Pourquoi Jeff Hanneman va nous manquer

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Sur l’écran d’ordinateur, le défilement des clichés est fulgurant. La musique, ultra-violente. Hiver 2002, mon ami Arnaud et moi découvrons Slayer grâce à leur site internet. A cette époque, la page d’accueil du groupe est composée d’une succession d’images passées à une allure stroboscopique, rythmée par la violence du riff et de la double pédale de la chanson Raining Blood. J’ai 14 ans. Ce jour-là, ma vie change pour toujours.

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Dans ma mémoire, mes années lycée – période hédoniste s’il en est – sont illustrées par des albums tels qu’Arise, Master Of Puppets, Vulgar Display Of Power, Masquerade In Blood, Heartwork, et plus tard Oceanic, From Mars To Sirius, Battles In The North ou encore Filosofem. Mais il faut aussi y ajouter l’urgence désuète de Show No Mercy, la démonstration de force de l’EP Haunting The Chapel, la bestialité de Reign In Blood et la froide maîtrise de l’intense Seasons In The Abyss… Ainsi que tout le reste de la discographie de Slayer.

Aujourd’hui, nous sommes le 3 mai 2013. J’ai 25 ans. Et le constat qui s’impose à la lumière de la mort de Jeff Hanneman, apprise ce matin, est simple : depuis ce jour de l’hiver 2002, Slayer ne m’a jamais quitté.

Live Fast, Die By The Sword

Tom Araya, Kerry King, Dave Lombardo et Jeff Hanneman représentaient le metal comme personne d’autre. Visuellement, tout d’abord. Les croix renversées, la panoplie paramilitaire flirtant avec le IIIème Reich, les rangers et les murs d’ampli sont devenus des standards. Slayer était à l’image d’un heavy metal extrême et épique. Une parodie d’élitisme puisant son imagerie dans la religion, le meurtre, le fascisme et tout un tas d’autres atrocités humaines.

Puis la musique, évidemment. Véloce, intense, sans compromis… Les mélodies du groupe de Huntington Park dépeignaient un monde ultra-violent où l’homme est un loup pour l’homme. Leurs gammes étranges symbolisaient ce territoire hybride entre le monde des vivants et celui des damnés. Les soli de guitare, les horribles cris des victimes dont les paroles relataient les tourments. La voix déshumanisée de Tom Araya, la parole péremptoire du bourreau. Après Venom, il n’y avait rien de plus extrême que Slayer.

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Hier, Jeff Hanneman est mort d’une maladie du foie. probablement accélérée par la fasciite nécrosante contractée à la suite d’une morsure d’araignée dont il ne devait jamais vraiment se remettre. Moins emblématique que Kerry King, il était toutefois l’architecte des riffs les plus célèbres du groupe. The Antichrist, Die By The Sword, Angel Of Death, Postmortem, Reign In Blood, South Of Heaven, Spill The Blood, War Ensemble, Dead Skin Mask… Autant d’hymnes qui n’auraient jamais existé sans la clairvoyance de ce provocateur porté sur la Heineken (avec qui il avait un contrat de sponsoring) et les croix gammées.

Blood, sweat and leather.

Car oui, Jeff Hanneman était provoc’. Passées les simagrées pseudo-satanistes qui n’effrayaient que la prude PMRC dans les eighties, c’est finalement la morbide fascination du guitariste pour le régime nazi qui choquera. A terme. Plus durablement. Une passion finalement pas plus grave que celle d’acheter Le Nouveau Détective ou d’assembler des maquettes de Messerschmitt 109. Non.

La pochette du meilleur album live de thrash metal

La pochette du meilleur album live jamais capté, illustrée par la silhouette de Jeff Hanneman.

Si Metallica a ouvert la voie à un thrash light et sophistiqué, vite suivi par le reste des thrashos américains, Slayer était le gardien du temple de l’absolutisme et de la grandiloquence du genre. Une salade de hardcore, d’Iron Maiden et de Black Metal à la fois. Un grotesque mélange de satanisme, d’alcool bon marché, de Nike montantes et d’attitude punk as fuck. Aujourd’hui, même si le groupe n’avait plus grand-chose à dire et que Dave Lombardo avait (encore une fois) quitté le navire, le thrash metal perd l’un de ses quelques véritables héros. Un musicien séminal, père involontaire de Sepultura, System Of A Down, Machine Head, Mastodon et tant d’autres.

A l’aune de sa carrière et de sa vie privée, comment souhaiter à Jeff Hanneman de reposer en paix ? Impossible. Pas de rédemption pour lui. Son âme ira droit au sud de l’enfer.

Hell Awaits, Jeff. Hell Awaits. C’est ce que je te souhaite. La musique est meilleure.

Theo.

2 réponses à “Pourquoi Jeff Hanneman va nous manquer

  1. Aie aie quelle perte encore, quelques semaine après Clive Burr, toute une époque qui touche à sa fin. J’ai malheureusement peur que la série ne fasse que commencer … super article en tout cas, je me suis plutôt reconnu dans tes paroles, il me semble cependant avoir découvert Slayer lorsqu’Internet n’existait pas encore vraiment😀 en même temps que Sepultura et Pantera ! Chouette blog !

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