Blood Sweat + Vinyl : DIY in the 21st Century

Un artwork au langage universel.

 

Réaliser un film sur trois des labels les plus formidables des 15 dernières années s’apparente à un exercice d’équilibriste sans filet. La richesse, tant artistique que quantitative de Neurot, Hydra Head et Constellation est difficilement appréhendable dans sa globalité. Voilà peut-être pourquoi Kenneth Thomas a séparé son films en trois parties distinctes. D’abord le cas Hydra Head, puis Neurot, puis Constellation. Même si ce film semble s’adresser d’abord à des indie-geeks, ce découpage assez rigide a l’avantage de ne pas perdre le spectateur moins connaisseur.

Grâce à des plans somme toute assez simples, Kenneth Thomas place souvent sa caméra au niveau de l’auditeur, tout simplement. Caméra à l’épaule, il nous fait rencontrer avec lui ces disquaires, ces musiciens, ces passionnés de son. On rencontre Justin Broadrick en toute simplicité, Efrim Menuck et Aaron Turner font tourner un pétard pendant leurs interviews et d’autres sortent tout juste d’un concert, en sueur. On se sent là, avec eux… Et on a vraiment l’impression d’aller chercher l’info à la source lorsqu’ils s’expriment face caméra.

 

Un héritage.
« Communauté active », « progressive », « musique créative », « indépendante ». C’est sûr, les acteurs de cette richissime scène underground revendiquent leur héritage. Car c’est bien d’un héritage dont il s’agit, et ils le savent. C’est en cela que le film de Kenneth Thomas est enrichissant au débat musical. Bien sûr que non, simplement décréter qu’un groupe est meilleur qu’un autre relève; la plupart du temps, de la plus pure subjectivité. Mais dans son film, Thomas présente pourquoi certains groupes sont meilleurs que d’autres en démontrant pourquoi.

Les dirigeants de ces labels sont presque tous impliqués dans la musique qu’ils développent. Que ce soit le cas des membres de Neurosis avec Neurot ou d’Aaron Turner avec Hydra Head. « A brotherhood », voilà comment Steve Von Till décrit Neurot. Ces gens ont fait en sorte d’élargir le spectre musical de leur label en fonction, quelque part, de ce qui les habitait. « ISIS est un collectif », dit Aaron Turner. Il décrit son label de la même manière et explique à quel point les deux entités, Hydra Head et ISIS sont liées et ont grandi l’une avec l’autre. Steve Von Till ne lui donne pas tort.

Et la critique des majors et de leur but uniquement financier est la question la plus récurrente de ce film. Elle pose la question de la place de cette scène indé dans l’industrie musicale. Et évidemment, aucun de ces labels ne sont des majors. En fait, en suivant l’histoire et ce qui a dirigé des gens à créer HH, Neurot et Constellation, on commence à saisir ce qu’est ce concept tellement foutraque qu’on nomme l’indé.

 

Heavy.

 

Une exigence.
Blood, Sweat + Vinyl, DIY in the 21st Century n’a donc pas volé son titre. Ce documentaire est un hommage aux quasi-héros musicaux de Kenneth Thomas. Il faudra donc bien avoir cela en tête si ce ne sont pas les vôtres. D’ailleurs, l’aspect catalogue provoqué par la succession de groupes décortiqués pour l’écran pourra en rebuter certains, même si le passé de ces formations est en général fascinant : que ce soit pour Godflesh, Cave In ou Godspeed You ! Black Emperor, leur musique a fait germer quantité de suiveurs cherchant désespérément à faire comme eux. Malgré cette position parfois un peu moraliste et presque prétentieuse, le film en tire une belle posture pédagogique. Qu’il soit fan ou néophyte, le spectateur comprend une forme d’exigence dans la musique de cette scène qu’on prend souvent à tort pour une forme d’élitisme.

BS&V permet de faire comprendre qu’il peut y avoir beaucoup plus que de la simple musique dans un disque qu’on achète ou lors d’un concert qu’on va voir. Il y a aussi un esprit, une façon de faire, une passion, des idées, « de l’artisanat », dit Steve Von Till. Seldon Hunt, Tara McPherson, Josh Graham ou encore Mark Thompson interviennent dans ce film pour parler de la part importante que tient les visuels dans cette scène musicale, ce que personne ne peut nier décemment.

 

"Froooooom zeeeeeeeeeuuuh hiiiiill..."

 

Une philosophie.
A la vision du documentaire, on se rend en fait compte que ces trois labels sont tous trois liés autour d’une passion commune de produire de la musique. Plus qu’une simple passion, cela est juste devenu leur way of life. Aaron Turner explique pourquoi les majors ne peuvent pas produire ce genre de musique (en citant l’exemple de Cave In, signé sur RCA) : « car ils ne la comprennent pas ». Et c’est probablement ausi con que ça. D’ailleurs, les extraits de lives, somptueux, que nous laisse voir le documentaire ne viennent pas donner tort au taulier d‘Hydra Head. L’extrême variété de styles présents sur ces labels donne déjà une bande-son époustouflante. Performances abrasives de Grails, Neurosis ou encore Cave In côtoient le blues sexuel d’Oxbow ou le free-rock d’Evangelista… Pour terminer par quelques frissons avec Thee Silver Mount Zion et leurs fins acapella à arracher une larme à une pierre.

Mais au-delà de la jouissance provoquée par l’adoration excessive que (je le confesse) je porte moi aussi à ces groupes, c’est tout l’aspect indéniablement cinématographique de leur son qui est mis en valeur et contribue à rendre épique l’histoire de ces labels.

Si vous n’êtes pas convaincu par l’utilité de ce film, sachez-le, cette scène musicale n’est pas pour vous. Kenneth Thomas réussit avec brio à s’emparer de cette nébuleuse qui relie ces trois labels et à leur donner un corps et surtout une âme pour montrer à voir comment on faisait du Do It Yourself au XXIè siècle. Un documentaire d’une simplicité pure qui prouve la sincérité d’une scène musicale prolifique, talentueuse et indépendante.

9/10

Locust Star

 

Trailer !

Quelques citations pour le kiff :

« Je pense que le bon art, la bonne musique, a toujours nécessité que l’auditeur ou le spectateur (…) fasse une partie du travail seul. »Allan, Aquarius Records (boutique de disques légendaire de L.A.)

« C’est étrange que le metal soit considérée comme une musique pour gamains et de musique stupide dans le sens où (…) on parle de contemporains qui composent ce qui pourrait être considéré comme des opéras avec les derniers instruments disponibles. »Seldon Hunt, artiste.

« Heavy, pour moi, n’implique pas forcément le metal, heavy désigne plus la physicalité de la musique que de savoir si c’est metal iou pas. »Aaron Turner, ISIS, co-fondateur d’Hydra Head.

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