Latitudes – Individuation – 2012

Sludge metal atmosphérique from London, UK.

Dispo chez Shelsmusic

Pour ceux qui ne suivent pas derrière, Shelsmusic, avec son joli nom, n’est en rien un label de chanteurs folk à chemises à carreau achetées aux Galeries Lafayette pour pétasses parisiennes. Si je vénère ce label, c’est pour son éclectisme et sa prise de risque que je n’ai retrouvés nulle part ailleurs.

Entre les folkeux fragiles de Sons Of Noel & Adrian ou le post-rock stellaire de *shels et Ancients, on trouve dans l’écurie du label des monolithes métalliques comme les doomsters de l’extême d’Admiral Angry ou encore les deathcoreux abyssaux de Black Sheep Wall. Bref, lorsque Medi Safa choisit un groupe et sort son disque, il se plante rarement. Et ce jour de 2007, lorsqu’il a sorti le premier EP de Latitudes, on peut même dire qu’il a eu le nez fin.

Si le premier EP de Latitudes, Bleak Epiphanies In Slow Motion, ne m’avait pas sérieusement fait frissonner le moindre poil de cul, je dois en revanche accorder que leur premier album, Agonist, m’a provoqué des réactions corporelles autrement plus honteuses. Précis, construit et incisif, le metal très souvent instrumental des Londoniens m’a parfois fait décoller vers un univers moins bas de plafond que celui dans lequel vous lisez cette chronique.

Ne soyez guère surpris, cet album est une nouvelle claque. Et, céans, je vais vous expliquer pourquoi.

Pour commencer, Individuation est bien plus équilibré que son prédécesseur. A peine l’intro de Hyperstatic Forge rampe-t-elle de tous ses claviers qu’une course-poursuite métallique est lancée entre les guitares et la batterie. Je ferme les yeux, j’inspire, la peau de mon scrotum se détend… Oui, l’atmosphère d’Agonist (épique, tragique, mélodique, mélancolique, fais tourner l’joint Patrick) est intacte. Cependant, au fur et à mesure des écoutes, on s’aperçoit – Gosh ! – qu’Individuation surpasse Agonist.

On s’en rend vite compte : Latitudes n’est pas là uniquement pour faire secouer les cervicales des metalheads dans la fosse. Même si, soit dit en passant, les cavalcades telluriques de Hyperstatic Forge ou d’Individuation (Telos) matraquent la gueule allègrement.

Pourtant, c’est souvent plus compliqué que ça. Les riffs de guitares jouent littéralement au chat et la souris avec les patterns insolents de technique du batteur Mike Davies. Les claviers enrobent le mix dans une sphère chaude et confortable, alors que les guitares rampent, lourdissimes, comme sur la deuxième partie d’Individuation (Telos). La propulsion mécanique de la section rythmique rend l’ensemble du contenu abrasif, destructeur, apocalyptique lorsque le bombardement commence  (Vortice Of Malady). Puis, le calme succède au bruit (l’interlude Islewards)… Avant le prochain assaut (Shapeshifting et son intro toute en toms dévastateurs).

Du mieux, aussi, par rapport au précédent album : écoute après écoute, on repère avec bonheur les touches de clavier discrètes – mais néanmoins plus présentes que sur Agonist – de Rich Harper qui donnent au mix une classe et une saveur inédites. On ne peut d’ailleurs pas s’empêcher de se rappeler les incartades soniques de Sanford Parker lorsqu’il pianote pour Minsk.

Et ces riffs. Bordel. Latitudes est un groupe à nul autre pareil grâce à ses riffs d’une force effroyable. Pour s’en persuader, il suffit d’écouter la deuxième partie de Vortice Of Malady, où les guitares, déchirantes, semblent tutoyer les cieux. Puis les variations d’un riff (supposément) simple comme celui de Shapeshifting, qui évoque tour à tour Mastodon ou Neurosis, et mènent l’album vers un climax inattendu, porté aux nues grâce au timbre fin d’Adam Symonds.

Un t-shirt Grails ? Décidément, ils ont bon goût.

Latitudes, contrairement à de nombreux autres groupes de la même famille musicale, c’est avant tout d’excellents musiciens. Et être un véritable musicien, c’est savoir mettre la technique au profit de bonnes chansons. Et Individuation est bourré de bonnes chansons, comme on s’en aperçoit à l’écoute de Shapeshifting et de son alter-ego, Methabolic Pathways. Les guitares sont d’acier et mitraillent la plaine de 12.7, la rythmique racle la terre avec ses chenilles métalliques, la voix fantômatique d’Adam Symonds semble déclarer mort tout ce qui vit sur cette plaine… Puis, tout là-haut, un espoir naît parmi la mitraille : Methabolic Pathways transpose le point de vue sur tout le champ de bataille de la chanson précédente depuis la hauteur et la sécurité d’un dirigeable, plombé évidemment.

Contrasté, superbement balancé, Individuation est un ascenseur émotionnel : tantôt lourd, froid, bassement terrestre, désespérément humain, puis, tout à coup, plus haut que la cime de l’Everest.

Et, conséquemment, il n’y a rien à regretter de ce disque.  Le songwriting est bien plus abouti que celui de nombreux groupes de sludge bien plus établis. Talentueux depuis le début, les Londoniens de Latitudes sortent un album aux contrastes détonnants où la tension ne se relâche jamais vraiment.

Pour finir, je ne regrette qu’une chose de Latitudes.

Que ces gars-là ne soient pas plus connus.

9/10

Locust Star

Une réponse à “Latitudes – Individuation – 2012

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