Rock Altitude Festival : hard dans la montagne suisse.

Les vacances à la plage, c’est pour les tocards et les bourgeois.

Ici, à Hear Me Lucifer, on préfère boire des bières tièdes en festival. Surtout si c’est en Suisse. Eh oui ! Les bloggueurs ont des accréditations et ils se bidonnent aussi pas mal, surtout lorsque les festivals sont aussi bons. Après, je le sais d’avance, certains élèveront bien la voix pour s’offusquer : « Quid du sérieux, de l’implication, de la déontologie journalistique ? » Lisez ce qui suit et vous allez voir :

Je vais vous en donner, du sérieux et de la déontologie, moi.

Chambéry –> Le Locle : 231 km.

C’était la distance à parcourir vendredi 17 août pour participer à la journée metal de la 7è édition du Rock Altitude Festival.

Le Locle est cette commune merveilleuse qui accueille Napalm Death, Mogwai ou encore Nada Surf à plus de 1000 mètres d’altitude sur trois jours de festival, entre champs cultivables, forêts, montagnes et l‘ »urbanisme horloger » de cette charmante bourgade – comme on dit, m’voyez.

Les deux scènes du Rock Altitude Festival se tiennent entre la patinoire et la piscine municipale de la commune de 10000 habitants, provoquant dès l’après-midi une rencontre haute en contrastes entre les festivaliers et les locaux. On aura même surpris quelques usagers de la piscine, 40 ans, gamins à leur suite, à demi-nus, se faire servir une grosse bière parmi les metalheads. Les civilités se sont pourtant arrêtées là… Un peu déçu, moi qui les attendais dans le circle-pit.

Puis la musique, tout de même.

Coilguns, trois anciens The Ocean montent sur la main stage. Pas plus. On compte un guitariste frangé maniaque de ses pédales d’effets noisy, un batteur à la frappe d’auroch et un chanteur ultra-speed explorateur de cette mince limite entre un état stable et la crise d’épilespsie – « putain, y r’ssemble pas trop au chanteur de The Mars Volta ? ». Le power-trio se partage un hardcore-sludge fort en chocolat sous le toit de la patinoire du Locle.

Inspirée, oui. Urgente, aussi. Mais la performance de Coilguns était surtout technique. Breaks, changements de tempo, drones noise et cavalcades D-beats, parfois tout ça à la fois… Chaque note touche au but. Un sérieux compliment à Louis Jucker, ce chanteur allumé qui déroule son numéro de front-man comme un grand. Sauts dans le public, sauts sur scène, fracassage de cymbale à-la-bien-t’as-vu, re-sauts dans le public, tout fonctionne. Même – c’est dire – cette posture christique lors de ce passage instrumental à faire défroisser les poils des couilles – « putain, ça doit faire mal aux bras au bout d’un moment, non? ».

Louis, bravo. Tu auras une image.

« New Yooork, New Yooork… »

Non, vraiment, les trois gars de la Chaux-de-Fonds envoient la purée façon grand-mère. La prochaine fois qu’ils visitent votre région, claquez-leur une bise de ma part, ils l’ont bien mérité.

Puis l’heure de Kehlvin sonna.

J’aime bien quand les mecs qui écrivent des live reports se donnent de faux airs dramatiques comme ça.

D’une façon moins pompeuse, je pourrai aussi écrire, tout simplement, qu’il était 20h30, mais vous allez voir, c’est plus pareil.

Puis 20h30 sonna.

Ce sont alors trois quarts d’heure de sludge carré et massif qui nous attendent sous la Tent stage où, déjà, le public s’épaissit peu à peu. Et dès les premières chansons, on s’aperçoit vite qu’elle est désormais lointaine, la période où Kehlvin s’adonnait à un postcore tellurique dans la veine de Cult Of Luna ou Isis. Avec son nouvel album, The Orchard Of Forking Paths, le quintet de la Chaux-de-Fonds – « Dis donc, ils viennent tous de là-bas, les groupes de ce soir ? » – violente les oreilles façon metal lourd. Ambiances sombres sous lumière bleue diffuse, riffs violents et aveugles à décaper les murs d’un squatt punk, gueulantes ravageuses… Mais voilà. Il manque quelque chose.

crédits photo : Hargalaten.

