Spanked – Cabalus Gazoline – mai 2011

Jolly Jumper goes rock’n’roll.

Noise rock pour boucherie chevaline from Besançon, France.

Autoprod.

Jusqu’avant les années 2000, le public avait l’habitude de se faire régulièrement souffler bruyamment dans les oreilles par de nombreuses formations  composées de trois instrumentistes. Cream, Motörhead, Nirvana – ou encore Trio Of Doom pour le jazz – ont chacun jeté un gadin dans la fenêtre de leur famille musicale respective pour le rappeler à sa vigueur faiblissante. D’où le terme de power trio. Depuis les années 2000, trois membres c’est devenu trop. De nombreux groupes se forment à deux pour sonner comme 10. On parle de Pneu, Jucifer, Motto ou carrément des White Stripes… Aujourd’hui, il est temps de rajouter Spanked à la liste des power-duos.

Yann et Fre composent Spanked, power-duo noisy à l’urgence grunge affleurante. Comme de nombreux musiciens qui se lancent dans une aventure en doublette, les deux gaziers ont déjà chacun éprouvé leurs armes dans d’autres formations de Besançon. Le premier a officié dans Samenstelling,  et le second est le batteur de Membrane, groupe de noise-rock qui vient de partager un (très bon) split avec Sofy Major. Alors bon, on ne la leur fait pas.

Les riffs sont francs et incisifs, franchissant comme pour narguer les chroniqueurs musicaux la mince frontière entre le stoner, la noise et le grunge. L’abrasive Cocolided en est un fidèle exemple, tout comme Reality. Certaines mélodies semblent taillées dans de l’échine d’étalon pure, comme Thunder Trucks et son blast impitoyable débouchant sur une chanson hautement melvinienne.

« Twoooo for teaaaa, teaaaa for twoooo »

Blast impitoyable ?
Eh oui, Fre enchaîne les rythmiques sans véritables ruptures de tempo, entre figures de style techniques (Thunder Trucks et son roulement) et plages d’expression somme toute assez naturelles pour un duo (Reality). On se délècte aussi des sons de guitare, parfois subtilement octavés pour simuler la basse. Fuzz, crunch, disto : l’arsenal traditionnel passe dans des riffs simples mais inspirés. Toujours dans les clous, okay. Mais jouissif complet.

Cabalus Gazoline s’en tire admirablement dans ses cavalcades noisy gavées aux hormones mais peine à émoustiller complètement dans ses oeuvres plus down-tempo tel le titre éponyme, dont la contruction est pourtant d’un talent indéniable.  La faute à un doublage de voix à l’octave presque permanent de Yann, parfois agaçant sur des passages parlés ou scandés – cet effet de chant est bien plus efficace en live où les deux musiciens partagent le rôle de chanteur lead et où j’ai par ailleurs passé un excellent moment. Si on voulait faire les difficiles, on regretterait aussi l’accent anglais approximatif des vocalistes, mais bon. On ne peut pas pondre des purs riffs dans la lignée de Shellac, Unsane et les Melvins ET avoir un accent Harvard à faire pâlir John Cleese. Il y a tout de même un peu de justice sur cette planète.  Quelques vocaux sauvent le chant de Cabalus Gazoline comme le couplet de Reality ou la superbe dernière piste, God’s Creation, un petit bijou entre Impure Wilhelmina et un doom massue joué à la manière des anciens. Propre et efficace, tiens-mange-dans-ton-sourire-chevalin.

Hue, cocotte.
Le cheval au gas-oil montre les dents, rue à droite et à gauche, surprend souvent par ses changements de direction intempestifs mais ne désarçonne jamais vraiment l’auditeur. On remarque néanmoins un effort soigné de l’arrangement (Reality), des influences pertinentes et un jeu d’une maîtrise parfaite. Un seul regret : les voix des Bisontins, largement améliorables d’ici une nouvelle production.

Quoi qu’il en soit, si votre kiff c’est Unsane, les Melvins, Shellac et que Pneu vous a mis trop cher derrière les oreilles pour écouter à nouveau un bordel d’une telle violence, calez-vous Cabalus Gazoline entre les oreilles. Vous comprendrez pourquoi j’attends la prochaine galette des Bisontins avec impatience.

7,5/10

Locust Star

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