surpris en train de… sourire ! Ils n’arrivaient pas à le croire.

Asher : Lors de notre tout premier concert – le public ne savait pas à quoi nous ressemblions – et ils ont exactement eu cette réaction : comment pouvions-nous être Forgotten Tomb si nous étions en train de plaisanter en buvant des bières ?

Algol : Noir ou blanc. Ces gens-là ne comprennent pas le reste. Alors que nous pouvons parfois être heureux. Lorsqu’on joue sur scène, qu’on rencontre des gens intéressants, etc…

Encore eux. (Crédit : Leonor Ananké)

Encore eux. (Crédit : Leonor Ananké)

Herr Morbid : J’explique souvent que l’ado paumé s’imagine ne pas supporter la compagnie des autres. Or, simplement ne pas aimer la compagnie des autres, durablement dans sa propre vie (et pas uniquement lors de son adolescence ou lorsqu’on écoute du Black Metal), est une chose bien différente. Beaucoup d’ados imaginent donc qu’ils sont misanthropes. Je ne suis pas d’accord.

Selon moi, la misanthropie rend mon approche des humains plus difficile. Et plus difficile encore mon approche de certaines personnes ou bien catégories de personnes. Mais en aucun cas cela ne veut dire que je suis incapable de me socialiser. Cela dit juste que je n’en ai pas systématiquement envie.

Asher : Je pense que ça touche au concept d’individualisme. Le metal est une musique individualiste. Et c’est notre point commun à tous. Notre différence avec le reste du milieu Black Metal est que nous savons faire certaines différences. Tu ne peux pas être exactement toi-même en face des gens lorsque tu joues sur scène. Il y a évidemment de la mise en scène. Du spectacle. C’est ce que le public veut et c’est ce que nous voulons.

Herr Morbid : Je pense que cela en a toujours été ainsi, même pour les groupes dits « historiques » : regarde Darkthrone. L’image que les gens en ont les enferme dans cette dimension de types froids et distants. Mais je pense… je suis même certain qu’ils sortaient boire des verres ensemble, etc. Enfin qu’ils faisaient ce genre de choses que chaque être humain fait.

Oui oui, ils jouent du BM dépressif... (Crédit : Leonor Ananké).

Oui oui, ils jouent du BM dépressif… (Crédit : Leonor Ananké).

HML : Les paroles de Forgotten Tomb n’ont, par contre, pas beaucoup évolué, non ? Elles restent froides et métaphoriques de la tristesse, du nihilisme, de l’oubli de soi…

Herr Morbid : Comparé au début de Forgotten Tomb, j’ai tout de même progressé dans mon écriture. Je n’aime pas beaucoup mes tout premiers textes. Aujourd’hui, je suis plutôt certain de ma capacité à écrire des textes. Je vais plus vite là où je veux en venir. Dès Negative Megalomania, je dirai que j’ai passé un cap. De plus, ces paroles reflètent l’état d’esprit dans lequel je me trouve encore maintenant. Les premiers textes, pas vraiment. Ils donnaient une image … [il a beaucoup de mal à trouver ses mots, ndr] Ecoute, je pense que je passais pour le pauvre type dépressif et solitaire. Alors que ce n’était pas exactement ce que je voulais.

Asher : Peut-être que ce n’était pas si loin que ça de ce que tu étais. Que c’était toi, mais juste en partie.

HML : La musique de Forgotten Tomb représente peut-être plus que sa surface, auditive et esthétique, n’est-ce pas ?

Herr Morbid : C’est clair, ce n’est pas que de la musique. C’est aussi une façon de vivre, prenante, profonde, mais pas permanente. Je veux dire que je ne me ressens pas toujours dépressif. Je veux juste explorer l’ensemble d’une certaine approche négative de la vie avec mon groupe. Et j’aime ça. C’est comme ça que je suis, quelque part…

Herr Morbid le Nihiliste. (Crédit : Leonor Ananké)

Herr Morbid le Nihiliste. (Crédit : Leonor Ananké)

HML : J’ai lu quelque chose d’intéressant dans une vieille interview à laquelle tu as répondu. Dedans, tu expliquais au journaliste que tu n’étais pas si dépressif, mais plutôt nihiliste. Ton point de vue est-il toujours le même ?

Herr Morbid : Oui. Absolument.

HML : Je trouve ça paradoxal : depuis le nihilisme, tu crées de la musique. C’est ton nihilisme qui t’inspire une force créatrice. J’ai tort de trouver ça étrange ?

Herr Morbid : Tout d’abord, je suppose qu’il y a plusieurs définitions au concept de nihilisme. La mienne est qu’il n’y a pas de but à la vie humaine. Il n’y en a pas. Nous ne courons après rien. Donc la vie est inutile. Cela reflète un certain comportement auto-destructeur que j’ai pour moi-même ou pour les autres. Juste parce que tu t’en fous. Tout détruire, y compris toi-même. C’est quelque chose d’assez punk, en somme.

HML : Mais comment peux-tu créer de la musique si tout est si inutile ? S’il n’y a aucun but ?