Alors forcément, la musique de Kehlvin colle un peu mieux à l’ambiance de cette programmation, puisque partageant la scène avec Napalm Death et autres coreux pur jus de grosse pomme comme Take Offense. Pourtant, on n’aurait pas été contre un peu plus de place à leurs anciens morceaux, à nos yeux plus fouillés.

Webzine metal cherche photographe.

Ce n’est que l’avis d’un bloggueur wannabe journaliste musical, hein – et Français, de surcroît -, mais il me semble que Kehlvin se soit désormais emparé d’un sludge à la Unfold, carré, froid, mécanique et lourd comme un Panzer qui ne lui colle pas si bien que ça. Quelques pics d’ambiance dans cette mécanique – au passage bien huilée – ne font de mal à personne. Surtout lorsqu’on y a été habitué par le passé.

crédits photo : Hargalaten.

Allez, les mecs. La prochaine fois vous me jouez Albatross, Frankenstein Bis et on oublie tout ça.

On souffle un peu, on fume une clope, on s’assied dans l’herbe, on boit une mousse ou deux, on discute entre confrères de la presse spécialisée (condesendance cheap de carré VIP presse)…

…Enfin bref, on évite Lofofora, quoi.

Mais rassurez-vous. Ici, au sein de Hear Me Lucifer, la déontologie ne pourrait être plus stricte. Nous ne formulerons pas le moindre commentaire déplacé sur ce groupe tout pourri, même s’il est l’unique représentant cocorico de la soirée. Sachez, chers lecteurs, que nous avons bien mieux à faire plutôt que de baver gras notre bile haineuse sur ce vilain groupe nü-metal pour post-adolescents punks à iench’ dont la seule ombre d’intérêt réside dans le fait que le surnom de leur premier batteur était Ragout. Nous préférons laisser au lecteur sa liberté de penser et de se faire une idée. Soyez donc sans craintes.

Retour à la Tent Stage, donc, où une masse toujours plus épaisse attend patiemment que les Italiens de The Secret nous aplatisssent menu avec leur crust mâtiné de Black Metal.

(Mon niveau en photographie égalant à peu près celui de Marion Cotillard pour jouer la mort, j’ai dû plus ou moins arrêter le massacre ici. Désormais, je vous invite à imaginer les photos que j’aurai pu prendre.)

Et une fois encore, rien à dire. La raclée promise était à l’heure au rendez-vous (22h15, quoi). A mon sens, la brutalité et l’énergie des albums de The Secret distançait déjà d’une bonne tête la plupart des productions Deathwish Records. Eh bien le marasme sonique auquel l’audience a eu droit au Locle n’a fait que confirmer ce que j’imaginais : c’est encore plus dingue sur scène.

Les chevelus ont entamé le set par la toute-puissance de la trompeuse Cross Builder, enveloppant le public de la tent stage de ses drones de guitares malades et enfumés, magistralement doom. Un coreux averti en vaut deux : ce premier morceau n’est qu’une rampe de lancement pour encaisser très vite – trop vite ? – plus d’une trentaine de minutes de ce crust/metal sale et léthal. D’ailleurs, ça fonctionne. Les nuques se débloquent peu à peu, le pit se remplit à nouveau et The Secret assène sans même reprendre son souffle blast-beat sur D-beat et gueulante sur gueulante.

Flamboyante ? Lumineuse ? Catchy, peut-être ?

Pff. Pis quoi, encore ? Oppressante et rigoriste, ouais. La musique des Ritals ne laisse à quiconque l’occasion d’aller se chercher une frite et plonge la tête de chacun des auditeurs dans la boue. Dans chacune de ces chansons, crust, grind et Black Metal copulent violemment. Pour tout vous dire, la combustion spontanée d’un grand crucifix inversé en fond de scène ne m’aurait guère surpris. J’ai retrouvé cette ambiance douce-amère que je n’avais expérimentée que lors de concerts de (bon) Black Metal. Cru, malsain, dégueulasse, l’univers tissé par ce groupe de crust est inédite. Alors que les guitares crachent ce son si métallique et gras à la fois qui caractérise les formations de grind, rien à faire : Satan est tapi quelque part, dans l’ombre d’un cabinet d’ampli ou de la silhouette longiligne du frontman Marco Coslovich.

