Post-rock : j’ai vu Caspian, Mugstar et Totorro sans faire exprès.

Ca irait bien dans mon salon.

De longue date, j’avais eu vent de ce concert de Caspian + Mugstar + Totorro au Point Ephémère. Sans avoir jamais écouté une traître note d’un seul de ces groupes. Pourtant, de nombreux indices m’avaient mis la puce à l’oreille : une affiche somptueuse (d’ailleurs, s’il vous en reste, les mecs…), Totorro album du mois chez Metalorgie… Voilà pourquoi, avec plus ou moins de conviction, j’ai tenté le concours Kongfuzi pour y aller aux frais de la princesse quand même. Grand bien m’en a pris.

Grand bien m’en a pris puisque je l’ai gagnée, ma place. Ainsi, c’est à 20h30 que le génie juvénile de Totorro et moi-même avons fait connaissance. Enchanté. Leur musique inédite, mélange astucieux d’indie-rock, d’emo et de shoegaze me séduit dès la première piste. Et je vous jure que c’est rare. Ces jeunes élèves appliqués de Russian Circles et At The Drive-In (entre autres) réussissent à transgresser les règles un peu plan-plan du post-rock à papa. J’aime. Beaucoup, d’ailleurs. Et je ne suis pas seul, apparemment : un peu honteux de dévoiler ma passion pour le headbang aussi tôt dans la soirée, je m’aperçois que je suis en fait loin d’être le seul à donner de la cervicale, un irrépressible sourire de satisfaction sur le visage. D’ailleurs, le Point Ephémère à son grand complet semble épaté de la démonstration des quatre jeunes Rennais.

L’énergie circule. Le groupe regarde le public. Le public regarde le groupe. Le groupe regarde ses pédales. Les pédales regardent le public. Les encouragements galvanisent le quartet et celui-ci rend à l’assistance un concert admirable. C’est simple, on dirait une équipe locale outsider qui joue face à un grand favori. Et ça fonctionne, donc. On passe une excellente demi-heure en compagnie de Totorro. On est même surpris que de si bons musiciens soient d’aussi mauvais hommes de scène dès qu’il s’agit de nous parler dans le SM58… Quoi qu’il en soit, un grand et sincère bravo.

Soyons clair : à ce stade de la soirée, je n’avais déjà pas traîné mes Vans jusqu’ici pour rien.

Space is deep, man…

Et j’étais encore loin de la réalité puisqu’encore non familier des gaziers de Mugstar. Je ne m’attendais à rien, espérant au minimum ne pas trop m’ennuyer. Mais voilà que les quatre rockeurs balancent droit dans mes dents leur espèce de space-rock psyché et couillu gavé aux rythmiques tribales de Neurosis.

Dès la seconde chanson du combo, j’étais conquis. Introspectif et hypnotique, leur art chatouille les organes internes en s’immisçant par les conduits auditifs comme savent le faire les plus grands. Pas le choix. On est obligé de les suivre dans ce Grand Tout de l’univers dans lequel ils nous projettent. Évidemment, on pense à Hawkwind. Mais aussi aux Black Angels et, même, à quelques moments, j’entends GY!BE (mais peut-être la manchette de Une du Libération d’aujourd’hui m’aura imposé l’idée).

Pas poseurs, pas bêtes de scène, pas expansifs, les quatre garçons dans le Warp (haha) imposent pourtant un certain charisme à la sueur du larsen. Allez, on pardonne cette incursion complètement ridicule/inutile/sabotage du trompettiste le plus ché-per de l’univers sur votre dernière chanson, les gars. Ah et s’il lui en reste, j’en veux bien un petit peu. Ce soir, vous nous avez fait faire le voyage inverse de Félix Baumgartner. Depuis la Terre jusqu’à la stratosphère.

On souffle avec peine, préoccupés à échanger nos bonnes impressions sur Mugstar, décidément une énorme surprise. Comment se fait-il que je n’aie jamais entendu parler de ce truc-là avant ?

le blockbuster du post-rock.

Puis vient la grosse machine Caspian. Rodés, les six Ricains attaquent leur set avec chaleur et calme. Sereins, les mecs. Plutôt normal, de la part d’un groupe que Spin.com a adoubé en décernant la palme de « Post Rock Album of the Year » à son dernier disque. Sympathique, aussi, la tentative plutôt réussie de Philip Jamieson de nous parler français. Plutôt « Kewl », pour paraphraser un petit mot qui m’a bien fait rigoler sur leur stand de merch…

Les Caspian ont déroulé un set généreux et varié. Envolées soniques tendues, rythmiques à la pulsation urgente, son d’une pureté à peine croyable (à peine putain de croyable), jeu de scène habité… Non, vraiment, rien à dire. Tu es fan de post-rock depuis ta tendre adolescence ? Ne cherche pas : tu voudrais être l’un de ces mecs-là. Ils sont sérieusement bons, très professionnels et votre maman les voudrait comme gendres. Tiens, je suis sûr qu’ils sont passionnés de films de la Nouvelle Vague et qu’ils cuisinent les makis à merveille.

Très bons. Trop, peut-être. Ou alors est-ce le trou noir à la place de mon cœur qui reprend le dessus – façon rigolote de vous parler de mon amour compulsif pour le Black Metal ? Oui, je tique face à certaines phases de la performance du sextet. Mais alors pourquoi donc, s’ils sont si bons ? Mais à cause de ce trop-plein de mélodie, quoi. De la mélodie ici, de la mélodie là, de la mélodie devant, derrière, au-dessus, partout. Et des suites d’accords vraiment téléphonées. Et surtout un morceau où Philip chante avec de l’auto-tune. Aïe. Rédhibitoire. J’en viens à y voir une espèce de post-rock blockbuster, ce genre de groupe où tout est objectivement très bon mais dans lequel je n’ai malheureusement pas réussi à rentrer vraiment.

Bon. Je suis un peu mauvaise langue. La dernière chanson de leur set ainsi que leurs deux rappels étaient, me semble-t-il, vraiment parfaits.

Finalement, le public est ravi. Il en a eu pour son argent. Alors que moi, je suis encore plus ravi. J’en ai eu tout court. Merci Kongfuzi.

Theo.

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