Bereft – s/t – janvier 2012

Le climat british, quoi...

Dispo chez Mortis Humanae Productions

Bereft, de son Albion natal, est là pour colporter la nouvelle : entre le Black Metal de Burzum période Hvis Lyset Tar Oss et le funeral doom de My Dying Bride, il n’y a parfois que quelques cimetières à franchir. Attention : chronique Black Metal.

Des arpèges de guitare saturés, une basse ronde et bien présente, une voix fantomatique qu’on entend à travers le brouillard, voilà en quelques mots la recette spéciale du bon Kliff Williams, âme damnée de Bereft. Et damnée, son âme l’est. De ce disque dense et épais (ah ouais, 1h05min quand même…) ressortent un engourdissement et un abandon tout sauf antipathiques. Les riffs, pourtant assez foisonnants pour ce style de metal, prennent le temps de s’imprimer et la construction des chansons se veut classique. Très classique, même. Intro-couplet-pré-refrain-refrain-couplet- pré-refrain-refrain-couplet… Amateurs de Katharsis ou Deathspell Omega, retournez à vos trucs de hipsters. Les mélodies ne violentent pas non plus trois pattes à un panda (rires) et se cantonnent souvent au minimum syndical du BM à la scandinave : Revenant made manifest se la joue carrément stéréotype du genre. Zéro prise de risque. Pourtant, l’atmosphère se distille peu à peu. Until the Sun Fails est sans doute la meilleure chanson du disque. Une construction simple la compose, tout comme le reste de l’album : un arpège simplissime à la Dunkelheit de Vikernes, trois notes de piano, une batterie qui martèle un binaire stupide et la voix légèrement distordue de Williams qui semble sortie du fond d’une grotte… Et, bordel, ça bute. Le pont avec l’orgue et la basse pour tout support aux vocaux déchirants confère à la musique de Bereft un certain sens du mystique.

Qui lui manque malheureusement dans de nombreux autres passages du disque. Comme dans The Deadly Nights Shade et son refrain pagan, j’ose le mot, catchy… et donc beaucoup moins mélancolique. Pourtant, là où c’est convaincant, c’est que les qualités d’arrangement et de composition de Kliff Williams ne sont pas à prouver. Changements de tonalité, quelques effets de nuances, introductions, construction du disque assez savante… A peine peut-on lui reprocher une introduction un peu grandiloquente. En même temps, elle s’appelle Hearken to the spell (conception upon forbidden arts). Tout un programme, donc.

Là où c’est moins convaincant, c’est que la production offre des moments de contraste étonnants. Pas entre les chansons, mais plutôt entre les instruments : si les guitares, la basse et le traitement de la voix sont largement au-dessus d’un grand nombre de productions UG, les synthétiseurs et la boîte à rythme (eh oui) qui sert de batterie dénotent bruyamment avec le reste du mix. Autant vous le dire d’emblée, les synthétiseurs et moi, on n’est pas des grands potes. Une froide ankylose, une confortable apathie, un sentiment de haine sourde pourrait nous parcourir l’échine. Bereft a tout le talent nécessaire pour le faire ressentir, j’en suis persuadé.

Mais tout ça délibérément saboté par quelques sons d’orgue bon marché, comme sur la pourtant bonne chanson From Out Of Shadow ou l’intro Hearken To The Spell… Ajoutez une boîte à rythme aussi humaine qu’une poupée gonflable et vous comprenez le problème. La surabondance de claviers cheap tue cette putain d’intention. Hail To The Fallen, la piste finale, aurait pu être la pièce majeure de Bereft. Mais non. Le dépouillement mélodique de l’excellente intro commençaist pourtant bien. Il a fallu qu’il soit doublé par une émulation de chœurs féminins-Bontempi qui dégoulinent sur cette pauvre guitare. Qui n’avait pourtant rien demandé.

Quelque part, je ne peux pas blâmer Kliff Williams. Je crois même que je le comprends. Quelques mélodies rappellent Opeth, un ou deux soli de guitare viennent enrober une chanson et la batterie tape souvent à plein taquet : Williams n’est pas vraiment un blackeux pur cru élevé au foie malade de rat de cave. Son truc, à lui, c’est de faire de bonnes chansons, bien propres, avec un feeling sombre et mélancolique. Et sur le papier, force est de l’avouer, c’est plutôt réussi. Mâtiné de funeral doom, le Black Metal déprimé (c’est le stade avant « Black Metal dépressif ») de Bereft en impose, quelque part. Mais s’il te plaît, Kliff, baisse le son de ton synthé Korg la prochaine fois. Tu gagneras facile deux points de plus.

5,5/10

Locust Star.

Wanna speak ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s