Listener’s Digest : DÄLEK

Attitude.

Hip-Hop Suprême (rien que ca)

Dispo sur Ipecac

John Gallagher, membre éminent de Dying Fetus, a dit un jour qu’il préférait mille fois un bon hip-hop qu’un mauvais death metal. Je le comprends, et parie ma casquette qu’au moins un Dälek fait partie de ses disques de chevet.

Car ici, on ne parle pas de hip-hop classique, à la Public Enemy et consorts, mais d’une évolution bruitiste du genre, aux frontières de l’indus, du shoegaze et de la noise sur fonds de flows véhéments. Dälek, composé aujourd’hui de DJ Oktopus et de MC Dälek(prononcer Dialect) aka Will Brooks, c’est avant tout une rage de se faire entendre, qui passe par une approche sans concession de son art : radicalité, bruit mais aussi ouverture d’esprit.

Negro Necro Nekros (1999) : 6/10


5 titres de Dälek, qui alternent entre un Hip-Hop assez classique mais rafraichissant avec ses beats jazzy (et même tangos par moments) et des esquisses de ce qui reste à venir. Le résultat est donc parfois prometteur, mais des fois un peu chiant et dur à suivre.

From Filthy Tongue of Gods and Griots (2002): 7/10


Premier véritable album et le chemin accompli est déjà évident, même si cet album n’est pas (et de loin) le meilleur de Dälek. Les samples gagnent en profondeur et se font beaucoup plus cohérents, et on sent que la frénésie industrielle d’Absence et la finesse aérienne d’Abandoned Language sont en route, notamment au travers des brulots Spiritual Healing, Hold Tight et Speak Volumes.

Absence (2005): 9.5/10

La pièce centrale de la discographie du groupe, et pourtant leur album le moins abordable en excluant les bégaiements des premières sorties. Dälek fait passer Godflesh pour une chorale d’église en proposant sa vision de l’enfer : des samples rêches et bruitistes, des boucles hypnotiques et un flow violent et revendicateur avec comme principaux thèmes le déclin du hip-hop et l’injustice sociale. Qu’il est dur de retenir certaines chansons en particulier tellement le niveau est haut, mais on citera tout de même Distorted Prose, A Beast Caged, In Midst of a Struggle et le précurseur Ever Somber, qui annonce avant l’heure comment sonnera Abandoned Language.

Abandoned Language (2007) : 9.5/10

Dälek ne reste pas au point mort et entame la mue entr’aperçue sur la fin d’Absence. Les samples sont plus aériens, les chansons plus étirées et le flow beaucoup plus calme. Le changement est profond, et ce n’est plus la lourdeur des chansons qui fait son effet mais l’intensité de cette balade rêveuse qu’on entreprend à l’écoute de l’album. Que répondre face aux sublimes Content To Play Villain, Abandoned Language, Bricks Crumble, Stagnant Waters ou encore Tarnished ? Absolument rien, il suffit de se laisser envouter.

Deadverse Massive : Dälek Rarities (2007) : 8/10

Sorti après Abandonned Language et amenant une suite (il s’agit de la partie I), le Deadverse Massive présente les chutes de studios de la période 1999-2006, allant taper dans les nombreux EP et projets parallèles auxquels a participé le groupe. La variété est le maitre mot de l’objet, ce qui donne un album inégal mais riche pour le fan : du Hip-Hop archi classique (Ascention, Maintain) au 100% Dälek (Desolate Peasants, Streets All Amped) en passant par les remix d’Oktopus (notamment Megaton, la piste commune avec Techno Animal) on découvre les différentes facettes de la doublette. Mention spéciale à l’inaudible 3 :46, sur laquelle Will Brooks ponctue 3 minutes et 46 secondes de bruit par un « Here is your fucking three minutes pop song ». Pan.

Gutter Tactics (2009) : 10/10

Surement l’apogée de Dälek, avec un album qui se situe à la croisée d’Absence et Abandonned Language. Mais encore une fois, un album difficile à appréhender : les titres proposent une approche plus complexe et fine, et plusieurs écoutes sont nécessaires avant d’apprécier le disque à sa juste valeur. Une fois ce travail effectué, on en prend plein les mirettes. Les titres les plus agressifs tels que Armed with Krylon et Street Diction répondent aux plus calmes No Question, 2012 (The Pillage) etc., qui paraitraient presque optimistes au milieu de ce foutoir. Au milieu, les tours d’hypnose sont encore présents avec Who Medgar Evers Was et Los Macheteros/Spear of A Nation. Ne cherchez pas de Hip-Hop, vous en avez l’évolution suprême sous les yeux.

Latitudes (2011) : 9/10 (pour l’interêt archéologique)

Dälek montre avec cette longue plage de 44 minutes, s’il était encore nécessaire de le prouver, qu’il ne boxe pas dans la même catégorie que le commun des mortels. 26 minutes d’une montée dronesque, toute en nappes sonores et spoken words, ponctuée par un shoegaze bruitiste magistral. (Pour la petite histoire, cette plage dormait depuis 6 ans dans les valises du combo, qui l’avait enregistrée à Londres durant les attentats du métro de Juillet 2005, suite à la commande du label Southern pour sa série Latitudes. La bête est sortie à 500 exemplaires, numérotés à la main.)

On ne pourrait finir un article sur Dälek sans mentionner que le groupe est présent sur Ipecac, le fameux label de Mike Patton. Grâce à ca, de nombreuses collaborations ont été réalisées (avec notamment Techno Animal, ou encore Faust) et les deux compères de Newark, NJ, ont pu ouvrir pour Isis, Jesu, The Dillinger Escape Plan etc. Belle preuve d’ouverture de la part de tous ces groupes et de Dälek.

Respect éternel.

Arnaud.

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