Neige Morte : « En fait, je crois que j’aime pas le Black Metal »

Alors que WITTR animait une messe noire à l’Epicerie Moderne de Feyzins vendredi 1er juin, les Lyonnais de Neige Morte étaient chargés d’assurer la première partie de l’oraison. Une bonne occasion d’aller gratter la couche de corpsepaint sur ces descendants de la scène punk/hardcore qui préfèrent oublier les arpèges forestiers et autres riffs épico-bucoliques pour privilégier un Black Metal minimal, pernicieux et carrméent urbain. Pour la première fois en interview, XT au chant, JG à la batterie et SA aux guitares répondent aux questions de votre serviteur.

Locust Star : Vous venez tous plus ou moins de la scène noise, hardcore, postcore… XT, toi tu as chanté dans Overmars, Jo tu joues dans Burne (ndlr : duo basse/batterie). Comment passe-t-on de cet univers au grand méchant Black Metal ?

XT : On se pose même pas la question. On écoute tous les trois beaucoup de musiques. A la base c’était SA avec HLC (ndlr : batteur sur les enregistrements) qui voulaient faire un projet Black Metal parce qu’ils appréciaient le style. Ils m’ont appelé ensuite… Après, quand on écoute plein de trucs, on a envie de jouer plein de trucs, c’est assez naturel.

Locust Star : XT, justement, j’étais tombé sur une interview de toi dans Falling Down Webzine où tu expliquais ton envie de faire du BM. Vous trois, ça faisait vraiment longtemps que vous souhaitiez en jouer ?

SA : Bof, on en écoutait avant, mais…

XT : Oui, c’est un concours de circonstances.

JG : Moi, je me suis mis dans les parties que HLC avait déjà enregistrées. Moi, le Black, après le collège… Bof, quoi.

SA : Hugues écoutait vraiment du Black. Personnellement, le Black vraiment trve, norvégien etc, j’en ai écouté un peu mais ça m’a jamais vraiment interpellé.

XT : J’ai bien des bases, j’aime le côté répétitif de Burzum même si j’écoute pas ça tous les jours… Ulver aussi, ces trucs-là.

SA : Aujourd’hui, j’en écoute par la force des choses, mais le Black Metal ça n’a jamais été naturel pour moi. C’est plutôt venu avec des groupes plus récents.

XT : Moi j’ai découvert ce style à l’époque, début 90’s justement. Je traînais avec des gens qui ont vu passer Emperor etc… Moi, je préférais écouter Biohazard… Les blackeux, pour moi, c’était une bande de crétins. Puis je me suis mis à en réécouter il y a une dizaine d’années car les mecs de Blut Aus Nord commençaient à s’intéresser à nous (ndlr : Overmars) et j’étais curieux d’écouter ce qu’ils faisaient et comment ils ont redéfini les règles. Et puis le Black Metal c’est tellement vaste que lorsque tu en parles, c’est comme le rock, c’est flou. Il y a plein de sous-genres.

JG : Au niveau de l’instrument, c’est intéressant de toute manière. La façon de jouer de Mayhem, c’était marqué, quand même. Le blast, le chaos, l’esthétique. Ca m’a plu.

XT : Oui, c’est plus ou moins les nouveaux punks, quelque part… C’est le seul truc actuellement, enfin… l’un des seuls trucs où tu ressens un sentiment d’urgence et de danger que le punk et le hardcore ont sûrement perdu au profit de l’esthétique…

SA : Aussi, beaucoup de musiques alternatives n’évoluent plus vraiment. Alors que le BM a commencé d’une certaine façon, a stagné pendant des années où il fallait être vraiment orthodoxe, et seulement maintenant ça commence à évoluer. Et c’est l’un des rares styles musicaux à muter.

XT : Prends le dernier Blut : il insère des éléments de trip-hop ou de hip-hop dans son disque et ça passe comme une lettre à la poste.

