Fausten – st / Oyaarss – Smaida Greizi Nakamiba

adn167cd-635

electro/indus/noise/breakcore/salade de fruits

Disponible chez Ad Noiseam

Faire danser des petits culs, prendre taz sur taz et porter des dancefloors à ébullition… Tout ça, c’était devenu un peu trop facile pour Monster-X et Stormfield. Tant et si bien que les deux DJs, accessoirement boss du label londonien de musique electro Combat Recordings, ont décidé de sortir un premier album chez Ad Noiseam… et de montrer une toute autre facette de leur musicalité.

Le fruit pourri engendré de cette collaboration n’est pas à mettre entre toutes les mains. De gros vers rampant à terre, une fillette sur une balançoire braquant un revolver face à l’objectif, une mâchoire anormalement ouverte… Si l’on dit souvent que le premier contact est le plus important, celui entre les visuels du disque éponyme de Fausten et moi-même fut déterminant.

0

La curiosité a vite fait place à une macabre satisfaction lors des premières écoutes de Fausten. Exit l’hédonisme des clubs londoniens. On descend directement au sous-sol, à la cave, ou dans une vieille remise oubliée. Kranial convoque l’ombre d’une machinerie bancale, claudiquante et lourde (oh oui, si lourde) à la recherche d’éléments organiques desquels se nourrir. Punishment emporte (plus qu’il n’emmène) directement l’auditeur droit au sol, là d’où il peut contempler, front contre terre, une grotesque faune d’invertébrés tous plus repoussants et venimeux les uns que les autres.

430337582_640

Chouette, alors. Et vous n’êtes pas au bout de vos peines. Fausten est parsemé de rythmiques épileptiques, de drones insectoïdes, de nappes bourdonnantes et de subs abyssaux. Je vous aurai prévenu : ce disque n’est pas à mettre entre toutes les mains. Alors que Stahlblumen invoque quelques réminiscences dubstep, c’est pour les triturer, les malmener, les distordre et les vider de tout sens. Ne reste qu’une carcasse encore tiède de musique électronique. Mécanique, organique et hypnotique à la fois. Parfois à la limite du respirable.

Ça va, t’es à l’aise ?

Peut-être Monster-X et Stormfield prêteront-ils un jour leur Fausten pour la BO d’un film. Dans ce cas, on imagine l’illustration sonore d’un slasher aux contours psychédéliques ou un film noir d’anticipation où toute trace humaine aurait cédé sa place à des machines grouillant partout sur la surface de la Terre.

Le chemin est long jusqu’à la réinterprétation de Punishment par Oyaarss, invité pour l’occasion. Le letton déstructure la piste en lui imprimant sa patte (ou sa pince), à savoir une rythmique syncopée, épaisse et écrasante. Un mantra insectoïde se développe alors, tout juste rendu vivable grâce à quelques leads lumineux. Le supplicié, pour la première fois depuis la première minute de Fausten, tourne enfin son regard vers le ciel.

adn163-635

Depuis le ciel, point de vue depuis lequel Oyaarss a choisi de présenter une vision de Riga, sa ville natale pour la pochette de Smaida Greizi Nakamiba (« L’avenir sourit avec ironie »), son second disque. Enregistré en 2011, il n’avait que peu de chances de ressortir un jour. Après le succès critique déclenché par Bads, Ad Noiseam décide que la galette verra à nouveau le jour.

Riche idée. Smaida Greizi Nakamiba est un bijou. Dans ce deuxième effort, les basses saturées rebondissent incessamment dans un espace clos tandis que les leads, crépusculaires, sont propulsés avec force vers cette frontière verticale qu’on nomme le ciel. On est comme dans une bulle de verre et d’acier dont les vitres épaisses permettent d’observer cet étrange monde peuplé des hommes.

Au fait, Oyaarss est un hipster.

Au fait, Oyaarss est un hipster.

Dubstep, breakcore, indus, noise… Oyaarss a beau s’échiner à concasser les rythmiques et faire brailler les saturations, SGN n’en est pas moins un disque profondément mélancolique. Au contraire même, les rythmiques african beat de Nazabeistis (« N’aie pas peur ») ou encore la pompe robotique de la chanson éponyme invitent à une sensation d’urgence et de détresse mêlé à la froide contemplation de notre monde.

Oui, le Letton excelle dans l’art d’agencer la cadence. Mais c’est vers un univers shamanique que sa science de la transe emmène l’auditeur. Et si la magie fonctionne autant, c’est parce que la production de SGN, tout comme Fausten, est d’une grande finesse. Le son est riche, le son est dense, le son est beau, et le son est à écouter très très fort.

Au fait, Oyaarss fait des photos zarbi.

Au fait, Oyaarss fait des photos zarbi.

Mes félicitations les plus sincères à Nicolas Chevreux qui dirige décidément un putain de sacré label. Pour une simple et bonne raison qu’Ad Noiseam combine la passion d’un label indépendant et l’exigence d’une major. Merci.

ad-noiseam

Theo.

8/10 et 9/10

Wanna speak ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s