Terra Tenebrosa – The Purging – fév. 2013

Terra_Tenebrossa_highres_coverart

Metal/noise/côté obscur de la force de Stockholm, Suède.

Sorti chez Trust No One Recordings le 22 février 2013.

Après la sortie de The Tunnels, le premier album aussi excellent qu’inattendu de Terra Tenebrosa, The Cuckoo déclarait à Falling Down Webzine dans une longue interview:

« Je souhaite que ceux qui écoutent l’album le passent du début à la fin, de préférence dans un état de méditation avec un casque audio, toutes lumières éteintes. Ou peut-être pendant qu’ils se promènent dans la nature, loin des choses construites par l’Homme. Je ne pense pas que l’idéal soit de l’écouter pendant une fête ou en musique de fond pendant qu’on lit un livre ou qu’on nettoie son foyer. Ecoute-le fort et médite dessus. C’est mon ambition, en tout cas ».

Rassurez-vous. Deux ans plus tard, Terra Tenebrosa n’écrit toujours pas de la musique pour faire la fête.

Épaisse, grise et bordélique. Et épaisse, aussi. C’est la brume qui règne sans cesse en reine au pays de Terra Tenebrosa. Deux ans plus tard, aucun signe d’amélioration météorologique. On pourrait même dire que ça s’est dégradé. Pour ceux d’entre vous qui ne les connaissent pas (c’est mal), voilà le deal. The Cuckoo, Hibernal et Hisperdal sont les trois êtres humains qui se cachent derrière cette entité massive, monolithique et froide comme le gel. Une particularité du groupe : comme chez Deathspell Omega, Ghost, Uncle Acid & The Dead Beats, Blut Aus Nord, le trio use de cette cape d’invisibilité qu’est l’anonymat pour se protéger du monde extérieur. Ce n’est (presque) pas moi qui le dis.

The Cuckoo est le leader de Terra Tenebrosa. Comme de nombreux génies de la musique, il est passé par ces épreuves obligatoires : la dépression, les médicaments, une précédente formation majestueuse (Breach, sabordé après quatre disques de postcore noisy et haineux qu’il convient d’écouter aveuglément). Ah oui, au fait, vous avez bien lu : The Cuckoo, c’est le leader du groupe.

« Terra Tenebrosa n’est pas une démocratie », confie-t-il à notre confrère de Mortem Zine. Dans cet entretien, il avouait la tristesse, mais aussi l’obscurité et la colère qui guident son âme. Des sentiments qui prenaient le contrôle de l’intriguant The Tunnels… et qui, je le parie, ne l’ont pas quitté lors de l’écriture du touffu et indéchiffrable The Purging.

The Cuckoo, tyran autoproclamé.

The Cuckoo, tyran autoproclamé.

Mais on s’égare. Armé d’influences telles Radiohead et Miles Davis – qu’il écoute en promenade, ou le punk hardcore dans lequel il se vautrait pendant sa jeunesse, le principal compositeur de Terra Tenebrosa délivre évidemment un nouveau disque qu’il serait bien aventureux de ranger (hop) dans une case bien fermée. Son metal-sludge-noise repose sur des guitares distordues à outrance, évoquant un funeral fog tout scandinave. Les basses, saturées elles aussi, tempèrent par leur rondeur les vocaux décharnés et mystérieux qui émaillent les pistes de l’album.

Et c’est tellement bruitiste qu’à la première écoute, faut bien avouer, on est un peu perdu. The Purging est touffu, épineux et casse-gueule comme n’importe quelle forêt/la nuit/sans lampe de poche : mettre un pied devant l’autre est un véritable défi, mais c’est exaltant. Parmi le nuage de fuzz omniprésent, les saccades rythmiques voient s’enchaîner des accords incongrus ou les basses s’inversent (The Compression Chamber) et ou les suites de demi-tons rappellent l’urgence du Metal Noir (House Of Flesh). Stricto sensu, on en est loin. Pourtant, tapi dans un coin (sombre) de la pièce à chaque fois que vous écouterez The Purging, le Black Metal est indéniablement le maître-style auquel le rapporter.

Black Metal ist Cuckoo.

Black Metal ist Cuckoo.

Puis c’est une brume. Épaisse, à couper au couteau, à nouveau. Évidemment. Avec la piste The Nucleus Turbine, ce sont des dizaines de voix qui murmurent d’incompréhensibles litanies parasites sur un pattern de batterie immuable et simplissime. Comme une machine cachée profondément, gigantesque et monstrueuse, comme la métaphore d’une existence, impossible à stopper tant que le moteur tourne. La turbine-noyau est juchée, évidemment, au cœur de l’album. Une demi-douzaine de minutes de rythmique inexorable qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler le rampant final East Broadway des noiseux d’Unsane sur leur magnifique album Visqueen.

La piste The Purging, ainsi que tout ce qui s’apparente à la face B du disque, (dont une chanson de postcore déglingué appelée Terra Tenebrosa) est encore plus maîtrisée. La deuxième partie est une gageure pour l’auditeur qu’il écoute une musique spéciale et incomparable. Les dissonances mélodiques (The Purging), les vocaux ténébreux (Terra Tenebrosa) puis un tragique final (Disintegration) dans lequel l’espoir semble, finalement, bien plus fade que cette bruyante, fascinante et brillante obscurité…

Plus ténébreux et crasseux que The Tunnels (plus assumé peut-être), The Purging se permet quelques maraudes du côté des terres de Blackjazz de Shining, des expérimentations d’Ulver ou de Horseback et même de la noirceur d’Amenra. Mais le trio développe une personnalité et une originalité d’une fraîcheur L’album confirme que Terra Tenebrosa n’est pas un projet-caprice de la part d’un ancien de Breach pour caser les derniers riffs dont son ancien groupe ne voulait plus. Le groupe suédois, qui cultive le mystère avec plaisir, s’assied définitivement du côté de l’avant-garde avec ce deuxième album.

Les copains, il est bien difficile de prédire de quoi sera fait le prochain album.

Theo.

8,5/10

2 réponses à “Terra Tenebrosa – The Purging – fév. 2013

  1. Alors là je comprends pas l’intérêt d’un tel choix pour une production musicale… ça n’apporte rien de rendre le mix si noisy ! Expliquez moi d’autant plus qu’artistiquement c’est sympa dans registre black.

Wanna speak ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s