Der Weg Einer Freiheit – Unstille

Green Metal from Würzburg, Bavière.

Dispo chez Viva Hate Records et Season Of Mist depuis le 29 juin 2012.

J’adore ce monde. Qui aurait cru un jour que la chapelle métallique la plus obscure et la plus conservatrice de toutes devienne un jour aussi éparse et prolifique ? L’Ouroboros a enfin décidé de boulotter autre chose que sa propre queue. Comprenez que le Black Metal, depuis le milieu des années 2000, s’est affranchi peu à peu de ses poncifs abrutissants pour dépasser ses propres caricatures. N’en doutez plus : le Black Metal s’impose à nouveau, près de 25 ans après ses balbutiements, comme le style le plus bandant sous le soleil de Satan.

Les chemins qu’empruntent les blackeux sont impénétrables. Ces dernières années, la scène Black Metal a connu un regain d’activité débordant et pleinement mérité grâce à l’originalité et au talent combinés de quelques génies. On pense évidemment à WITTR, à Nachtmystium, aux inévitables Deathspell Omega ou bien encore à l’énorme premier album d’Ascension. Entre autres. Der Weg Einer Freiheit« La Voie de la Liberté » – fait aujourd’hui pleinement partie de cette scène en pleine croissance, refusant un sur-place totalitaire dans lequel se sont capitonnés trop de formations de la fin des années 90.

Un premier album déjà remarqué en 2009 et Agonie, un EP très solide, ont contribué à ébruiter le nom imprononçable de ces trois Bavarois. Der Weg Einer Freiheit (DWEF) se caractérisait par ces longues plages mélodiques dominées par des double mélodies de guitare couchées sur un blastbeat frénétique.

DWEF est en fait un groupe plus complexe qu’il n’apparaît de prime abord. Cheveux courts, sweats zippés à capuches et photos promo minimales : on est loin des repères du trve-evil-Black-à-papa. Pourtant, on décèle souvent dans les riffs de N.K. les gammes du très mésestimé Under The Sign Of Hell de Gorgoroth et même quelques chevauchées dignes du Somberlain de Dissection. Mais les parties guitaristiques de DWEF ont quelque chose de plus. Leurs arrangements m’évoquent parfois même des compositions de Dvořák et Tchaïkowsky tant le travail harmonique est mené à son terme. Sur Unstille, les mélodies à deux guitares sont à nouveau finement ouvragées, laissant toujours le loisir à cette lourde basse vrombissante de combler la tonique de l’accord. Zu Grunde, le pont de Lichtmensch ou l’époustouflante Zeichen font partie de ces instants d’une mélancolie abyssale et magnifique.

Mélodiquement proche d’une certaine vieille école du Metal Noir, la musique de DWEF n’a pourtant rien à voir avec ces bons vieux rigolos de blackeux norvégiens. Nos trois Allemands portent les symptômes de cette scène qu’on baptise parfois Green Metal : un Black Metal armé de blast-beats impitoyables et qui développent aussi de longues plages ambient. On pense alors bien plus à Wolves In The Throne Room, Altar Of Plagues et autre Deafheaven, même si le riffing de DWEF est hautement plus pernicieux que celui des hippies post-modernes de WITTR. La chanson Zeichen – sans doute la meilleure d’Unstille – agresse directement l’auditeur de riffs purement Black Metal tissés par-dessus une section rythmique aussi violente que véloce. Le compteur de votre chaîne hi-fi indique déjà 6 minutes de tempête sonique et quelques lorsque DWEF breake enfin. Les arpèges sont aériens, les notes déchirantes, mais même en regardant le vide depuis ce promontoire, la bouffée d’air est la bienvenue. A peine le temps d’inspirer : les riffs tourmentés reviennent hanter l’atmosphère, précédant les plaintes de T.J. sur fond de tapis de double pédale. 12 minutes 30 de démonstration réussie. Puis la suite du disque, alternant ces formules à l’envi, alternant intros à l’ambiance froide comme la glace (Zu Grunde), plages atmosphériques trippantes (Zerfall, Zeichen…) et riffs plus cruels (comme sur la singulière Lichtmensch).

En fait, ce qui est remarquable avec Unstille, c’est que les Bavarois soient arrivés à une maturité comparable à celle d’Agalloch avec Ashes Against The Grain. Le travail d’arrangement sur Unstille rend les pistes si variées qu’on peine à le comparer au premier disque du groupe, pour le coup franchement plus redondant. Enfin rassurez-vous : les mélodies sont toujours simplissimes (Nachtsam), le jeu de batterie de Tobias S. toujours aussi minimal et la voix de T.J. toujours aussi conventionnelle (avec cependant quelques moments de bravoure, comme sur le final Zerfall). Mais le travail sur les arrangements et la partie rythmique rendent chacune des six pistes d’Unstille aussi tranchante qu’une lame d’obsidienne

Oubliez les one-man bands à deux ronds qui s’auto-proclament Depressive Suicidal Black Metal et abandonnez-vous tout entier à Der Weg Einer Freiheit. Croyez-moi, ce disque ferait pleurer un caillou.

8/10

Locust Star.

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