(Ensemble, commençons à visualiser les photos que j’aurai pu réussir. Là, par exemple, vous imaginez un grand type froid et chevelu qui fait pas trop rire quand il gueule la mort dans son micro, pris en pied, un projecteur rouge lui illuminant les contractions crispées de son visage malade. Un peu comme sur ce lien, par exemple.)

Que dire de plus ? Nous faire rouler dessus par la division blindée The Secret, c’est littéralement ce qui nous est arrivé, au public de la tent stage ainsi qu’à moi-même, pendant trente-cinq minutes. C’était peut-être un poil court, mais pourquoi demander plus à des artistes dégageant tant d’intensité en un si court laps de temps (cf. Celeste) ?

Messieurs, chapeau bas. Vous avez réussi à me consoler d’avoir raté Converge et Birds In Row cet été.

Hébétés par la claque le coup de batte de base-ball en plein ventre de The Secret, il m’apparaissait difficile d’aller tout de suite me faire raboter les oreilles par Napalm Death. Voire masochiste. C’est alors que je me suis rappelé que j’avais un super-pouvoir. En festival, je me régénère en mangeant des hamburgers.

(Photo suivante : gros plan sur le hamburger, gras et dégoulinant de ketchup/mayo – pas de sauce mexicaine, trop dangereuse en festival -, fond nocturne où on devine les tablées de festivaliers)

Kowabunga. Ne craignant plus le bruit ni la violence ni même la mort, j’ai donc rejoint le public de la  grande scène pour assister à la moitié du set de Napalm Death.

Ce qui est toujours aussi frappant, devant Napalm Death, c’est la performance de Mark Greenway, dit Barney. Pas de doute, celle-ci figure toujours parmi celle des meilleurs chanteurs extrêmes du monde. Le gros poupon désarticulé de 43 ans délivre toujours la même impression de violence aveugle et incontrôlable.à sa gestuelle aléatoire et habitée. Ses puissants vocals qui déchirent l’air de la patinoire, sa gestuelle aléatoire et habitée, tout cela rappelle au moindre auditeur, depuis le moshpit jusqu’au bar, qui est encore le papa.

(Photo suivante : ce qui est pratique avec les longues descriptions un peu chiantes comme celle du dessus c’est que là, du coup, vous imaginez tout à fait ce que j’aurai voulu vous montrer en image.)

Est-ce cette énergie profondément politique ? Son flow chaloupé, dont la conception rythmique vient souvent se heurter contre celle du groupe qui joue derrière lui ? L’effet euphorisant procuré par ses lyrics sur mon headbanging frénétique lors de morceaux comme When All Is Said And Done ou Analysis Paralysis ? Aucune idée, en fait. Ce qui est certain, c’est que Barney est un frontman incroyable.

Après, pour être tout à fait honnête, je n’ai jamais trouvé grand génie à l’aspect purement musical de Napalm Death. Et, pour être tout à fait honnête, vous non plus d’ailleurs. Ce n’est d’ailleurs pas le son de guitare en carton que Mitch Harris crachait de son ampli qui a aidé à me faire penser le contraire. Ni la scène, trop grande à mon gars, qui les accueillait sans leur convenir. Pourtant, Napalm Death, qui mise plus sur l’énergie que sur son talent, est toujours un des groupes les plus efficaces à écouter live.

Le refrain d’Analysis Paralysis me trottait encore dans la tête lorsque je me dirigeais sur le chemin de la Tent Stage, à peine quelques minutes avant le coup d’envoi du set de Karma To Burn.

Bon, là pour cette photo j’ai un peu triché : j’avais pris la photo en arrivant au festivall dans l’après-midi. Mais au moins, la Tent Stage ne vous échappe pas.

