Sedulus et Last Bärons : un concert pour les gros

Mmm. Good gig.

Du gros rock et des grosses bières. C’est ce que le médiocre étudiant en journalisme que je suis était venu chercher ce jeudi 17 janvier aux Combustibles, Paris XIIème. L’affiche proclamait en substance « Mesdames et messieurs, ils jouent pour vous ce soir : OJM, Sedulus et Last Bärons ». Et comme souvent lorsqu’il s’agit d’un concert organisé par les nouveaux papes du booking à grosses guitares Stoned Gatherings, ça sentait d’ici le gros rock et les grosses bières. J’ai mis ma casquette Truckfighters, embarqué un copain et bu trois grosses cannettes avant de me diriger vers la salle. Qui elle n’est pas si grosse. Voici la suite de la soirée.

La petite salle des Combustibles nous accueille avec cette odeur familière, mélange d’un substrat de transpiration alcoolisée et du houblon, qui semble avoir déjà coulé par fûts entiers ce soir. Un pack hétéroclite de métalleux, de punks et de nerds est pressé devant la petite scène où sont déjà tassés les British de Sedulus. “On avait joué avec eux en Angleterre”, confie David le guitariste d’Abrahma et membre de la toute-puissante orga Stoned Gatherings, visiblement heureux de présenter les Anglais au public parisien.

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Et il y a de quoi. Sedulus entame son set avec des chansons à l’efficacité éprouvée. Les riffs tranchent un à un, débroussaillant un registre allant du simple stoner rock au metal le plus velu. La musique du combo de Harrow évolue dans ce spectre musical kaléidoscopique allant du psychédélique à certaines séquences postcore. Si si. Le chanteur et bassiste hurle à qui veut l’entendre ses litanies dans le micro, le bleu profond de ses yeux perdu dans la masse incandescente du public. A mesure que ses paroles s’inscrivent dans nos crânes, quelque chose de gigantesque et de menaçant semble refléter tout au fond de son regard. Je me tourne et observe derrière moi, cherchant l’introuvable… Évidemment, il n’y avait rien. Chapeau, mec.

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La messe noire continue : les Sedulus secouent leurs grattes, les métalleux secouent leurs cheveux, les punks secouent leurs chaînes, les nerds tapent du pied (c’est déjà bien). Bon, l’audience semble conquise. Dommage que la voix de Will, probablement fatigué, manque tant de justesse en fin de set. Sur certaines notes, j’en aurai pleuré.

La pause bière-clope, salvatrice, se transforme ce soir en véritable challenge. A la chaleur brûlante des corps (black-) massés devant le combo anglais succède les températures négatives du dehors. Choc thermique. L’hiver reprend ses droits. Et ce n’est pas le minuscule rougeoiement incandescent des Lucky Strike que s’échangent les fumeurs qui empêchera l’hiver de reprendre ses droits. Il fait froid. Et un seau d’eau maladroitement versé sur le auvent des Combus suffira pour ramener sagement le public à l’intérieur. Choc culturel.

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D’ailleurs, et que ça saute. Tout le monde dedans : ce soir, la tête d’affiche est française et elle se nomme Last Bärons. Si vous n’avez pas le temps de lire plus loin, autant faire court : Last Bärons c’est génial. Leur musique, c’est un peu la fusion telle qu’on l’aime. Rien à voir avec toute la soupe qui a émergé en France à la fin des années 90 et qu’on a voulu nous vendre comme le renouveau du rock dans l’Hexagone.

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Des guitares aux riffs acérés et mélodiques, une section rythmique puissante et groovy as fuck et un chanteur autour duquel gravite ce petit univers. Une maîtrise parfaite de sa voix, c’est ce qui frappe directement chez le porte-parole de la formation. L’audience entière est alors hypnotisée pendant près d’une heure par des vocaux puissants, portés par un son d’une richesse exemplaire. Le voyant faire son numéro avec une fluidité de maestro, comme ça, on ne peut pas s’empêcher de penser que cela semble facile. Alors que c’est comme Roland-Garros à la télé… On dirait que c’est simple, mais c’est du grand art.

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C’est du sérieux et il n’est pas le seul. Ça joue carré, avec une classe et un professionnalisme assez délirants. Les riffs des deux guitaristes et du bassiste rappellent les Queens Of The Stone Age à leurs débuts. La basse et les deux guitares semblent faire la course à qui jouera la note que personne n’attendait, défiant subtilement les lois de la gravitation de la musique heavy.

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Alors oui, c’est compliqué, c’est syncopé, je suis pris à contrepied, et je déteste les rimes en « é ». Mais leur songwriting est une véritable bouffée d’air frais dans ce monde où il ne semble n’y avoir de la place que pour les séquences en trois notes répétées ad vitam aeternam sur une rythmique qui endormirait le plus endurci des insomniaques. Alice In Chains ou encore Faith No More n’auraient pas renié certaines chansons de ce combo. De mon point d vue, Last Bärons n’aurait pas démérité à Lollapalooza en 1992.

J’en veux pour preuve le clip de la chanson Ovies Aries par les Dërniers Barons ici.

Pour autant, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit. Ces chantres du rock 90’s version camembert-pomme délivrent un set à la fraîcheur toute bienvenue, ce genre de rock qui ferait danser une pierre et qui, pour daté qu’il soit sur le papier, aura séduit le public tout entier. Comme quoi le gras, sur place ou à emporter, se partage aussi à plusieurs. A l’issue du concert, les yeux sont vitreux, les aisselles humides mais les mines réjouies. Miam.

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Bon. Ceux qui auront lu jusqu’ici apprendront que le dur métier de journaliste musical n’est pas tenu par des gens sérieux et responsables. En tout cas pas chez HML. J’ai donc bien raté le premier groupe de cette date. Mon arrivée à une heure pas franchement correcte m’a empêché de goûter au set des Italiens d’OJM. C’est pas sympa, d’autant que leur batteur m’a dit qu’il connaissait les mecs d’Ufomammut. Ça n’a rien à voir mais je trouvais ça marrant. Bon. J’ai promis de me rattraper avec une chronique de leur disque… A suivre, donc.

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Theo.

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