Falling Down – IIV – 2012

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Autoproduction

« Et sinon, t’écoutes quoi comme musique ? »

De cette naïve interrogation, peu de nos semblables se relèvent. Quel auditeur passionné de nombreux genres rattachés au metal n’a-t-il pas blêmi face à cette question ? Que dire lorsque ses propres goûts musicaux dépassent largement les limites d’un genre musical tout en y puisant ses sources ? Dans un monde où les icônes de l’industrie du disque dictent à ce point la culture, que répondre à cette question ? Et cette question, tu la connais. C’est cette meuf que tu te serais bien tapée qui la lâche innocemment entre deux verres au cours d’une soirée. Ou bien ce collègue de travail un peu trop pressant à l’idée de trouver un compagnon de misère pour le suivre à Musilac.

Plusieurs réponses sont possibles. « J’écoute de tout », qui devrait être la réponse la plus commode, vous rangerait de facto dans la case familière de ces abrutis qui n’écoutent rien. « Pas mal de metal » semble être la réponse la plus honnête. En tout cas c’est la mienne. Mais à l’instant précis où un imperceptible rictus amusé se lit sur les lèvres de votre interlocuteur, vous regrettez déjà votre réponse. Vous voilà remisé au rang d’une masse grotesque – « mais sympathique, hein » – dont le seul critère esthétique repose sur la capacité d’un morceau à faire headbanguer le plus rapidement possible. C’est trop tard. Tu ne t’enverras pas cette gonzesse à l’arrière de ton AX. Pis encore, ton collègue de boulot ne te lâchera plus avec son interprétation affligeante d’Antisocial dès qu’il te croisera à la machine à café.

Quel gâchis.

Ocoai

Comment expliquer au commun des mortels la passion et le dévouement que suggèrent une telle scène ? Comment faire comprendre que la richesse musicale d’une oeuvre ne réside pas qu’en sa capacité intrinsèque à faire shaker des bootys ? Comment lever les barrières mentales qui obstruent la vision (et surtout l’audition) d’une masse dont les repères culturels s’éparpillent un peu plus à chaque nouvelle édition de Secret Story ?

C’est une mission à laquelle Hear Me Lucifer s’emploie, cher lecteur, chaque jour que Satan fait. Oooooh yeah.

Et ce pourrait aussi être celle de Falling Down. Le principe est simple : le projet compile des morceaux inédits d’artistes confirmés, émergents ou carrément inconnus d’une scène talentueuse, abrasive et éclatée. Post-rock, doom, drone, postcore, screamo, noise, Black Metal, krautrock… la liste n’est pas exhaustive.

Planning For Burial

Entre le drone soft d’Aidan Baker – échappé de Nadja pour l’occasion -, la noise catchy de Julie Christmas, le jusqu’au-boutisme sonique de Monarch et le doom tribal et chelou d’Ayahuasca Dark Trip, il y a des gaps assez évidents. Le ton de la nébuleuse stylistique de la FD est alors inssaisissable. Ce n’est ni un album de doom, ni de postcore. Ni même de metal ou de rock uniquement.

Pourtant, ce n’est pas un projet destiné aux fanboys exclusivement. En fait, il suffit d’un lecteur CD et d’une paire d’oreilles pour que Falling Down chatouille les oreilles d’environ qui que ce soit. La preuve : la compilation est aujourd’hui éprouvée par les ans. Pour la troisième fois, elle regorge de bonnes chansons et pour la première fois, elles sont toutes inédites. Pas une seule des pistes présentes sur l’une des deux galettes n’est encore sortie sur un autre support. Et, plus important encore, pas une seule d’entre elles n’a de quoi rougir.

Hopewell ouvre la danse avec This Is This et ses dramatiques accords au piano évoquant presque le tango argentin. Puis on plonge malgré nous dans le moelleux stoner de Year Of No Light & Mars Red Sky, réunis le temps d’un maëlstrom de basses hypnotiques. Et quel pont idéal pour orienter la courbe et sentir à nouveau ce vide étoilé d »une richesse insondable que nous dépeint Ocoai. Au fur et à mesure de l’écoute, on découvre et redécouvre les artistes présents sur FD avec une fraîcheur candide.

Monarch

On voyage avec Flight Of The Lieutenant de Vespero et son space-rock évoquant Hawkwind saupoudré de dub. On plonge dans une noirceur de poix avec les pistes sans pitié des bruyants Helvètes Rorcal et du minimal Friendship de Planning for Burial. Ailleurs, Sendelica et son touchant Ingrid Cold rappellent la fragile ambiance instaurée par Neil Young dans Dead Man de Jim Jarmusch.

Ben oui. Chaque piste apporte son lot d’émotions, positives, négatives, les deux à la fois ou au-delà des deux même parfois (Ayahuasca Dark Trip et son génial Manantial).

Mais plus qu’une succession aléatoire de petits bonheurs soniques, l’écoute des deux disques, d’un bout à l’autre, brille par sa grande cohérence. Y. & T., les deux producteurs de la FD, y ont veillé. Une telle compilation peut vite sembler indigeste dès lors qu’on pense à tous les artistes figurant sur chaque CD. Oui mais voilà : je l’écoute toujoursdans le bon ordre. Les chansons s’enchaînent sans raison mais avec passion, dessinant – à mon sens – trois grandes parties par disque.

Les vagues soniques se rencontrent, s’épousent et s’entrechoquent, tel Vilagvége V de Rorcal succédant à merveille à la déferlante Black Sun. Ou encore le psychédélique Apollo Creed de The Flying Eyes annonçant le grunge éthéré et halluciné de Got To Say de Vanessa Van Basten pour finir ce tryptique avec Tra i Ghiacci de Dyskinesia, les yeux rivés vers un sommet alpin, les étoiles, ou quoi que ce soit de très très haut et de très très beau.

Mouth Of The Architect

Falling Down tape une fois de plus là où ça fait mal. Dans l’indé, le psyché, le brutal, dans ce qui fait qu’on peut être passionné de musiques. Edition après édition, Y. & T. ne déçoivent pas dans leur sélection. L’équilibre entre les artistes, entre tant d’horizons musicaux et géographiques différents, entre tant d’émotions différentes force le respect.

Les ondes soniques dessinent Falling Down IIV chanson après chanson, écoute après écoute et rendent, finalement, un genre d’hommage. A la scène indépendante, à la musique sous ses formes les plus abstraites, à cette culture qui ne rapporte pas d’argent, à cet univers impossible à décrire dès lors qu’une personne extérieure à tout cela s’enquiert de nos goûts musicaux.

Ainsi, désormais, lorsque quelqu’un te demandera « qu’est-ce que tu écoutes ? », réponds simplement que tu écoutes de la bonne musique.

Bad-ass.

 

†/10

Locust Star.

Une réponse à “Falling Down – IIV – 2012

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