Toxic Holocaust – From The Ashes Of Nuclear Destruction – avril 2013

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Trve Thrash Metal de Portland, Oregon.

Sortie le 1er avril 2013 chez Relapse Records.

Ah, Joel Grind. Toi et ta guitare vous ne vous arrêterez donc jamais. Toxic Holocaust, mine de rien, a 14 ans. Tu as le thrash metal au coeur, quoi. Allez, moi je m’arrête un instant de penser à ma pomme et je t’écris une chronique pour ta dernière compilation de titres paumés sur une foule de vieilles démos que personne n’écoutait à l’époque. Tu l’as bien mérité.

Tu es né en 1982, soit l’année de la sortie de la première compilation de Brian Slagel Metal Massacre. Tes écoutes ? Je parie ma veste à patchs sur Von, Midnight, Possessed et les trois premiers disques de Slayer en boucle répétée pendant des années. Je vois ça d’ici. Tu as 17 ans, tous tes potes se branlent dans leurs baggies sur Freak On A Leash en se foutant de la gueule de tes jeans serrés et de ta collection de tapes de Destruction.

1999. L’aube d’un nouveau millénaire, bordel. Matrix sort au cinéma la même année et c’est la consécration pour ce qu’on appelle, en France, le neo-metal. Rien à foutre. Cette même année, tu décides de former ton propre thrash metal band. Toxic Holocaust. Je vois ça d’ici. Tes camarades de lycée à casquette retournée continuent à t’humilier sur fond de de Mushroomhead. Rien à foutre. Tu fais ton truc, serein, droit ton tes spikes pendant 14 ans. Aujourd’hui, en 2013, tu affiches une discographie forte de 4 LPs et d’une foule de demos, splits, EP et autres lives. Tu es signé sur un label metal conséquent (Relapse) pendant que les réseaux sociaux n’en peuvent plus de s’étouffer de rire de la médiocrité de la dernière collaboration entre Fred Durst et Lil Wayne.

Je suis un connard de réac

Tu vois, Joel, tu es un peu mon paradoxe. Je hais l’attitude réactionnaire de la plupart des métalleux. Leurs débats grotesques sur ce qui est trve et ce qui ne l’est pas. L’anti-prise de risque des labels qui préfèrent balancer des milliers d’euros dans la sortie et la communication d’une réédition d’album culte plutôt que de dénicher une putain de perle rare qui joue tous les 6 mois dans sa MJC locale.

"Une bien triste histoire..."

« Une bien triste histoire… »

Ben oui, Jojo. Parce que ta place est au JT de Jean-Pierre Pernaut, bien calé dans un treize heures réac dont la hiérarchie de l’information impose chaque jour un infâme sujet qui nous déniche ces petits-métiers-d’artisanat-en-voie-de-disparition-ma-bonne-dame. Je l’entends d’ici, le lancement de tonton Jipé : « Et maintenant un petit tour chez les Américains avec un autre  de ces petits-métiers-d’artisanat-en-voie-de-disparition-ma-bonne-dame. Joel Grinder est un thrashos. A Portland, Oregon, lui et ses deux comparses thrashent all around, à la bien, comme euh c’était la classe en 1982. Un reportage signé Tom Angelripper et Chris Poland. »

Alors mon Joëlounet, c’est sans équivoque : comme d’habitude, tu sors un bon disque. La compilation From The Ashes Of Nuclear Destruction est un hommage tout sauf ridicule à un certain thrash metal. Celui de la première moitié des années 1980. Celui qui ne s’encombre pas de soli dont la vacuité n’a d’égale que la taille des cheveux du guitariste, ni de cadences compliquées. Celui qui lorgne plus du côté de Blasphemy et de Beherit que de Testament ou d’Annihilator. Mange tes dents.

toxicholocaust

Alors oui, je suis un connard de réac. J’aime headbanguer comme un couillon sur des rythmiques de batterie en D-beat. J’aime entendre des larsens à la fin des chansons sans que ça donne lieu à une plage atmosphérique pour autant et j’aime par-dessus tout le punk-hardcore gonflé gonflé aux hormones et ruiné par la bière qu’était le thrash metal des années 80. Voilà pourquoi j’aime From The Ashes Of Nuclear Destruction.

Metal Attrack ouvre le disque avec la puissance d’un rouleau compresseur. Guitares, batterie, basse, mais surtout les vocaux décharnés de Joel Grind semblent interpréter une chanson de geste décrivant l’attaque de légions de zombies nazis irradiés au plutonium déferlant sur le New-York de Val Kilmer en 1997. Deathmaster, Thrashing Death (dans laquelle on croit entendre le début de The Mechanix l’espace de quelques secondes), Never Stop The Massacre ou les déjà célèbres Bitch et Nuke The Cross enfilent les oreilles de l’auditeur comme on embroche sur un pieu un animal dodu et comestible un soir de barbecue : pas par quatre chemins. Je vous l’ôte de la bouche.

Oui, promis, seulement de la bouche.

Lorsqu'on chante des chansons sur des attaques nucléaires, on se tient prêt à tout.

Lorsqu’on chante des chansons sur des attaques nucléaires, on se tient prêt à tout.

Bon. Après, c’est toujours la même histoire, les enfants. Toxic Holocaust est à fuir si vous êtes un amateur de djent, de metalcore, de prog, de gothique-de-mes-deux, de post-metal pour hipsters, de doom pour bobos et d’Amandine Bourgeois en général – Ben ! Qu’est-ce que vous faites là, vous ? La production est cradingue, le mix de voix est à la limite de l’enregistreur cassette et il faut souffler très fort sur les riffs de Joel Grind pour les dépoussiérer. Les eighties, les gars. A l’époque où le riff d’Angel Of Death ou de The Exorcist paralysaient d’un frisson orgasmique la colonne vertébrale de tous les metalheads. C’est là qu’oncle Jojo se propose de vous emmener.

L’air est vicié, les fringues sont moches, les gens dans la rue écoutent Nena et Reagan est président. Néanmoins, on savait jouer des power chords en mode mineur sur une guitare saturée pendant qu’un public rigoureusement alcoolisé se vautrait dans un mosh pit sans merci. Ah ça, on savait s’amuser.

Merde, Joel. Je crois bien que l’Histoire t’a donné raison. Le revival thrash initié par Municipal Waste, Bonded By Blood, etc. au milieu des 2000’s t’aura été profitable. Et aujourd’hui, toujours pas de vague neo-neo-metal en vue.

Comment remettre en cause un seul instant l'intégrité d'un abruti pareil ?

Comment remettre en cause un seul instant l’intégrité d’un abruti pareil ?

[N.B. Oui, c’est bien connu, nous les metal-critics aimons gloser sur des périodes que nous ne connaissons pas. N’empêche que ça crève les yeux. La musique de Joëlichon est indéniablement plus ancrée dans l’esprit de la Bay Area que les groupes du revival thrash tout mou d’Earache Records. Et si cet album ne vous arrache pas un seul headbang, je veux bien chroniquer le prochain Limp Bizkit.]

Theo Chapuis

7,5/10

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