Collapse Under The Empire – Fragments Of A Prayer – 2012

Célébrer l’horizon.

Instrumental/post-rock/soundtrack

Dispo sur leur site internet, tout simplement.

Comme toi, j’ai de fabuleux souvenirs musicaux. Comme cette sainte après-midi chez un ami où nous faisions de concert l’enivrante découverte de Slayer à une époque où le heavy metal était encore pour moi ce genre musical de décérébrés – que je me suis empressé d’épouser dès cet instant. Comme Pornography de The Cure écouté méthodiquement après chaque rupture de la moindre amourette lycéenne. Comme le sans merci Battles In The North d‘Immortal ou le trippé Filosofem de Burzum lors de fins de soirées dantesques où je me sentais vraiment vivre.

Comme à peu près tout ce qu’ont sorti les Red Sparowes ou Godspeed You ! Black Emperor et que j’écoutais assis sagement dans un vilain TER qui me conduisait à l’université de Grenoble. Conditions optimales : interrompre volontairement la lecture d’un roman (Poe, Lovecraft ou Bradbury à l’époque) à cause de la contemplation rare et fugace d’un lever de soleil au-dessus de la chaîne des Belledonnes. De la musique riche et contemplative à la gloire de Ra. Un autre matin sur Terre et une des plus belles bandes-sons pour le célébrer. Ce fragment d’éternité est probablement le meilleur souvenir que j’aie conservé de ces quelques semaines à vainement étudier l’Histoire de l’Art. Et d’ailleurs un des seuls.

C’est le souvenir que j’ai revécu de plein fouet à l’écoute de Fragments Of A Prayer, le nouvel album du duo allemand Collapse Under The Empire.

Car l’album commence comme un lever de soleil. Les notes de guitare, éthérées, semblent s’étirer littéralement des enceintes, en proie à l’écrasant vide qui règne en ce monde. Puis les premiers rayons de soleil viennent à caresser amoureusement ce paysage. Quel qu’il soit. Breaking The Light déploie avec tendresse ces envolées soniques de synthétiseur, ces harmoniques naturelles de guitare et quelques notes de piano. Un mini-kaléidoscope de sentiments entremêlés, tous plus émerveillés les uns que les autres à la vue de cette planète et de ce que l’être humain en a fait.

Mais la musique de CUTE (mouarf) se distingue de GY!BE ou de Mogwai en cela que son post-rock ne cherche pas à s’étirer sur 58 mesures et 6 mouvements pour produire une ascension longuement (trop, peut-être) prévue à l’avance. Souvenez-vous de Moya, par exemple, qui reste parmi les chansons de Godspeed celle dont la montée en puissance me fera toujours frissonner de plaisir. Ca ne manque jamais. Ici, rien de tel. Les chansons de Fragments Of A Prayer occupent des formats courts qui n’excèdent probablement pas les 5 ou 6 minutes. Autre école donc, plus proche des schémas de 65daysofstatic ou de God Is An Astronaut. Quelque part, que les chansons soient courtes, on s’en fout : le contrat est tout aussi rempli. A privilégier la dynamique, Chris et Martin produisent un album instrumental parfaitement cinématographique.

A l’image de 180 Seconds, qui unit superbement urgence dramatique et contemplation d’un espace vertigineux. Ou le single Closer, qui fait la parfaite démonstration de l’essence de l’album à travers ses différentes strates musicales. Eveil, apogée, déclin, sommeil. Noir. Le clou de Fragments Of A Prayer est enfoncé sur la piste The Beyond, construite littéralement à la manière des pros. Une véritable pierre précieuse que le duo de Hambourg nous a façonné là.

Maintenant, on peut pinailler. Alors oui, certains passages sont un peu là pour meubler entre deux montées soniques. Le début de Distance, par exemple, n’est pas digne de la puissante fin de cette même piste. In The Cold, aussi, malgré ses arpèges sympathiques, ne m’en fait pas lever une bien dure. Non. Et la ratée Opening Sky, que je viens d’écouter trois fois sans parvenir à me souvenir de la moindre note, ne rentrera certes guère dans les annales. Sans condescendance mal placée, avouons aussi que nos deux zigotos Chris et Martin n’utilisent pas vingt deux gammes différentes. La plupart du temps le mode est mineur. Et puis c’est marre.

Mais à quoi bon tout intellectualiser ? Trouver des défaut à un album est une activité bien facile à laquelle je pourrai m’employer. Mais bordel. Fragments Of A Prayer est un bon album ! Ne serait-ce que pour ce petit éclat scintillant de lumière qu’il fait germer à l’intérieur de moi à chaque écoute. Ne serait-ce que parce que CUTE manie des rayons de soleil, s’élevant et déclinant bien au-dessus de cette planète que nous avons l’audace d’habiter. Chris et Martin font miroiter de toutes parts tout ce que la race de l’homme pourrait avoir bâti de ses mains. Villes, routes, monuments… Collapse Under The Empire nous donne à voir autant la grandeur autant que la petitesse de l’être humain. De quoi être fier et de quoi se haïr.

When The Day Fades Away nous offre le coucher de soleil de Fragments Of A Prayer, serein et lumineux mais surtout majestueux. Les derniers rayons de l’astre se réfléchissent sur les gratte-ciels. D’aveuglante, la lumière se tamise à nouveau et vient cet instant impossible à fixer où la perfection absolue tient en un unique et minuscule point rouge que laisse filtrer l’horizon l’espace d’une seconde. Déjà, l’obscurité progressive, confortable et rassurante de The Great Silence enveloppe le monde.

Un jour de plus touche à sa fin.

Theo.

8/10

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