SA : Cette vague de BM américain – bon, c’est pas vraiment black mais y’a des éléments dedans – avec Portal, par exemple. Ca m’a retourné, ça. Les guitares caoutchouc que tu retrouves aussi dans MoRt de BAN. Pour moi tout est là.

XT : Ou alors tu prends Leviathan avec Massive Conspiracy Against All Life, ça c’est génial.

Locust Star : Du coup, parlons de « Neige Morte », votre nom. Personnellement, j’ai toujours pensé à un pied de nez à la scène et ses noms rigolos über-clichés comme Paysage d’Hiver ou encore Tristesse Hivernale… J’ai tort ?

SA : Pas vraiment, mais c’est encore différent. C’est parti comme le groupe a commencé, pour le nom : assez vite. On aimait bien cette esthétique Black francophone. En plus, à l’époque, on prenait pas vraiment ça au sérieux. Donc avant même d’avoir les premiers morceaux, HLC – qui est graphiste – avait déjà composé pas mal l’imagerie… « Je sais un peu c’qu’on va faire… »

XT : Y’avait trois logos avant le premier morceau (Rires).

SA : Ca nous faisait vraiment rire. Moi je parle un peu norvégien et j’ai pensé à ce film norvégien, Dead Snow. Tu sais, ce film tout pourri avec des zombies nazis, à voir avec des potes et des bières. On s’est dit, « Voilà : on va s’appeler Neige Morte« . Les gens, ça ne leur évoque rien de spécial. Dead Snow fait penser au film, mais Neige Morte non. Ca fait sérieux : alors que ça part d’un folklore avec lequel on s’amuse beaucoup.

XT : Quand tu vois Aurora Borealis qui fait la promo pour le disque, ils parlent de « Frozen Death »… (Rires)

Locust Star : J’ai lu plein de trucs à propos de votre musique et au fur et à mesure, j’aavais l’impression que personne ne savait vraiment définir le style que vous jouez. Ca doit être génial. J’ai lu « crasseux », « boueux », « qui pousse le BM dans ses derniers retranchements »… Je pense que c’est parce que vous venez du HxC et de la noise qu’il est difficile de vous foutre dans une case, non ?

SA : C’est ça, c’est parce qu’on a pas la culture BM.

Locust Star : et ça s’entend, d’ailleurs. Et ça se voit en concert.

Jo : Y’a aussi un refus du son metal : pas de batterie triggée, pas de guitare avec un son tout sec… On préfère que ça déborde de partout.

SA : Le fait de ne pas avoir de bassiste, aussi, peut faire penser à la scène noise plus qu’à la scène black.

XT : Bon y’a aussi que c’est plus simple à gérer, sans bassiste.

Locust Star : Comment les die-hard fans de BM voient-ils votre musique ? Moi quand je vois tous les blackeux sapés en trve blackeux voir Neige Morte, je me demande ce qui se passe entre leurs deux oreilles.

XT : Faudrait leur demander. Moi je pense qu’ils ont été assez réceptifs ce soir. Les chroniques du disque sont bonnes… après, ce n’est pas un gage que le public nous aime, c’est plutôt personnel. J’imagine que ce soir, le public est venu plus en masse pour WITTR. Mais ce soir, ils ont été assez réceptifs, j’ai l’impression.

Locust Star : Vous avez déjà fait des dates purement black ?

XT : On devait, l’année dernière, mais on l’a ratée. On devait jouer avec… comment ça s’appelle… (il cherche…) Ad Hominem.

LS : Ah ouais ! Génial… (ndlr : Bon, d’accord, pour toi le trve blackeux au fond, rien ne prouve qu’Ad Hominem est un groupe de nazis. Mais franchement, c’est tendancieux).

Ensemble : Bah on voulait justement y aller pour ça.

SA : Me confronter aux gars, ça m’aurait intéressé.

Locust Star : Vous n’avez pas vraiment tourné, encore, c’est peut-être pour ça que vous ne savez pas bien comment le public vous perçoit.

