Le Président – Yves Jeuland (2011)

La force pépère.

« Vive Lénine ! Vive la Révolution d’Octobre ! … Ah, c’est toute ma jeunesse », sont les derniers mots de Georges Frêche devant la caméra de ce documentaire. Le générique défile, en tapis sonore retentit l’hymne national soviétique et le président de la région Langudoc-Roussillon, poing gauche levé, fait le paon devant la statue de Lénine en train d’être érigée derrière lui.

Car il a du se battre pour cette fameuse statue, ainsi que pour celle de Mao (parmi les 10 qu’il a faites installer dont De Gaulle et Gandhi, entre autres).

Mais commençons plutôt par le début du film, non ?

Janvier 2010. Yves Jeuland, réalisateur de films et passionné de politique, obtient de Georges Frêche l’autorisation de filmer un documentaire sur ce qui devra être sa dernière campagne politique. Jeuland caresse d’ailleurs ce rêve depuis qu’il a étudié à Montpellier, ville que Frêche a dirigé pendant 5 mandats successifs avant de devenir président de la région Languedoc-Roussillon. En pleine campagne, on suit donc cet animal politique et son équipe de communicants. En immersion totale, on découvre le petit monde qui gravite autour du politicien, tous dans de véritables rôles de composition.

C’est d’ailleurs bien là que le film fonctionne à merveille : Le Président comporte des personnages plus vrais que nature. Et il faut parfois se rappeler qu’il s’agit d’un documentaire. D’abord, Frêche crève l’écran par sa carrure hors du commun, sa stature d’éléphant-renégat du PS et ses saillies hautement léthales. Mais son entourage, diabolique, frise aussi l’excellence. Le dir-cab aux dents qui rayent le parquet, le publicitaire lèche-botte et boursouflé de sa fausse science, les sexagénaires groupies du politicien galvanisées par ses meetings… Tout est comme vous avez pu le voir lors de cette période électorale sous le signe des faux-semblants. Mais tout est encore plus gros. Tout est encore plus vrai.

Alors on est frappé par la liberté d’action de Jeuland. Du matin au soir, de l’obscurité des cabinets aux spotlights des plateaux de télé en passant par la voiture du candidat, le réalisateur nous embarque partout. Frêche, tout comme ses collaborateurs, ne semblent pas lui accorder la moindre importance. Et c’est là qu’on touche à la sincérité d’un personnage. Une sincérité très ambigüe, par ailleurs…

« Mon problème, ce n’est pas d’apparaître comme un homme de gauche, confie le président à quelques militants. Si après 40 ans de civilités à la gauche je ne suis pas perçu comme un homme de gauche, c’est qu’il y a des connards. Ou alors que je suis très habile. Je pencherais pour la deuxième solution. »

Sulfureux, ça, il l’était. On le voit tel qu’on l’a toujours connu : râleur, grande gueule, calculateur, cruel et méprisant… Mais Jeuland réussit à nous rendre Georges Frêche quasiment sympathique. Le président était probablement un prédateur politique bien plus sincère que la moyenne. On le découvre tantôt passionné, toujours combattif (« J’ai toujours 20 ans », assure-t-il), parfois lyrique lorsqu’il chante en voiture… Et la carcasse finit même par se briser, comme lorsque le vieux politicien pique ce roupillon du juste insolite quelques minutes avant qu’on lui annonce sa réélection à la tête de la région. Alors que toute son équipe de campagne se branle allègrement sur la victoire promise.

Yves Jeuland a décidé dès les premières prises de son film d’en faire un documentaire destiné au cinéma, et pas seulement à la télé. On le comprend tant ces personnages sont hauts en couleur et mènent leur bataille à bras le corps. Contre ses opposants, Frêche est dévastateur. Et le Parti Socialiste se prend des volées plus qu’à son tour lorsque le vieux notable évoque Arnaud Montebourg ou Martine Aubry (« cette conne »). Et nulle voix-off ou commentaire n’est plaqué par-dessus la bande tant ce film parle de lui-même et touche, finalement, au plus juste lorsqu’il s’agi de rendre à l’écran ce truc qui fait bander bien dur tous nos représentants politiques.

Le pouvoir.

Allez, une dernière pour la route. « Je suis bâti en acier. Je suis tendre, aussi, mais je ne le montre pas. Si vous êtes trop tendre, on vous tue. Moi, je tue toujours le premier. Et après, je pleure. »

Touchant, non ?

 

 

Locust Star

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