Kvelertak + Truckfighters : la bataille a eu lieu au Glazart

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Au théâtre, un immense succès, on appelle ça un triomphe. C’est aussi le mot qu’on utilisait pour fêter le retour d’un général romain victorieux. Alors quel autre mot, en conscience, pour le concert (en mode Scandinavian Hunger) de Kvelertak et Truckfighters le soir du vendredi 15 mars 2013 au Glazart à Paris ? Aucun, bordel. De quoi donner une leçon à la plupart des concerts metal auxquels on a pu assister, deux doigts dans le nez, deux autres dans une prise 220 volts.

Il est plus ou moins sept heures et demie devant la salle du Glazart, Porte de la Villette. C’est-à-dire tôt. On parle de tout, de rien, l’esprit déjà tourné vers par la future débauche de larsens de ce soir. Deux bières et une groooooosse cigarette plus tard, notre non-conversation s’interrompt : le riff imparable de Desert Cruiser retentit au travers des murs de la salle – j’ai de bonnes oreilles. Panique. Truckfighters commence sans nous.

Ces Suédois qui se voulaient Californiens.

Ces Suédois qui se voulaient Californiens.

Il nous faut à peu près 10 secondes pour terminer nos bières et courir 100 mètres pour faire la queue avec les mecs accrédités. Puis un temps qui nous paraît interminable pour que quelqu’un retrouve nos accréditations (Situation pathétique comparable à celle de deux gosses qui attendent que leurs parents se réveillent pour aller ouvrir leurs cadeaux sous le sapin de Noël : « – Alleeeeeez ! – Non mais ils le font exprès ou quoi ? – C’est looooooooong !! « ). Bref, nous étions odieux d’impatience.

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Enfin Une fois dans la salle, c’est une évidence : ce soir il va y avoir du sport. Le public, compact, se masse devant la petite scène de la salle de spectacle. Sans surprise, trois grands Suédois au look de surfers électrisent le Glazart. Desert Cruiser, mais encore beaucoup d’autres chansons issues du cultissime Gravity X prennent l’audience d’assaut. Pas de surprise, donc. Mais impossible d’être déçu pour autant.

Beau gosse, va.

Beau gosse, va.

Le show est maîtrisé d’un bout à l’autre par les nouveaux chouchous du stoner. Ce soir, trois mecs ordinaires se transforment en bêtes sauvages gavées de fuzz et assoiffées de watts. L’image est galvaudée, mais je parie une bouteille de Jägermeister que chaque type qui ferme les yeux devant la scène s’imagine au volant d’un bolide, traçant la route dans l’immensité du désert américain, une bouteille de whiskey et une bible sur le siège passager, un Colt dans la boîte à gants. Direction nowhere.

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Le voyage n’est pas réservé aux idéalistes du desert rock : ceux qui, comme moi, ne perdent pas une miette de ce qui se passe sur scène constatent une chose : si tout le monde se tue à dire que Truckfighters est un excellent groupe de scène, c’est parce que c’est le cas.

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Le jeu de batterie de Poncho, sec et sans merci, rappelle à nombre d’entre nous l’importance du son d’un charley ouvert. Surtout en live. Et la puissance vocale d’Ozo, réverbérée d’un bout à l’autre de la salle, assoit Truckfighters comme de véritables habitués des planches.

Le regard froid et perçant du journaliste de Pelecanus en a déjà fait frémir plus d'un au Glazart.

Le regard froid et perçant du journaliste de Pelecanus qui en a déjà fait frémir plus d’un depuis les premiers rangs du Glazart.

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Mais c’est surtout le jeu de scène impayable de Dango, le guitariste du trio, qui enflamme les premiers rangs. D’apparence incontrôlable, son déhanché emporte avec lui la salle tout entière. Petits sauts, pas de danse, grimaces… Le velu six-cordiste s’empare du public tout entier grâce à ses riffs imparables et son gigantesque charisme, vêtu uniquement d’un short et de sa paire de baskets.

"Bah ! Où qu'elle est ma guitare ?!"

« Bah ! Où qu’elle est ma guitare ?! »

Truckfighters frappe fort, encore une fois. Et si vous vous êtes encore borné à les rater exprès à cause de la hype qui les entoure, vous ratez quelque chose. Ce groupe symbolise le son du rock des années 2010 tel que j’aimerai l’entendre. Celui d’un rock radical et minimal, dénué de ces gimmicks disco sur lesquels tout le monde se branle en ce moment. Dénué de cette fadeur et de ce vide de sens qui font résonner le dernier album des Strokes comme un best-of d’Abba plutôt qu’à la vulgarité sans pitié des Stooges… Putain, les mecs. Is This It était pourtant si bon…

Il paraît que ça chatouille.

Il paraît que ça chatouille.

"On peut s'applaudir bien fort".

« On peut s’applaudir bien fort ».

