Combat Noise – Anthems Of Carnage – 2013

Une pochette sans équivoque.

Une pochette sans équivoque.

Death metal de la Havane, Cuba.

Dispo chez Brutal Beatdown Recs (inside Cuba), Old Cemetery Recs, Butchered Recs, Sevared Recs (outside Cuba).

La seule chose que vous ayez à savoir pour vous donner envie d’écouter ce disque est ceci : le véritable emploi de Juan Carlos, le mec qui tient le micro de Combat Noise est chanteur dans la chorale nationale de Cuba.

Tout bon métalleux né dans la bonne partie des années 80 vous le dira : il y a death metal et death metal. Il y a le légendaire catalogue d’Earache et il y a la vague deathcore de la seconde partie des années 2000. Il y a une époque où porter un t-shirt Bolt Thrower n’était pas « cool ». Il existe désormais un album de remixes du dernier album de Morbid Angel – sorti sur Season Of Mist peu après la sortie du controversé Illud Divinum Insanus.

Jouer du death metal à Cuba est autrement plus digne de respect que jouer du death metal à Paris, Francfort, Turin ou San Francisco. Dans un pays où le salaire moyen est 20$, s’acheter une guitare électrique à 300$ et jouer de la musique amplifiée, c’est quasi-héroïque. Voilà (notamment) pourquoi il y a death metal et death metal.

En témoigne Combat Noise. Juan Carlos chante dans le groupe de death metal depuis 1995 et la sortie de la première demo du groupe : Marching Of Terror. Son « véritable » emploi, du moins celui qui lui fait gagner sa vie et qui lui permet de financer son groupe, c’est chanteur dans la chorale nationale de Cuba. Un job aux antipodes de celui de growler en chef de una banda de metal de la muerte,cabron. Du moins en apparence. Finalement, il est la preuve vivante qu’on peut faire rayonner son pays de deux manières bien différentes.

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Enfin pour l’heure, on va plutôt s’attarder sur l’aspect « death metal » de sa vie. Je confierai une chronique d’un album de la chorale nationale cubaine à Tristan plus tard. Aujourd’hui, Combat Noise sort son troisième format long avec Anthems Of Carnage (1868-1878). Selon les propres mots du label, « dédicacé aux braves qui ont combattu dans la Grande Guerre entre Cuba et l’Espagne (1868-1878) », c’est à dire la première guerre d’indépendance du pays ou Guerre des Dix Ans. Cette première boucherie a notamment mené à l’autorisation de la formation de partis politiques, dont le fameux Parti Révolutionnaire Cubain (PRC) sous la direction du héros national cubain José Marti.

Alors j’aime l’Histoire. Mais je préfère les blastbeats. C’est du death metal que vous voulez ? Vous n’avez donc aucune raison d’éviter cette belle surprise qui vient d’un pays dont l’on n’attend ni cette musique, ni cette attitude.

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Autant vous prévenir tout de suite, Combat Noise joue du metal de la mort à la manière grand-mère. Oui, celle qui a fait ses preuves dès la fin des années 80. Riffs gras à deux guitares, shreds omniprésents sur une corde, voix gutturale typée Chris Barnes (ou l’un de ses nombreux copycats), blastbeats répétés, rythmiques thrash eighties… Anthems Of Carnage est un pur disque de death metal qui aurait pu sortir tout droit d’un studio de Tampa, Florida… Et rejoindre le catalogue Metal Blade aux côtés d’Eaten Back To Life de Cannibal Corpse. Bonjour 1990.

Pan dans les dents.

Pas de mystique, pas de messe noire, pas de bla-bla, pas d’ambiance à la con. Seul un arpège évoquant quelques interludes de Morbid Angel incarnera votre parachute de fortune pour atterrir de plain-pied sur le champ de bataille. Car il y a autre chose qui rapproche Combat Noise de la scène floridienne des années 90 : il chante la guerre. Leur metal de la muerte (ndlr : avouez que ça pète bien plus en espagnol) est la bande-son idéale à diffuser lors de votre assaut sur Dien Bien Phu, votre massacre d’étudiants Place Tian’anmen ou celui de 380.000 Nazis à Stalingrad. Les textes, oui. Des chansons nommées Call Of Duty, Battle Hymn (1868) (dont les paroles sont signées Perucho Figueredo, un autre héros de la nation cubaine) ou encore Raped By The Bayonets parlent d’elles-mêmes. Mais la musique, elle aussi, renforce ce sentiment guerrier.

Butchering The Spaniard Infantry est probablement la meilleure chanson d’Anthems Of Carnage. Ses leads de guitare torturés rappellent l’influence de Morbid Angel sur les débuts de cette scène mais aussi l’actualité encore chaude de cette étrange façon de riffer. Tandis que le refrain de Death Before Dishonour martèle violemment son refrain dans la tête de l’auditeur, Walking The War Ways impose les cavalcades de double pédale comme partie intégrante du travail mélodique du groupe. Le final Leading The Massacre est un chef-d’oeuvre de tourment savamment orchestré par quelques riffs de guitare en mode mineur martelés par la batterie Deicidienne d’Alejandro Padron – au passage, mes félicitations à cette machine à tuer : pour l’avoir vu jouer live, personne n’aurait aimé être à la place des peaux de la batterie.

En un mot comme en 666 : Anthems Of Carnage est un bon album de death metal old school. Et ce qui fait de lui un bien meilleur album encore, c’est le fait que les gens qui l’ont écrit habitent Cuba, soit un pays dans lequel « écouter un disque des Beatles était quelque chose de subversif il y a encore une quinzaine d’années. Des gens allaient en prison pour ça », témoigne David Chapet, le patron du label Brutal Beatdown Records.

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« Je dis toujours qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise production, l’important étant de trouver celle qui collera à ta musique et la mettra en valeur ». D’accord, Vindsval de Blut Aus Nord n’a rien à foutre dans cette chronique mais il faudrait être un petit malin pour lui prouver qu’il avait tort. Et même, la preuve qu’il a raison c’est que la production générale d’Anthems Of Carnage est loin du boulot d’Erik Rutan ou de Tue Madsen. Et alors ? Le disque est loin d’être ridicule pour autant.

Les guitares pourraient briller plus, la voix être dotée de plus d’effets, les photos promo coller avec leur temps, la batterie subir un lifting au trig… Tant qu’on y est, Combat Noise pourrait même se recycler dans le deathcore et se renommer Daylight For The Nation ou je ne sais quel autre nom à la con. Mais non. Oubliez le sub de basse et préparez-vous aux soli atonaux à la Slayer (Forward To Conquer) :

Combat Noise, c’est du death metal. Et c’est très bien comme ça.

7,5/10

Theo.

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