Dodecahedron – s/t

Ce dodécahèdre, c'est comme un kaléidoscope. Mais à l'envers.

Apocalyptic Black Metal from Holland.
Dispo chez Season of Mist.

Ca commence à la manière d’une agression, d’un attentat. Le normal disparaît et laisse place à une réalité soudain bien plus palpable puisque bien plus dangereuse. D’un coup, on se sent à New-York en 2001, à Haïti en 2010, à Fukushima l’an passé ou à Homs maintenant. Panic everywhere. Le peu de rationalité qui nous restait s’effondrait sous nos yeux impuissants. Petit lecteur chéri, en vérité je te le dis, j’ai rarement été aussi malmené lors du début d’un disque. Dodecahedron assaille l’auditeur avec un long blast-beat d’une bonne minute trente parasité de dissonances guitaristiques éparses. La déferlante s’égrène sous le feu incandescent de la gorge du chanteur, seul repère humain dans cette tempête sonique et pourtant aussi rassurant qu’une sirène atomique. Les accords improbables semblent affronter la batterie dans un pugilat sauvage où l’humiliation de l’adversaire est règle d’or. La basse, toute en fuzz (décidément, c’est à la mode), cadre tout ça organise les paris.

Hébété et dubitatif, on ressort lessivé de la première écoute.

Bien qu’évidemment, un nom vienne directement à l’esprit. L’album éponyme de ce groupe inconnu qu’était encore Dodecahedron il y a 6 mois sonne parfois furieusement comme Deathspell Omega. Vous savez, le Deathspell Omega de Paracletus et Chaining The Katechon. Par ailleurs loin d’être un défaut, la comparaison avec les Poitevins ne laisse aucun doute. Indéniablement. J’en veux pour preuve l’arpège inquiétant lors du break de I, Chronocrator, la structure harmonique ecclésiastique de Vanitas ou encore l’incantation blasphématoire as fvck de l’expérimentale Descending Jacob’s Ladder… Pourtant… Si le black de Dodecahedron sonne comme du DSO, c’est peut-être aussi car fort peu de groupes jouent dans cette cour. Oui, peu osent péter des droites franches à l’estomac, là où ça fait mal, alors quee le black/death de trop nombreuses formations s’entre-copule dans une orgie stérile et sans fin. Brrr. Dégueulasse.

Au fur et à mesure du disque, on pense à d’autres références. Dodecahedron sonne parfois comme une union nécrophile entre les harmonies les plus dépravées d’Immolation et la violence épileptique de Botch. C’était d’ailleurs peu ou prou le propos encore inégalé d’Obscura, l’album kvlt de Gorguts sorti en 1998 et bientôt réédité en vinyle. Et si le fond de commerce de Dodecahedron n’est pas tout à fait aussi crado que celui des infâmes Canadiens, la démarche a un air de famille : si les prouesses techniques à la guitare, à la basse et aux arrangements font déjà pleurer, c’est la batterie qui fera définitivement raccrocher les baguettes aux percussionnistes dégoûtés qui se frotteront à ses parties. Lorsque les blast-beats à 666 BPM ne pourfendent pas les machiavéliques toiles d’araignées tissées par les guitaristes, la batterie appuie par des polyrythmies insensées les hymnes à la gloire du Cornu. Cruel, insolent et vicieux, le rythme est parfois inexistant, les coups sur les fûts en roue libre, total chaos. Ouais, c’est des niqués ces mecs : ils inversent les croix, les icônes, et même les métronomes.

Alors costaud, oui. Mais Dodecahedron n’est pas qu’un groupe de black qui bouffe des stéroïdes. Ainsi, le disque déchire la chaîne hi-fi par ses mélodies et ses arrangements grandioses comme peu de méfaits black métalliques l’ont déchirée cette année. Car du Black, oh oui, n’en déplaise aux vieux corbeaux acariâtres ne jurant que par le TNBM à papa, c’en est. Le tryptique final, View From Hverfell, le rappelle incessamment, sous les coups de boutoir inexorables de ce blast-beat entêtant, tapissant les hymnes de guitare tour à tour épiques et mélodiques dans un maëlstrom de fer et de feu. Mais déjà l’assaut céleste se rompt et se disperse. S’élève alors depuis les profondeurs une transe hypnotique et entêtante. Un déchirement, un éclair de lucidité nous happe, le troisième oeil s’ouvre, puis c’est la Fin qui s’abat sur nous. La voix, hantée par le Seigneur de ce Monde lui-même, conte ce qu’elle voit depuis ce promontoire par-dessus l’enfer. Ce qu’il y voit ?

Tout proche du final du disque, telle un ultime blasphème au faux-dieu unique, surgit tout à coup une cathédrale d’accords majeurs enchevêtrés les uns entre les autres, désespérés, inextricables et perdus dans les limbes.

On ne revient pas des limbes.

Locust Star.

9,5/10

Dodecahedron @ Facebook.
Dodecahedron’s website.

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