Hasserben/Searing Skull – De Vesontio Ad Argentoratum (2012)

La vie est une fête.

 

Black Metal bipolaire.

Dispo chez Atavism et D.U.K.E

Que le Black Metal soit un genre barbotant dans ses clichés depuis la fin des années 80, d’accord. Que la plupart des formations de ce genre se vautrent dans une inertie musicale depuis maintenant près d’une quinzaine d’années, je n’irai pas jusqu’à la nier. Et tiens, même. Que la plupart des groupes de ce genre finissent tous plus ou moins par se ressembler, je ne parierai pas ma discographie d’Immortal sur le contraire. Mais ce qu’il y a de certain, c’est que même parmi la diarrhée indigente de productions dont nous inonde la scène black mondiale depuis quelques années (black is the new black, ouaip.), il y a encore quelques perles parmi les noms qu’on n’attendait pas.

Ce split entre Hasserben & Searing Skull co-produit par Atavism & D.U.K.E propose deux écoles du BM bien différentes mais pas fondamentalement incompatibles. On découvre d’abord Hasserben, tout riffs poussiéreux et mélancoliques dehors. La production est d’un jusqu’au-boutisme rare, érigeant l’enregistrement de cave au sublime. Rares sont les groupes qui ont compris que sonner cru ne signifie pas « ne pas sonner du tout ». Horna, Peste Noire et quelques autres savent ce qu’un enregistrement honnête et sincère peut procurer comme chatouillis synaptiques. Ici, comme de bons pendants francs-comtois de ce type de raw black deluxe, les riffs ciselés en mode mineur de Hasserben fouillent la tripe et tourmentent le coeur, exactement comme il se doit ma bonne dame. Ecoutez la mid-tempo Torpeur Mortuaire pour vous en convaincre. Ou la dense et riche Errance, avec ses vocaux qui, d’entrée de jeu, annoncent la couleur (« Du noir, je parie ? »). Alors non, six-cents-soixante-six fois non, ce n’est pas un son à mettre entre toutes les oreilles. Et ce n’est pas moi qui le dis : « Ici, pas de clavier, pas de chant clair, juste ce que le Black Metal se doit d’être », proclame le communiqué.Voilà ce que j’aurai écrit à la place du label : « Le jeu de batterie bordélique est tout sauf virtuose. Les guitares sont constamment shreddées sur deux ou trois cordes et ont absolument TOUJOURS le même son, aigu et criard. La basse s’en tient au minimum, soit marquer les toniques d’accord. Et la voix de la chanteuse, arrachée et douloureuse, semble enregistrée deux ou trois studios plus loin. Juste ce que le Black Metal se doit d’être. »

Bref, tout ça devrait tenir votre entourage assez loin des enceintes. Déjà que les fans de Liturgy et WITTR vont sûrement bailler poliment, je ne parle pas de votre petit cousin coreux qui rêve de vous emmener pitter devant Lamb Of God au Hellfest cet été. Fuck off. Hasserben offre, à mon sens, un joyau de raw black avec sa partie du split.

Par contre, ça n’était pas gagné d’entrée pour notre ami Legolas Landvoettir (sic), âme damnée – et apparemment très remontée contre ses semblables selon les titres de chansons – de Searing Skull, pagan black alsacien. Plus ou moins un one-man band, le squelette brûlant invite ici le chanteur Mork, gorge de chanteur de black tout ce qu’il y a de plus conventionnelle, mais solide. Et ça n’était pas gagné, disions-nous, surtout au vu des premiers riffs assez peu inspirés de Le Soleil Meurt Chaque Nuit et de cette boîte à rythmes froide comme un glaçon. Pourtant, la suite m’a accroché le peu qu’il me reste d’oreilles après tant d’années à écouter de chansons à la gloire de Satan. Dead Upon The Cold Earth tape juste. Elle chatouille la zone-même de mon cerveau où est planqué mon amour viscéral pour le Black Metal.