Le trio de Hicksville, West Virginia, était attendu. Et, une fois de plus, quel plaisir… Demandez à cette centaine de personnes littéralement déchaînée derrière mon dos. Demandez à mon voisin, fan absolu, à qui William Mecum a tendu une bouteille de rhum avant le concert afin qu’elle circule de mains en mains – « Putain, mec ! C’est Will qui me l’a filée, mec ! » – comme pour mieux communier, tous ensemble, notre amour pour le stoner rock.

Karma To Burn a conquis le monde, ce soir.

Les morceaux s’e sont enchaînés dans une set-list inspirée, qui ont fait la part belle à de nombreux albums du groupe, dont le fabuleux Almost Heathen. William Mecum et Rich Mullins – meilleur sosie des gestuelles de Steve Harris d’Iron Maiden quand il s’y met – font le show comme des patrons. L’espace d’une bonne heure, le Locle s’enflamme sur cette musique jouissive et redneck. Pure. Pas besoin de chanteur – « Attends, mec. Ils ont dit non à Roadrunner, quand même… C’est pas rien » – lorsqu’on joue des riffs aussi excitants.

La moins floue d’une vingtaine de photos, alors rien à foutre : elle est moche mais je vous la mets quand même.

La musique instrumentale est-elle à tout jamais vouée à l’underground ? Le public du Rock Altitude Festival a répondu non, ce soir. Pas en Suisse, en tout cas. Et tout le monde de sortir positivement heureux de sous la tent stage. Assez heureux, en tout cas, pour nous faire oublier qu’Agnostic Front clôturait le festival sous la Main stage de la patinoire.

Mais soyons sérieux ? Comment pitter sur du Hardcore new-yorkais après tout cela ? Nous n’avons pas trouvé la solution. Ce que nous avons trouvé, cependant, c’est que le Rock Altitude Festival n’avait pas à rougir face à de nombreux festivals français tous plus établis que ce dernier.

Quatre bonnes raisons pour lesquelles vous devez absolument jeter un oeil au Rock Altitude Festival l’année prochaine :

1/La programmation défend (entre autres) le grind, le hardcore, le stoner instrumental et le sludge. C’est autre chose que Musilac.

2/ Pour bouffer, le choix se fait entre des hamburgers et des saucisses frites… Mais aussi de l’indien et du chinois. Et parole, tout a du goût. C’est autre chose que le Sylak Open Air (mais ça on vous en reparlera plus tard…)

3/ Plus de 1000 mètres d’altitude, des forêts et des champs pour délimitations naturelles, bref, un cadre de rêve pour vos circle-pits. C’est autre chose que votre studio.

4/ Sympa, disponible, jamais dépassée par les événements, l’équipe était aux petits oignons. Donc l’accueil était tout aussi parfait que le reste. C’est autre chose que Pôle Emploi.

D’où les sardines.

Epilogue.

Pour finir, le vendredi du RAF est une belle journée metal. Ce qui implique que des métalleux dorment boivent de la bière jusqu’à fort tard tôt au camping du site. On remercie donc ces joyeux drilles gros beaufs qui nous ont régalé de leur imitation pathétique de quelque chanteur Black Metal enroué que ce soit lors du passage du moindre corps céleste – « ETOIIIIILE FILAAAAAAAAAANTE ».

Ci-dessous une photo de ces charmants personnages qui m’ont rappelé – j’en suis encore ému – qu’après tout, l’homme et l’animal sont si proches.

Finalement, ça fait moins les malins, à 9h du mat’.

Citation philosophico-alcoolisée n°666 :

« La vie passe comme une étoile filante ».

Merci pour ça, les gars.

Reportage écrit par Theo. Photos ratées : Theo.

Merci à : Y., Kevin, Hargalaten (qui, elle, sait prendre de vraies bonnes photos), Zen, l’équipe du festoche et cette innocente petite plante verte sous la tente VIP dans laquelle j’avais pourtant placé tant d’espoir.

Une réponse à “Rock Altitude Festival : hard dans la montagne suisse.

  1. A 9h du mat ? On a enlevé le banc qu’on avait sur la gueule (c’est pas une expression) et pis on pétait la forme !

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