Dying Fetus – Reign Supreme – sortie le 19 juin 2012

« … Une grande frite, un coca et un Reign Supreme, s’il vous plaît. »

Supreme death metal from Maryland, USA.

Dispo chez Relapse Records le 19 juin 2012.

Quand je vois la populace métalleuse se pâmer devant les disques de Cannibal Corpse année après année, clamant haut et fort tous les deux ans que « le death metal n’est pas mort », je me frotte bien les yeux à l’eau de javel. Je les écarquille à nouveau, récite quelques versets de la Bible en latin et à l’envers, m’aperçois que les mots sont toujours les mêmes et ferme bien vite le torchon dans lequel j’ai lu ça. J’ai honte, mais au nom d’une certaine déontologie journalistique (« hein? »), je me dois d’être honnête avec toi, gentil lecteur.

Telle quelque infirmité  honteuse, j’ai pourtant souvent essayé de le cacher, jonglant avec tout mon savoir métallique pour le cacher… Aujourd’hui, c’en est trop. Le masque doit tomber : je n’ai jamais compris ce que tout le monde trouve de génial à Cannibal Corpse. L’efficacité de nombreux riffs mid-tempo, okay. Le potentiel mosh-pit de certaines pistes – surtout dans une soirée avec trop de bière et trop de metal-heads. Le physique avenant de George « Corpsegrinder » Fisher au poste de growler, pourquoi pas. La certaine prouesse technique d’Alex Webster, indéniablement.

Mouais.

Mais comment peut-on avaler le même album tous les deux ans et ce depuis Gore Obsessed (10 ans, bordel) et crier au génie avec la même ferveur pathétique ?

 

Le peuple metal semble oublier volontairement les vétérans contemporains du Cadavre Cannibale et qui, eux, ont su barrer à droite ou à gauche lorsque le vent du changement (qui, je vous le rappelle, est maintenant) leur a chatouillé le bastinguage arrière.*

Suffocation, Dying Fetus, Immolation. Voilà ma très personnelle et très subjective liste d’un death metal qui ne se matte pas dans un miroir depuis 2002 en embrassant ses biceps pendant qu’il enfile ses fans avec un crochet à viande.**

Bon. Admettons : Suffocation est en perte de vitesse à cause d’un Blood Oath mi-figue mi-raisin et surtout la perte de son excellent et charismatique batteur Mike Smith. Oui, Immolation repose aujourd’hui plus sur la puissance écrasante de la voix de Ross Dolan que sur le potentiel totally insane des riffs de Robert Vigna. Et oui, comme une lapalissade répétée depuis 10 ans désormais, il y a du hardcore dans le death metal de Dying Fetus.

Mais bordel, quel génie. John Gallagher, Sean Baisley et Trey Williams sont un de ces power-trios death metal les plus impressionnants au monde, en live comme sur album. Reign Supreme rappelle la puissance, la versatilité et l’incommensurable puissance technique du groupe. Incommensurable car jamais chiante. On vogue de blast-beat en break pachydermique et de growl gavé d’infra-basses en prouesse guitaristique. Slurp.

Invert The Idols projette l’auditeur d’entrée de jeu dans l’authenticité d’un classique du groupe à l’image d’une Vengeance Unleashed version War Of Attrition. Deux minutes et cinq secondes plus tard, la tourmente continue avec Subjected To A Beating, ses parties mid-tempo faussement avenantes pour mieux molester l’auditeur à grandes savates de riffs death old-school et de fulgurances techniques hautement vicieuses.

 

 

Mais il n’y a pas que la face A pour botter des culs. Devout Atrocity donne une des plus belles leçons de double pédale du disque mariée à quelques variations sur le riff principal de Praise The Lord. Même des chansons plus traditionnelles comme In The Trenches et son début rappelant évidemment le fameux pont de One Shot One Kill (un grand classique du métalleux bourré) garantissent leur lot de riffs démentiels et entêtants, de vocaux profondément gruikés et de blast-beats comme-c’est-la-classe-t’as-vu. On remarque avec plaisir quelques riffs à l’attitude crust évidente avant de manger un pont intraitable, tout en break mid-tempo.

Revisionist Past, quant à elle, évoque carrément Slayer et ses gammes maudites de la période Seasons In The Abyss. Et puis quel final plus majestueux, quel final plus jouissif que The Blood Of Power ? John Gallagher et ses poteaux semblent lâcher tout l’arsenal dévastateur qu’il leur restait (et apparemment ils en avaient encore pas mal sous le coude) pendant deux minutes trente avant une envolée mélodique inédite… la piste termine sur un riff d’une lourdeur délicieusement maniaque, parsemée de vocaux lourds comme le cul de Nicholas Barker avant quelques soli, allons, juste pour la beauté du sport…

La qualité sonore du disque, aussi, envoie balader tout ce que vous pensiez du groupe jusqu’ici. Bien meilleur que Descent Into Depravity, bien plus équilibré que War Of Attrition, Dying Fetus réussit pour Reign Supreme réussit un mix à la hauteur de son potentiel de violence sonique. Je tiens cependant à te rassurer, oui, toi, au fond, fan de gros death brutal bien gras : la précision du boucher lorsqu’il abat son hachoir d’équarissage n’est toujours pas millimétrée. De toute façon Dying Fetus, c’est meilleur comme ça.

Bon, on va pas tortiller trois plombes : Dying Fetus signe son meilleur album sous cette formation. Reign Supreme, c’est une paire de coups de batte de base-ball à tous les coins de riff. Gaz sarin à tous les étages garanti. Un putain d’excellent album de death metal the american way, bien plus urbain que Nile, suintant bien plus la sueur et la bière de clodo que Behemoth et bien plus léthal que les tricoteries de la scène de death metal dite « technique ».

Et, ça va de soi, bien loin devant Cannibal Corpse.

9/10

Locust Star.

 

* : Mixer une métaphore maritime avec le Parti Socialiste, ça ne fonctionne pas très bien.

** : Par contre, provoquer une rencontre entre American Psycho et Cannibal Corpse, ça marche mieux.

Une réponse à “Dying Fetus – Reign Supreme – sortie le 19 juin 2012

Wanna speak ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s