Process Of Guilt – Faemin

Doom/sludge from Evora, Portugal.

Dispo chez Division Records.

Il y a des pays, comme ça, dont on serait bien en peine de citer les groupes nécessaires à toute bibliothèqe qui y sévissent. A part Altar Of Plagues et Primordial, qu’y a-t-il d’excitant en Irlande ? Franchement j’en sais rien. Soyons honnête, c’est encore pire pour le Portugal. Je vous mets au défi de me citer une seule formation branchée metal qui vaille le coup de ce côté de la péninsule ibérique. Et non, Moonspell ne compte pas. Grâce aux Suisses de Division Records, Hear Me Lucifer te fait aujourd’hui découvrir Process Of Guilt. De quoi élargir tes conceptions gépolitico-métalliques et, à coup sûr, briller en société.

Une poignée de démos et deux albums doom/death derrière eux, les Portugais de Process Of Guilt ont désormais bloqué leurs accordeurs sur un sludge épais et rugueux. On entend encore quelques réminiscences de ce feeling funéraire de la scène doom/death dans quelques mélodies et dans cette noirceur d’une profondeur insondable qui guide les textes d’Hugo Santos. Sauf que désormais, tout est plus lourd.

Et cette lourdeur de son semble être sans cesse repoussée au travers du disque. Une recette : quelques riffs simples et massifs dont la tout-puissance réside dans le potentiel rituel de boucles incessantes. Alors chaque riff est joué un grand nombre de fois, martelé par le jeu de batterie sec et rocheux de Gonçalo Correia. Et les guitares ne brillent pas de mille feux, les leads ne fusent pas à chaque coin de break et aucun guitar-hero à petit sexe ne vient pallier son manque de virilité à coups de sweeps, tappings ou que sais-je encore. Les guitares sont juste massives et droites. Minimales et écorchées. Brutes. Elles ne lâchent du terrain sur le front de la lourdeur que pour distiller quelques drones et larsens inquiétants, comme ceux de la douloureuse Cleanse.

Faemin est un doom mat et hypnotique. Il est guidé par la colère. Illustré par l’orage. Et ce sentiment commence dès Empire et son amoncellement progressif de nuages, finalement déchiré par la sludgie Blindfold. Le relief du disque est aussi panaché qu’il y a de nuances entre le noir et le gris. Blindfold, par exemple, déroule tout d’abord cette impression de haine crachée à la gueule de ce monde après l’avoir contenue bien trop longtemps. Puis un break, une envolée vocale aussi fugace que salvatrice, un lead de guitare avorté et déjà c’est la chute. Plus de place pour le pardon. « Unfold your lies », hurle Hugo en guise d’épitaphe sur l’amorce d’un riff d’une cruelle lenteur.

Et ce détail n’est pas anodin : les tempi des chansons semblent toujours parfaits. Qu’y a-t-il à redire à ce break incroyable dans la très neurosienne Harvest (« Blind ! Harvest ! ») ? Ou dans celui de Blindfold ? Ou encore des deux uniques riffs un tant soit peu groovy de Faemin dans la surpuissante chanson éponyme ? Le reste des patterns rythmiques est aussi coloré que la pochette de l’album. Noir aussi, le cri de Hugo, tour à tour discret, expressif, ou carrément guide de la procession des coupables tout entière. C’est certain : le guitariste/chanteur possède une voix idéale pour exprimer tant de haine. Il vous suffit de l’écouter scander que rien ne pousse (« Nothing grows ! ») pendant le final tumultueux de Harvest pour vous en persuader.

Faemin est un album de colère crue qu’on savoure plus encore au fur et à mesure des écoutes. En cela comme à d’autres égards, Process Of Guilt évoque bien souvent la musique d’un certain groupe fondateur du postcore et né dans un squat d’Oakland. Alors que les frenchies (et label-mates) Dirge se comparent à Neurosis de plein fouet, mimant d’entrée de jeu les mêmes structures obscures et les mêmes sonorités blafardes, Process Of Guilt en extrait juste l’essence. Un substrat identifiable mais subtil, plus personnel et plus profondément ancré dans son propre doom âpre et douloureux que dans la mélancolie finalement assez mélodique de Neurosis.

D’un bout à l’autre de Faemin, l’atmosphère se tend et se détend, évoquant les cieux les plus troubles observés depuis la montagne la plus noire (Cleanse) jusqu’à l’éruption incontrôlable d’un volcan millénaire (Faemin). Quel que soit le bout par lequel vous tenez ces quarante-deux minutes de saturation down-tempo, c’est un catharsis magnifique.

9,5/10

Locust Star

 

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