The Melvins / Melvins-Lite – Freak Puke – sortie le 05 juin 2012

Rock protéiforme from California.

Dispo chez Ipecac.

J’ai découvert les Melvins le soir du 7 octobre 2011, alors qu’ils jouaient à l’Usine de Genève. J’en avais marre de lire leur nom dans un exemplaire de New Noise sur deux sans avoir réussi jamais à trouver une porte d’entrée pour de vrai dans leur gigantesque discographie. De cette soirée-là, j’ai gardé un souvenir grandiose : j’étais conquis. Mais déjà, sur le chemin du retour entre la salle de concert et mon accueillant pieu, une question embarassante se posait. Pourquoi ? Pourquoi ai-je découvert le génie des Melvins si tard ? Bordel ! Combien de temps sans connaître les riffs tortueux de Buzz Osborne ? Combien de temps sans cette fuzz revancharde et dégoulinante ? Combien de temps sans ces compositions sans repère aucun ? Combien de temps sans écouter une traître putain de note de The Melvins ? Trop longtemps…

Aujourd’hui, après avoir écouté religieusement une bonne partie de leur discographie avec les yeux d’un enfant découvrant ses cadeaux sous le sapin, je lave cet affront dans l’encre en vous présentant le doux-amer petit dernier de The Melvins : Freak Puke.

Jouant tour à tour les noiseux, les post-grungies, les stone-heads, les métalleux, les free-jazzeux – voire des réformés P4 s’échinant violemment sur une musique dont le panel irait de grotesque à inaudible – on s’imagine toujours que les Melvins n’ont plus rien à raconter. Erreur. Ils ressucitent à peu près tous les deux ans avec un disque toujours sympatoche, jamais indigent, avec de vrais morceaux de génie totalement zarbis à l’intérieur. Aujourd’hui, les Melvins sortent Freak Puke sous le nom de Melvins-Lite.

Mais déjà, c’est qui les Melvins-Lite ? Après avoir joué avec Jello Biafra, Fantômas, fait une pause dans l’union libre qu’ils entretiennent depuis désormais six ans avec le duo Big Business, Dale Crover et l’impayable Buzz Osborne se sont dégotés un Monsieur de la scène ricaine qui justifie ce changement provisoire de nom. Vous êtes prêts ?

Top ! Je suis un musicien américain né en 1968 – Après quatre ans d’étude de la clarinette, j’ai abandonné cet instrument pour devenir bassiste dès l’âge de 13 ans –  J’ai formé Mr. Bungle avec Mike Patton, Secret Chiefs 3 avec Trey Spruance et j’officie aussi par ailleurs dans Tomahawk … Je suis, je suis… – Didouuu… – Trevor Dunn !

Oui, Julien Lepers. D’accord. Un Trevor Dunn, oui ! Mais alors un Trevor Dunn spécial, tant qu’on y est. Si on peut choisir, hein ? Un Trevor Dunn qui aurait lâché la basse électrique pour un back to the basics surprenant, par exemple. Le bassiste émérite accompagnant les Melvins exclusivement à la contrebasse, par exemple. Eh bien il l’a fait. Et l’effet obtenu est au-delà de ce que j’aurai pu imaginer : des riffs grassouillets (A Growing Disgust) aux chevauchées rock’n’roll d’Osborne (Leon vs. The Revolution), Trevor infiltre partout un jeu au groove im-pa-rable. Le son procuré par l’instrument donne un côté humain fort appréciable et souvent en contraste avec le son et le jeu très noise de King Buzzo. Parfois virtuose mais toujours digeste, le bassiste réussit à imposer la contrebasse au sein du son des Melvins, qu’il joue avec ses doigts ou avec cet effrayant archet caressant parfois les cordes de manière inquiétante.

Melvins-Lite fascine alors par son talent, certes. Il est difficile d’imaginer que de tels bonhommes de la scène indé ricaine n’aient rien à se raconter musicalement parlant : au contraire ! A l’écoute du disque, on imagine automatiquement que les séances de compostion et d’entregistrement se sont passées à merveille. Mais Melvins-Lite frappe aussi par sa bonne humeur. Mais attention ! Pas la bonne humeur de Madame Michu quand elle revient du marché et qu’elle est contente parce qu’elle a bu son p’tit blanc avec Madame Duchmol, quoi. Plutôt une bonne humeur de cinglé total. De malade mental un rien dangereux. En fait, le son des Melvins-Lite, ce serait un petit peu comme un grand sourire un rien énigmatique sur le visage d’un réformé P4, quoi…

Prenons Worm Farm Waltz et sa mélodie empruntée à Mr. Bungle. Ou encore le trait de guitare sur le couplet de Let Me Roll It qui amène cette lumière mystérieuse sur des accords tortueux. Holy Barbarians fait aussi partie de ces chansons au feeling étrange, avec ce chant occulte caricatural, cette ligne de basse suintant le mystère de conte de fées, comme une espèce de mélodie échappée d’une partition de Danny Elfman écrite un soir de bourdon. Et que dire de l’éponyme Freak Puke, hédoniste et débridée : walkings de contrebasse jouissifs, aplaudissements qui doublent la caisse claire, bruits parasites rigolos (vaisselle, cris de douleur et autres éléments encore non identifiés)… La piste est digne d’un QOTSA période Songs For The Deaf. Stoner played the old way.

A la lumière des productions habituelles de groupes vieux de 30 ans, Freak Puke est un genre de petite perle rare. 30 ans de ce brassage de grunge, de metal alternatif, de punk, de sludge, de stoner et de rock psyché (merci Wikipedia) pour un son toujours en mouvement, insaisissable et toujours aussi jouissif. Abrasive et foncièrement metal, la musique des Melvins devient, avec Melvins-Lite, un croisement fascinant entre les premiers films de Tim Burton (du temps où c’était bien) et Black Sabbath sous acide, la redescente en moins.

Putain, 30 ans…

Mais comment font-ils ?

8,5/10

Locust Star.

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