Or, quand j’y pense, il n’y a absolument aucune raison cartésienne d’aimer une telle musique. Voyez plutôt les ingrédients : une boîte à rythmes, des mélodies de chansons celtico-paillardes sur des accords vieux comme Ozzy Osbourne, un feeling raw/grim/trve qui ne fait plus peur à personne depuis une grosse dizaine d’années… Non, vraiment, quand on y pense, il n’y a aucune raison précise d’aimer ce genre de Black Metal. Mais comme un coup de rangers envoyé dans la paire de couilles de la musique propre sur elle, Searing Skull pose une ambiance primale et suintante qui rachète largement le reste. Une ambiance de ciel plombé, lourd et pluvieux sur l’est de la France. Those Who Still Hope illustre ce paysage à merveille. Epique et grandiose sans sombrer dans le grotesque, la piste est parsemée de quelques leads, arpèges, discours autoritaires et coeurs pagan. Un peu comme les autres chansons, variées pour le moins. Searing Skull possède un vrai feeling à la norvégienne dans ses riffs très épurés, ce truc qui ne transige pas : des mélodies très simples pour un songwriting soigné, comme pour la guerrière Agony Of The Universe.

Nous avons appris une leçon, adorateur de Hear Me Lucifer. Toi-même tu sais. Retranscrire l’émotion que procure la musique à travers une chronique est souvent très difficile. En même temps, la musique ne peut pas se résumer à son aplat indigne en langage binaire sur un CMS à deux ronds cinquante par un chroniqueur aigri et boursouflé de son incompétence. Et il te suffit d’écouter De Vesontio Ad Argentoratum pour savoir que j’ai raison.

8/10

Locust Star.

 

5 réponses à “Hasserben/Searing Skull – De Vesontio Ad Argentoratum (2012)

  1. Un grand merci pour cette excellente chronique… de surcroît fort bien torchée !
    Je pense que je me permettrai de la reprendre ( en y joignant – bien sûr – le lien menant à cette page ! ) sur notre blog dans les jours à venir !?!!…
    Sur quoi, je m’en vais un peu « parcourir vos pages »…
    Bonne continuation : Kurgan ( D.U.K.E )
    ( http://dieunaussprechlichenkulteneditions.hautetfort.com/ )

  2. Merci, l’originalité est notre arme face à la pléthore de webzines qui chassent sur les mêmes terres que nous.

    Searing Skull a de pagan ce genre de mélodies qui, à mon sens, relèvent plus du pagan que du pur black metal. Et puis ce feeling épique qui donne envie de courir dans les bois tout nu avec une peau de bête, armé d’une hache et un heaume hérissé de cornes. En tout cas c’est mon avis. Et puis j’essaye de me renseigner sur les groupes que je chronique. Même si je n’ai pas lu l’interview dont tu parles, je suis tombé là-dessus. http://www.metal-archives.com/band/view/id/14287 D’où pagan.

    • Merci pour la Chronique.

      Peu importe pour quoi Searing Skull passe (on m’a sorti pagan, on m’a sorti doom, etc. …), c’est à l’appréciation de chacun en effet.

      Cependant, et uniquement à titre informatif, hormis une campagne de flyers en 2001/2002, il n’a jamais été question de paganisme/pagan bm dans Searing Skull, sauf sur la tape Pagan Realms ou moins de la moitié des textes évoquent les dieux anciens. La Tape avec Eihwaz (2004) s’intéresse uniquement à l’étude runique.
      Aucune des autres releases n’aborde ces thèmes.

      La page Metal Archive, visiblement peu mise à jour (et je m’en … un peu …, mais je devrais sans doute y remédier, ça éviterai la méprise) date de cette époque, si ma mémoire est bonne.

      Nos textes, surtout sur les dernières sorties, sont plutôt métaphysiques et relatent de ce que l’on pourrait assimiler en thermes Lovecraftiens à du Cosmicisme : En gros, l’homme n’est rien, et n’exprime dans ses cultes et prières que de la vanité face aux forces d’un Cosmos impitoyable, terrifiant de majesté.

      Dès lors l’approche musicale et textuelle se veut plutôt ritualistique, dans un but de recherche d’osmose avec cycle destructeur/créateur de l’univers. Nulle vénération, nulle mythologie, juste un témoignage d’un ressenti face à ce qui est nettement plus Grand : la Nature, l’Univers, les Ténèbres insondables, qu’importe l’appellation de ces entités.

      Je ne remet nullement en cause la chronique ni quoique ce soit, ni ne remet en cause sa qualité, j’ai juste souhaité apporté un complément d’information.

      Bonne continuation,

      L.L.

      • De rien pour la chronique. Merci à toi pour cette explication complète de ta musique. Nul doute que ta façon de voir les choses parle à bien des lecteurs de HML. Bonne continuation, et n’hésite pas à nous envoyer tes nouveautés lorsque tu en auras…

  3. Je vois pas du tout ce que Searing Skull à de Pagan (surtout quand on lit les propos du gars en interview dans le dernier In Extremis). Sinon la chro est originale.

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