Ides Of Gemini – Constantinople – 2012

Dream-Doom from Los Angeles – CA, USA.

Dispo chez Neurot Records.

Parfois, il est frappant comme si peu d’artifices peuvent charmer l’auditeur que je suis. A l’heure où les subs du deathcore occupent le terrain, où les mixs sont si sophistiqués, un grand nombre d’entre nous s’attache désespérément à une certaine façon de faire. Un certain charme musical qui puise ses profondes racines dans le metal, mais n’en est assurément plus. Un intégrisme, selon certain. De l’intégrité, seulement, selon moi.

J. Bennett est journaliste metal pour Revolver, Terrorizer et bien d’autres. Sera Timms est la chanteuse de Black Math Horseman. Kelly Johnston est artiste peintre. Ces CVs plutôt atypiques résument la formation professionnelle des membres du band dont il est question ici. D’emblée, vous vous en doutez : la musique d’Ides Of Gemini ne vous fera pas mosher comme un damné contre les murs de votre chambre. A peine si l’ombre d’un headbang vous traversera la colonne vertébrale. Pourtant, les Californiens nous rappellent que d’autres paramètres entrent en ligne de compte lorsqu’il s’agit de prendre son pied sur un disque.

On a pourtant failli se faire avoir : Constantinople ouvre la danse avec The Vessel & The Stake et son riff Black Metal as fuck. Mais la froideur de la guitare est vite tempérée par ce rythme de batterie chaloupé et la voix sépulchrale de Sera Timms. Tribal, sensible, le jeu de batterie de Kelly Johnston offre une alternative anti-metal inhibant l’aspect over-saturé des riffs torturés et mélancoliques de J. Bennett. Starless Midnight, l’une des chansons phare de l’album, révèle de son côté un grand sens des harmonies ainsi que des jeux vocaux ouvragés.

Resurectionnists ou la poignante One To Oneness finissent d’enfoncer le clou. Bordel, je suis conquis. Ides Of Gemini réussit à transposer cette dépression et ce minimalisme suggérés par le Black Metal, certes, mais dégagés de toute violence superflue. Sera, divine Sera, chante de sa plus belle voix ce qui semble être la complainte d’âmes toutes plus mortes et plus anciennes les unes que les autres. Et, comme si cela ne suffisait pas, cette bande-son fantômatique prend tout son envol lorsque Bennett laisse enfin éclater quelques tristes suites d’accords sur Reaping Golden.

La batterie ne savate pas droit dans ta mère, la guitare ne joue pas plus vite que Schuldiner, la voix ne déchire pas les cieux à l’instar de Christian Wagner de Nargaroth. Le metal n’est ici qu’un dénominateur commun, une influence lointaine, presque un fardeau. Pourtant, Ides Of Gemini porte une certaine forme de violence dans Constantinople. Une violence froide, sourde et blafarde. Lourde et planquée, comme un vieux secret de famille qui rongerait les plinthes du salon.

Constantinople, c’est de la musique pour les spectres…

… Et voici les spectres.

Les riffs, la basse, la batterie, la voix de Sera Timms… Tout ici semble jouer de concert comme dans du coton. Comme si s’émerveiller plus fort du son que les instruments produisent pouvait réveiller quoi que ce soit de bien trop terrible. Voilà pourquoi l’arpège, pourtant si austère, de Martyrium (ainsi que celui de One To Oneness) sonne-t-il si lumineux face à tant de minimalisme. Les fûts sont-ils frappés avec retenue que les cymbales, trop brillantes, sont souvent oubliées. La basse effleure tout juste le mix, donnant un corps maigre et squelettique sur lequel poser quelques ces antiques mélodies.

Sera, seule, pose couche après couche sa voix dans la ferme intention d’en faire l’instrument le plus identifiable et représentatif de Constantinople. Le final Old Believer ou encore Starless Midnight offrent à la charmante vocaliste de Black Math Horseman des plages d’expression uniques où son chant habité et mystérieux danse tout contre les pulsations entêtantes des peaux de Kelly Johnston.

Constantinople est un disque de musique pure et psychédélique. Le son, éthéré, conviendra parfaitement à la bande-son d’une balade nocturne sur une route déserte et obscure. Et ce, même si les chansons sont parfois encore un peu bancales. Certes, le songwriting, pas toujours aussi inspiré qu’il le faudrait, empêche le premier disque d’Ides Of Gemini d’être ce qu’on appelle dans le jargon des connards geeks de musique « une pure merveille ». A défaut, Constantinople est une pierre brute, froide et belle pour ce qu’elle est. Au groupe de la polir pour en faire un joyau la prochaine fois.

8/10

Theo.

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