Alors que je m’égare dans ces futiles considérations rockistiques, le changement de plateau se termine. Ma bière, pas tout à fait. Aux premières notes d’intro du set de Kvelertak, soudain, c’est Tristan qui gambade droit vers la scène après un saut de trois, un demi-flip, deux double lutz et un magnifique triple Axel. C’est à lui de vous raconter la suite de cette soirée. Cheers, bro.

Merci Théo.

Ce soir là au Glazart, les foudres des dieux vikings ont déferlé sur scène. guidé par six Norvégiens sur la brèche.

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Si j’emploie le terme foudre, c’est pour éviter toute demi-mesure. Soyons honnête. Une tension électrique a littéralement tendu la salle plus d’une heure durant. Ce moment était définitivement tout de sueur et de finesse métalleuse mêlées. Alors c’est bien simple : le terme foudre est définitivement adapté.

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Ni Thor, ni son marteau et ni ses acolytes Avengers n’auraient pu faire quoi que ce soit pour ralentir le cataclysme en marche ce soir là. Les Trucksfighters déjà passés par là, le public était plus que conditionné à recevoir l’ultime onction.

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En 2009, quand notre brave rédac’chef et gourou à tous [n’en fais pas trop, ndThéo] me parle de Kvelertak avec le smile d’un teenager découvrant que l’existence de la distorsion peut donner une deuxième vie à la Squier poussiéreuse de papa [Papa avait une Vantage, ndThéo], je reste sceptique. Le Black Metal me fait chier, à de rares exceptions près. Le rock’n’roll est mort, et Airbourne pastiche du AC/DC sans que personne ne s’en offusque.

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Je glisse donc le fichier MP3 de l’album éponyme de Kvelertak dans mon téléphone (Geek 4evA), et prends la route du boulot en appuyant sur play sans grande conviction, allez savoir pourquoi…

Se déroule une période de six mois où pas une journée ne se passe sans ma petite dose de Kvelertak.

Concert à l’Usine de Genève en 2010. Eux, les outsiders, ont eu 30 min pour ouvrir pour Kylesa, Gaza et Converge. Ce soir-là, la recette catchy du combo norvégien cloue pas mal de monde au mur, j’en fais partie.

Trois ans plus tard, le single Bruane Brenn filtre une semaine avant la date parisienne… Ça fleure bon.

Flash + sueur = nope.

Flash + sueur = nope.

21h, début de la prestation (mention spéciale au Glazart pour cet horaire plus que gênant dont même une poule ne voudrait pas pour aller se coucher. On parle quand même de la tête d’affiche de la soirée, ici. Je vous laisse imaginer l’horaire de passage des deux premiers…) [d’autant qu’on a raté le premier, ndThéo].

"Alors bande d'enculés ? C'est qui Papa ?"

« Alors bande d’enculés ? Qui c’est Papa ? »

Un public prêt à donner de sa personne se masse devant la petit scène. Tombent les premiers accords et la fureur se déclenche instantanément. Les premiers slams jaillissent dès le premier morceau, il ne s’arrêteront qu’une fois les amplis éteints. Tout le monde veut retourner le pit, le tout avec un sourire jusqu’aux oreilles. Du Black’n’roll norvégien bave des enceintes, tout le monde en prend pour son grade, les murs commencent à transpirer. Ça tombe, Ça se relève, ça se prend le chanteur ou le bassiste sur la tronche…

Pour ceux qui se poseraient la question de l'utilité de trois guitaristes dans le même groupe, sachez déjà que ça sert au moins à ceci.

Pour ceux qui se poseraient la question de l’utilité de trois guitaristes dans le même groupe, sachez déjà que ça sert au moins à ceci.

Et ce nouvel album, taillé pour le live : plus de chœurs, plus d’harmonies entre les trois guitares, un peu moins de blastbeats et de passages qui tirent vers l’instrumental. Kvelertak nous dévoile pas mal de facettes du nouvelle album, tel que leur nouvel hymne, l’éponyme Kvelertak, tout en y incorporant les hits qui ont construit leur premier effort remarqué. Mjod, Fossegrim, Blodtorst, et un grand bordel total foutraque sur Utrydd Die Svake, où le groupe, pensant inviter une vingtaine de gentils fans sur scène, s’est retrouvé avec les trois quarts du public compactés sur la ridicule estrade du Glazart.

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Un show qu’on pourrait résumer d’anthologie si Freddie Mercury n’avait pas déjà retourné Wembley trente ans plus tôt. Enfin une chose est sûre, les Kvelertak, ce soir, ont su imposer au fer rouge leur « Emprise » (traduction du norvégien « Kvelertak » dans la langue de Molière), grâce à leur son multi-facette.

C'était un concert Tristan's approved.

C’était un concert Tristan’s approved.

Texte : Théo Chapuis & Tristan Girel

Photos ratées : Théo Chapuis

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