XT : On connaît des gens, par la force des chose. Après, les histoires de scène, savoir comment on est perçus, etc, on a un peu passé l’âge…

SA : C’est pas que ça nous intéresse pas… Mais bon. Si on nous disait « Le milieu Black Metal vous renie! », franchement,… je m’en bats les couilles. Nous, on se fait plaisir, y’aura toujours un public pour apprécier, je pense.

Locust Star : Le deal est plutôt simple avec votre label, Aurora Borealis ?

XT : le deal c’était de sortir un disque.

Locust Star : Effectivement, c’est plutôt simple. J’ai remarqué qu’il y avait pas mal de groupes de Black un peu spéciaux sur ce label. Notamment Menace Ruine.

XT : C’est vrai qu’on était contents d’être sur ce label pour son esthétique. Après, au niveau du deal, on s’en fout. On voulait juste que quelqu’un sorte notre disque.

JG : Ce qui est pas mal c’est que ça fait peut-être des opportunités de jouer en Angleterre…

Locust Star : Et c’est d’actualité ?

XT : Non. (Rires)

SA : On prévoit des petits trucs, mais on est un peu des feignants. Et puis on a plein d’autres projets.

XT : Des projets, des vies personnelles…

SA : Une fois qu’on aura démarré un peu mieux l’histoire de Neige Morte, on sera plus dedans. Mais là, pour être honnête…

Locust Star : Et alors ? Ca va démarrer ?

Ensemble : ………. (Une pause pendant laquelle ils se fixent en souriant. Tout le monde finit par rigoler).

Locust Star : Pourtant, vous avez des belles opportunités : vous avez fait récemment un split avec The Austrasian Goat – que c’est pas non plus Jo le Clodo, quoi.

XT : Lui c’est pareil : c’est un ancien de la scène punk-hardcore qui écoute plein de trucs, moi je le connais personnellement depuis une dizaine d’années alors on lui a proposé le projet. Nico à Musicfearsatan aussi : je le connais très bien… C’est des contacts naturels, quoi.

Locust Star : Donc en fait c’est surtout grâce au réseau que c’est si naturel pour vous. Ca ne se serait pas passé de la même manière si vous aviez 20 ans, hein ?

Xavier : Ben on aurait appliqué un autre réseau, si on avait eu 20 ans.

SA : On a quand même eu des propositions de labels de BM qui voulaient nous sortir sur cassette, etc. Des trucs propres au milieu, quoi. Donc on aurait de toute manière sorti quelque chose.

Locust Star : Bon, votre actu ? Suite au concert il y avait pas mal de chansons que je ne connaissais pas.

SA : Les trois premières sont des nouvelles. On est en train de composer de nouveaux titres pour un disque qu’on est supposés enregistrer début 2013.

XT : L’actualité c’est ça : se remettre à composer.

SA : L’idée après c’est de faire quelques petites dates entre-temps, par exemple en octobre 2012.

XT : Mais bon, on ne sera jamais un groupe qui tournera de manière intensive.

Locust Star : Oui, à cause de vos vies, de vos autres groupes, du boulot… XT, c’est fini Overmars ?

XT : Oui. Pour moi en tout cas.

SA : Moi, je joue dans plein d’autres groupes, tous très différents. Du coup, il faut parfois prioriser. Je sais qu’à certains moments je donnerai plutôt du temps libre à Neige Morte, à d’autres moments ce sera au reste pendant plusieurs mois.

XT : C’est un truc qu’on a eu un peu de mal à mettre en place. Comprendre que ça ne servait à rien qu’on répète basiquement toutes les semaines. On préfère se fixer des échéances et respecter ces échéances. Quitte à mettre le groupe en pause pendant trois ou six mois si nécessaire.

Locust Star : Si je vous demande de me parler de la scène BM française, je suppose que vous allez me parler de Blut Aus Nord, Deathspell Omega… Il y a beaucoup de petits groupes de BM à Lyon, sinon. Vous les connaissez ?

JG : Non, on les connaît pas bien, pour être honnête.

