JK Flesh – Posthuman – sortie le 30/04/2012

Un disque qui donne le chair de poule.

Electro-dub industriel

Dispo chez 3by3

On ne présente plus Justin Broadrick, l’un de ces grands noms de la musique à distorsion et marathonien des studios, à l’instar des Sanford Parker, Stephen O’Malley, Aaron Turner et bien d’autres. Apôtre de l’émulation créative, du contre-pied permanent, de la musique qui se ressent, il fait partie des grands noms qui manqueraient aujourd’hui à la musique moderne s’ils n’avaient pas existé.

En cette qualité, les sorties de Justin Broadrick sont toujours scrutées, que ce soit pour l’intérêt intrinsèque qu’elles suscitent comme pour la curiosité que l’on éprouve et qui se résume souvent en quelques questions : va-t-il réinventer son art une fois de plus ? Ou sortir quelque chose de bonne facture mais guère détonnant ? Et surtout, dans tous les cas, est-ce que cette sortie est nécessaire dans le cadre de son activité si prolifique ?

Ici, ce qui saute tout d’abord aux yeux, c’est le poids de l’Histoire, à l’image de ce nouveau pseudonyme : JK Flesh, qui résonne aux oreilles comme une énième rencontre entre Godflesh et JK Broadrick, son créateur qui a fait son chemin depuis. Les trois premiers titres, qui semblent avoir été placés ici pour désamorcer tout lien avec The Blood of Heroes, font donc la part belle au côté le plus sombre du personnage, symbolisé par le Godflesh version dub des dernières années, ou le plus récent Greymachine, avant que l’album n’évolue vers des sonorités plus Jesu ou électro-dub. Knuckeldragger rappelle le Love and Hate in Dub et Idle Hands le riff pilier d’Us and Them tandis que les claustrophobes Punchdrunk ou Earthmover perpétuent l’esprit de Greymachine. Jusqu’ici, Broadrick danse magistralement sur la tombe de ses ancêtres en enroulant les ambiances malsaines et vicieuses, et cela continue avec les pistes plus électro-dub qui suivent (Posthuman, la chanson éponyme, serait la parfaite bande-son de rave party à l’heure de la digestion des pilules).

Cependant, au fur et à mesure qu’avance le disque, on se surprend à se demander où le Master of Ceremony cherche à nous emmener. La faute à une saturation (peut-être logique) face à la densité de la musique ou alors à la contorsion auditive permanente que l’on doit effectuer pour suivre ce patchwork ? Toujours est-il que la fin de l’album vient réveiller le spectre de l’inutilité de certaines des sorties de Broadrick que l’on a pu connaitre par le passé. En effet, avec dans l’ordre, une piste dub qui ne va nulle-part, suivi d’un énième virage à 180 degrés vers un interlude inutile (Underfoot) puis un Jesu légèrement électrifié mais pas bien convainquant (Walkaway), on imagine volontiers que les chutes de studio n’ont pas été de trop pour finir l’ouvrage. Dommage, tout avait si bien commencé…

Vient donc l’heure de répondre à toutes les questions subsidiaires entourant la seule et unique d’importante, à savoir la qualité de l’album, qui n’est pas à prouver. Tout d’abord, non, Posthuman n’aurait pas pu sortir sous le nom de The Blood of Heroes. De l’eau a coulé sous les ponts, et nous ne sommes déjà plus à l’ère du retour vers Techno Animal et aux envolées plus lumineuses de TBoH, reformation de Godflesh oblige. Est-ce un mal ou un bien ? Joker, ce n’est ni mieux ni moins bien, c’est différent, et de la même manière que TBoH arrivait à développer côte à côte le génie et le chiantissime absolu, JK Flesh se perd en route, non sans proposer au passage 6 titres maousse costauds. Bref, cet album ne déçoit pas mais n’arrive pas non plus à convaincre entièrement. Certains seraient tentés de dire qu’on le doit au fait que Justin Broadrick ne se réinvente pas et joue trop sur ses acquis, d’autres diront qu’on le doit à son rythme effréné. Malheureusement, ses vingt ans de carrière, ses innombrables pépites et son amour de la musique empêchent, à mon gout, de le taxer de foutage de gueule. Non, tout simplement, JB continue ici son exploration musicale, n’en faisant qu’à sa tête à la manière d’un Clint Eastwood qui a passé l’âge de se faire donner la leçon par des critiques qui n’étaient pas encore nées lors de ses premiers tournages. Le résultat doit donc être interprété comme ce qu’il est : l’expérimentation d’un grand artiste fuyant le sur-place, quoi qu’il en coute.

8/10

Arnaud

PS : pas de vidéo ou de mp3 pour JK Flesh, l’album ne sortira que le 30 Avril 2012. Broadrick jouera cependant au Roadburn quelques jours avant.

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