Herr Morbid : Parce que je n’ai rien de mieux à faire. Et si je dois encore vivre sur cette planète, autant m’occuper à faire des trucs que j’aime, tu vois. Après, si je n’ai rien à faire, je peux très bien m’asseoir et attendre. Je ne cherche pas à faire quoi que ce soit. Je ne suis pas un maniaque, loin de là. J fais ce qui me plaît, et lorsque c’est terminé, je retourne m’asseoir attendre de trouver autre chose à faire. Mais écrire de la musique pour Forgotten Tomb est l’un des seuls trucs que j’aime faire. Je suis simple, tu sais. J’aime boire, écrire de la musique, sortir avec mes amis proches ou ma petite amie… En fait c’est tout.

Asher : Tout le monde a des points de vue un peu différents, dans le groupe. La Négativité est notre point commun. Nous sommes tous des types très négatifs.

Herr Morbid : Voilà, c’est ça. Nous sommes négatifs. Pas dépressifs.

Asher : A propos de ça, c’est comme la poésie. Tu ne vas pas prendre tout au pied de la lettre. Les paroles de Forgotten Tomb – et la musique de Forgotten Tomb – sont une direction, un horizon. Mais ce n’est pas exactement un but. Ainsi, notre musique est une sublimation de nos sentiments négatifs et nihilistes. Mais nous sommes humains, nous devons malgré tout avancer…

Algolo à la recherche du DSBM (Crédit : Leonor Ananké)

Algol, à la recherche du DSBM (Crédit : Leonor Ananké)

HML : La scène Black Metal est très conservatrice. Ton look dreadlocks / survêt’ énerve-t-il le public ?

Herr Morbid : J’aime bien les dreads, tu sais ! [rires, ndr] Et je sais que je ne ressemble pas à l’habituel panda triste, puisque moi j’ai des guitares à la Zakk Wylde, j’ai parfois un bandana sur la tête, etc. Et je dois le dire, j’ai toujours su que ça énervait les gens. Alors je l’avoue maintenant : je le fais souvent exprès pour les énerver (rires). C’est comme Type O Negative. Il y a de l’humour derrière ça. Ou de l’ironie, en tout cas. Il semble que beaucoup de gens n’aient encore pas capté qu’on peut s’habiller et se comporter comme on veut, sans que cela ait un rapport direct avec la qualit » de ta musique.

De toute façon, le look, ça n’avait déjà pas grand sens lors du début du Black Metal mais aujourd’hui, ça n’en a absolument plus aucun. Aujourd’hui, le BM n’a plus aucune once de son prétendu sérieux d’antan. Ce n’est plus underground. C’est donc une perte de temps de rester ancré dans les vieux clichés du Black. Il a perdu sa magie. Comme le punk. Mais c’est toujours la même histoire : les gens aimeraient bien te mettre dans une case et si tu ne ressembles pas à l’image qu’ils se font du style musical que tu joues, ça les énerve…

HML : J’ai aussi lu dans une interview tout aussi vieille que tu détestais… la jeunesse. C’est toujours le cas ?

Herr Morbid : [visiblement gêné, ndr] Ce que je voulais dire… c’est que beaucoup de jeunes restent dans l’attitude conservatrice de certains clichés d’une culture dénaturée, comme le punk ou le Black Metal. Et ils reprennent tous les clichés, tous les codes et finalement, ne sont plus du tout eux-mêmes. Mon but est de corrompre les jeunes et de leur montrer, une fois pour toutes, comment en arriver aux « choses sérieuses ». Practice what you preach : déstruisez-vous vraiment vous-même, au lieu de faire semblant. Le problème c’est que cette scène fourmille de poseurs, de clichés ambulants comme ça. Donc je n’ai pas très envie de les rencontrer. Mais j’ai aussi réalisé que le public du Black Metal était… plutôt jeune. Alors… on essaye de les entraîner dans notre horrible monde à nous [détendu, il me sourit en attendant la prochaine question, ndr].

HML : Dans ce cas, des fans vous ont-ils déjà montré des scarifications corporelles ou des mutilations qu’ils se seraient faites à cause de votre musique ?

Herr Morbid : Ouais. [pensif, ndr] Ouais, ouais, ouais…

HML : Qu’est-ce que ça fait ?

Herr Morbid : Eh bien… Pour moi, c’est toujours un cliché. Ils ne sortent pas de leur imaginaire ridicule de tristesse adolescente. Et il y a une question d’adoration de notre groupe un peu gênante, aussi. Mais bon. Quelque part, j’aime bien ça puisque tant que les gens s’auto-mutilent, ça me satisfait [Herr Morbid me sourit à nouveau de ce rictus affable, ndr]. Je ne pense pas que ce soit futé, en tout cas cela ne me l’apparait pas comme tel… Mais au moins, ils vont jusqu’au bout d’une certaine logique. Donc, si vous le faites, faites-le proprement.

Propos recueillis par Theo Chapuis

Photos par Léonor « Hellbangeuse » Ananké (Contact)

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