Bref, j’ai vu Sunn O))) en concert et je me suis régalé.

ggggggrrrrrrrrrrrrrraaaaAAAAAAAAAAAAAAAAAaaaaaaaaaaaaaammmmm…

Maniant à merveille un langage pamhplétaire de qualité, mon éminent collègue Arnaud a exposé sur cette même tribune – qui, je le rappelle, est complètement libre – les raisons de sa lourde déception lors du concert de Sunn O))) à la Gaîté Lyrique de Paris le 16 juin dernier.

Je vous invite d’ailleurs, si ce n’est pas encore fait, à vous plonger dans son live-report à chaud comme je les aime par ici.

Son commentaire est argumenté, précis, et en plus m’a bien fait marrer lorsqu’il évoque le prix (indécent, oui.) des goodies que tout fan de ce genre de musique se DOIT de posséder. Donc oui, en un sens, j’étais assez d’accord avec lui. Mais voilà, moi j’ai passé un excellent concert devant Sunn O))).

Arnaud et moi-même avons eu l’honneur, ce n’est que trop rare, de voir le même groupe lors de la même tournée… Mais ni au même moment, ni au même endroit. J’ai vécu cette messe noire à Clisson, au Hellfest, soit tout juste une journée après.

La violente lourdeur d’AmenRa, la pureté de Brain Police, les tourbillons soniques psychédéliques d’Ufomammut ou de Monkey 3… Non, franchement, il fallait y aller pour avoir quelque chose à redire du son de la Valley, soit la scène doom/sludge/noise/musique de hipster du Hellfest. Rappelons aux grincheux qu’un chapiteau, ce n’est pas comme une salle. La sonorisation ne peut pas être optimale puisque le son s’échappe et se répercute différemment. Et pour le coup, le son n’avait rien d’indécent.

Dimanche, fort de cette agréable appréciation depuis deux jours déjà, j’ai donc posé avec un délice indicible mes yeux sur la ligne de mon dépliant de festivalier qui m’intéressait le plus :

« Sunn O))) 23:30>00:30 »

Une bonne demi-heure avant le début de l’office, je me suis présenté sous la Valley pour prendre mes quartiers, pile en face la scène et à quatre mètres des crash-barrières. Un mauvais burger de festoche dans la main et le tome 4 de l’intégrale du Trône de Fer dans l’autre, j’attendais paisiblement assis le début du concert lorsque la balance a commencé. De mémoire de chroniqueur musical et de musicien, je n’ai jamais ressenti un son aussi LOURD))) me parcourir. Une onde comparable à une vibration surpuissante a transpercé en même temps le corps de tout ce qui vivait sous ce chapiteau.

Imaginez cet instant cocasse où votre serviteur et tous les hipsters à lunettes ici-présents se dévisagent, inquiets, lors d’une balance de quelques minutes dont la lourdeur du son monte très progressivement, chaque plaquage d’accords invitant un évident « Non, ils ne peuvent pas VRAIMENT jouer aussi fort… » dans votre tête, chaque fois démenti par un nouveau réglage de son.

Dressé sur mes deux jambes par l’excitation de voir de mes yeux ce qui pouvait cracher une telle avalanche de basses, j’ai constaté un arc de cercle de douze amplis (certains de basse, d’autres de guitare) pour au moins moitié plus de corps d’ampli. Chacun ayant quatre enceintes, on a vite fait d’en frissonner rien qu’à l’imaginer.

Sunn O))) avait d’ores et déjà gagné sur moi l’enjeu psychologique alors que le concert n’avait pas encore débuté…

… Puis il a débuté.

A l’instar de la set-list qu’a évoquée Arnaud, je suppose qu’une grande part d’improvisation a guidé le set des musiciens. Personnellement, je n’ai perçu qu’une gigantesque vague sonique durant près d’une heure, émaillée par instants des vocaux abstraits d’Attila. Néophyte amateur de la pulsation metal, fuis au large. Aucune rythmique autre que les lentissimes coups de médiator des trois guitaristes n’impose sa marque sur ce son d’une densité absolue, mystique as fvck et faisant vibrer tous vos organes internes comme jamais. Une sensation inédite.

Constatation : Sunn O))) en concert n’a pas grand-chose à voir avec Sunn O))) sur album. Eh oui, l’écoute est encore plus difficile car moins variée et hautement physique. Mais elle est d’autant plus captivante tant cette oraison infra-funèbre se fait profondément hypnotique, magnétique et charnelle.

Plus loin qu’un simple concert, j’ai vécu dimanche 17 juin une performance qui enterre de loin nombre d’artistes contemporains et autres wannabe d’écoles d’art qui font mumuse avec des bruits sur leur MacBook Pro. Car en cela, je suis on ne peut plus d’accord avec mon éminent collègue Arnaud (je te pique même l’image du MacBook Pro au passage), il devient un peu facile de s’intituler artiste avec les moyens d’aujourd’hui. Mais à l’inverse de lui, c’est pour cela que je pense que les Sunn O))) sont des artistes à part entière.

En tout cas, si John Cage (pour qui j’éprouve un grand respect) avait vécu plus longtemps, j’aurai été curieux de connaître son avis sur Sunn O))).

Locust Star.

Une réponse à “Bref, j’ai vu Sunn O))) en concert et je me suis régalé.

  1. Pingback: Suuns : video flippée pour 2020, premier extrait du deuxième album | Hear Me Lucifer·

Wanna speak ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s