Locust Star : Vous en écoutez, un peu quand même ? Peut-être pas des groupes de Lyon tout spécialement, mais si je vous dis Black français…?

SA : Oui, Glorior Belli par exemple.

XT : Merrimack, aussi, ils ont des trucs pas mal. The Austrasian Goat, évidemment.

SA : Les parisiens dont tu me parlais, là… (Ils cherchent… et ne trouvent pas) En fait, je crois que j’aime pas le Black Metal. (Rires)

 

 

Locust Star : C’est ce que j’avais cru remarquer. J’ai même fini par me demander si vous aviez pas orchestré un des plus gros hold-ups. Vous êtes des types qui n’écoutent pas tellement de BM mais qui en font plutôt bien … Vous faites ça avec un côté crasseux, crust, mais vous cassez un peu les règles du black à votre manière aussi, même si vous ne le faites ni à la manière de Deathspell Omega, ni à la manière de Blut Aus Nord.

XT : En ce qui concerne Blut Aus Nord, j’ai cette chance de pas mal communiquer avec lui grâce au passé lié à Overmars, justement (ndlr : Appease Me Records, le label de BAN a sorti plusieurs disques d’Overmars, l’ancien groupe de XT), c’est un type qui a notre âge, même si je l’ai jamais vu. De temps en temps on s’envoie des textos, on se maile, on se téléphone, et voilà, c’est un type qui écoute énormément de choses, il est fan de trip-hop, de black, etc… Ca se ressent dans sa musique. C’est peut-être aussi une question d’ordre générationnel : quand tu es curieux musicalement, tu écoutes plein de trucs.

SA : Je pense que c’est comme ça que tu finis par faire de la musique un peu plus personnelle sans chercher à redéfinir le genre. En fait, nous-mêmes, on a jamais cherché à partir dans une direction précise.

JG : Ca va très vite, ça se fait très naturellement.

SA : On débarque en répète comme tout le monde : je sors un riff, ça tourne avec JG, on empile les idées, les chansons se construisent… Les trois qu’on a jouées au début du set, on les a composées hyper rapidement. Généralement en deux répétitions, le morceau est structuré. Les arrangements se font après. Mais les idées de base se construisent très vite. Ce qui prend plus de temps, ce sont les ambiances.

Locust Star : C’est à dire que la composition ne se passe pas tout à fait comme un groupe de metal traditionnel ? C’est pas genre « hey, j’ai un riff les gars » ?

XT : Par la force des choses, tu amènes un riff.

SA : Oui, certes. J’amène des riffs. Mais je peux t’avouer que sur le concert de ce soir, il y avait 50% d’improvisation. C’est hyper libre ! On joue, on le sent, on se regarde, on attend un appel de batterie…

XT : Lors des chansons, on sait qu’à partir d’un certain repère il faudra compter quatre ou huit mais ça va pas plus loin que ça. On est pas un groupe de math. On est pas Meshuggah, à compter tout le temps.

Locust Star : Sinon, c’est cool de jouer avec WITTR ? Ils sont sympa ?

XT : Ils sont sympas, ouais.

SA : Les trois musiciens sont sympas mais ceux qui sont autour, je ne leur ai pas parlé.

JG : Après, Neige Morte et WITTR, c’est pas la même dynamique : eux ils ont une tournée un peu lourde, ça pionce à des heures différentes, ils appellent chez eux… Ils sont dans une autre bulle que nous.

XT : Alors que nous, on a fini de bosser et on est venu ici direct, quoi.

Locust Star : Bon bah très bien. Merci les gars.

Neige Morte : Merci à toi.

 

Allez, un petit rappel de leur son avec Bourbier, une chanson rafraîchissante, véritable tube de l’été kikoolol en puissance.

Entretien réalisé par Locust Star auprès de Neige Morte. Photos réalisées par Mélie. Un merci tout spécial à elle. Merci aussi à l’Epicerie Moderne. Et un gros fuck off aux radars auto sur l’axe Lyon-Chambéry.

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